III. Tarsectomies complexes
Nous désignons ainsi les résections étendues portant à la fois sur les deux segments du pied. Ges faits sont relativement peu nombreux.
L’anatomie pathologique nous en a fourni quelques raisons en montrant qu’on avait rarement à constater des lésions assez diffuses pour provoquer de telles exérèses. De plus, il n'y a pas très longtemps que les chirurgiens se sont décidés à entreprendre de propos délibéré des opérations qui ne paraissaient pas offrir beaucoup de chances de succès.
Nous n’avons pas essayé de classer nos observations ; d’abord, elles sont trop peu nombreuses, et puis il est évidemment illogique de s’acharner à catégoriser des interventions essentiellement atypiques, irrégulières, capricieuses. On doit cependant établir une distinction entre les cas graves et les cas ordinaires, ces derniers comportant sans doute des extirpations étendues (astragale et scaphoïde, cuboïde et grande apophyse du calcanéum), mais non comparables aux vastes désossements du tarse. On pense bien que nous ne formulerons aucun précepte opératoire précis ; en pareil cas, on fait comme on peut, et on n’a pas d'autre préoccupation que de remplir les indications fournies par l’examen direct des points malades. Cependant, il faudra rester fidèle aux grandes règles si souvent indiquées : incisions dorsales, parallèles à l’axe antéro-postérieur, intertendineuses, etc. L
1 Les procédés de Bardenheuer (J. Schmidt), Link, qui coupent en travers les parties molles dorsales mobilisées en lambeaux, sont inacceptables (Cent, f. Chir ., 1887).
Au reste, pour effectuer n'importe quelle résection sur le pied, on pourra toujours se contenter de nos incisions connues; il suffira de les agrandir et de les combiner. Une fois le bistouri parvenu sur la zone ostéo-articulaire, on prendra le détache-tendon et les daviers- érignes ; on enlèvera les os l’un après l’autre, jamais en bloc, et on fera la toilette des fongosités. La seule règle ici est de faire des opérations complètes et d’assurer le drainage. Quant aux pansements, l’iodoforme et le sublimé pour l’antisepsie ; l’attelle plâtrée pour l’orthomorphie.
Il est évident qu’on devra modeler le membre suivant les indications; et qu’une large excision du squelette de la portion externe du pied ne dévi a pas être traitée comme la résection simultanée de l’astragale et du scaphoïde.
Résultats. — Nous possédons 8 observations.
3 de nos malades sont morts : le premier de phtisie pulmonaire un an après ; il avait du être amputé ; la seconde cinq ans après la résection, de tuberculose pulmonaire également; elle avait formellement refusé l’amputation ; le troisième succomba de même trois ans plus tard. 1 a dû être amputé secondairement au bout d’une année. Les 4 autres vivent ; mais les observations n’ont guère plus de deux années de date.
On peut considérer les résultats obtenus comme relativement encourageants. Si le malade guérit, la réparation locale s’effectue assez facilement; le pied se cicatrise, se tasse; sans doute, il est raccourci, élargi, épaté; mais il peut rester sinon élégant, du moins fort utile. Du reste, il est peu de chirurgiens qui n’aient à leur actif quelque beau succès obtenu de la sorte, parfois malgré eux, chez des sujets ayant formellement repoussé l’amputation.
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