‹ Les tuberculoses du piedChapitre 45 sur 46 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

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Avant de clore ce travail, nous pouvons encore trouver dans l’examen de nos observations des documents intéressants et que nous n’avons pas complètement utilisés; nous voulons parler de ceux relatifs à la survie de nos malades. En un mot quel est l’avenir réservé à un sujet atteint de tuberculose du pied? La question n’est pas sans intérêt, parce que, dans une certaine mesure, la solution nous permettra de donner une idée à peu près exacte de la gravité d’une tumeur blanche quelconque.

En général, les chirurgiens ont deux façons d’envisager le pronostic de leurs tuberculeux. Les uns professant un optimisme exagéré, considèrent comme guéri tout malade dont la lésion locale est arrivée à cicatrisation sans que des métastases tuberculeuses appréciables se soient produites; d’autres, plus nombreux, n’ont pas hésité à affirmer l’incurabilité de la tuberculose et à déclarer qu’un malade atteint de tumeur blanche ne devait pas s’attendre à une survie supérieure à huit ou dix ans.

Billroth, en Allemagne, M. Verneuil et ses élèves, en

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France, ont été les plus ardents promoteurs de cette affir- ' mation évidemment dangereuse. Depuis bien des années, M. le professeur Ollier n’a pas cessé de protester énergiquement contre une manière devoir qui ne tendrait à rien moins qu’à exclure de la thérapeutique des tuberculoses chirurgicales toute tentative énergique de conservation. Elle est d’ailleurs catégoriquement démentie par l’étude des faits, et on trouvera, dans le Traité des résections de M. Ollier, nombre d’opérations exécutées il y a quinze ou vingt ans sur des sujets actuellement survivants. L’étude rapide du sort de nos malades va nous permettre d’apporter encore quelques arguments à la démonstration de cette vérité.

Un premier fait est incontestable : le pronostic de la tuberculose du pied est sombre : Sur 120 malades dont l’observation, datant de plus d’un an, a été conduite jusqu’au moment actuel ou n’a été interrompue que par la mort, 57 ont présenté en d’autres points des manifestations tuberculeuses incontestables. Le chiffre doit être un peu inférieur à la vérité ; il est probable que plusieurs des autres sujets ont eu des poussées inaperçues, plus ou moins bénignes. Les manifestations tuberculeuses ont été antérieures ou postérieures à l’apparition de la localisation sur le pied; elles ont frappé les poumons, le cerveau, le péritoine, les organes génito-urinaires, les os, etc., etc., avec une gravité très variable. Sur ces 56 malades 35 sont morts ; ils ont été emportés le plus souvent par la phtisie pulmonaire; quelques-uns (2) par la méningite, d’autres (3) par la péritonite, etc.

La mort est survenue dans un délai post- opératoire (la première époque de l’intervention étant prise comme

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point de départ) s’étendant de huit jours (méningite tuberculeuse d’un amputé) à vingt ans (phtisie pulmonaire d’un réséqué du calcanéum). Deux autres malades sont morts : l’un s’est suicidé, l’autre est mort de fièvre typhoïde.

En examinant l’époque exacte du décès de ces malades, nous avions obtenu un résultat qui s’est trouvé depuis lors tout à fait d’accord avec ceux obtenus par Schmidt- Monnard, et cela sans que nous en eussions connaissance à ce moment 1 : c’est que la mortalité de ces malades est d'autant plus élevée qu’il s’est écoulé moins de temps depuis le début.

Parmi les 36 sujets emportés par la tuberculose, 16 l’ont été pendant le décours de la première année; 10 autres avant la fin du vingt -quatrième mois. Les 10 autres ont succombé au bout d’un laps de temps variant de deux à vingt -deux ans. Schmidt-Monnard proteste avec raison contre l’opinion de Konig d’après laquelle la mortalité, chez les réséqués, croît en progressant avec l’ancienneté de la maladie ; cependant l’on ne peut pas accepter cette règle par lui formulée : que, passé deux ans et trois mois, tout malade jusqu’alors indemne peut se considérer comme définitivement à l’abri de la tuberculose; 9 de nos observations sont en contradiction avec ce principe. Dans tous les cas, il est impossible de ne pas comparer le pronostic des tuberculeux et des cancéreux : on est en droit de considérer comme bien établi, pour les uns et les autres, que les chances de survie définitive vont en augmentant avec l’âge de la maladie.

Restent actuellement vivants 21 malades atteints actuel -

1 Schmidt-Monnard: Centralblatt fiir Chir., 1889, n° 52.

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lement de tuberculose, ou en ayant autrefois présenté des manifestations aberrantes. Parmi ces derniers, il en est quelques-uns auxquels la phtisie évoluant normalement d’ailleurs ne permet guère d’espérer plus de deux ou

trois ans de survie; mais chez le plus grand nombre, tout

est rentré dans l’ordre et on peut beaucoup espérer ; cette amélioration s’est retrouvée très appréciable chez plusieurs réséqués ou amputés, phtisiques avérés dont les symptômes pulmonaires sont devenus silencieux et dont l’état général s’est puissamment relevé.

Enfin 63 malades, sur 119, n’ont présenté aucune métastase tuberculeuse appréciable cliniquement. Tous ne sont pas également anciens, mais on sait que les plus récents remontent à un an d’observation, au moins; il en est trois qui ont été opérés (2 amputés, 1 réséqué) il y a plus de vingt -cinq ans1! Il est certain que, parmi ces soixante- trois malades, plusieurs n’ont pas payé tout leur tribut à la tuberculose ; mais leurs chances de guérison complète de survie vont en se multipliant. Et d’ailleurs n’est- il pas permis de considérer comme des questions définitives les cas de ces malades qui, dix-huit, vingt, vingt-deux ans après leur première atteinte, sont morts d’une phtisie pulmonaire qu’on peut à peine, à travers ce long espace de temps, relier à une manifestation si lointaine.

1 Tout récemment nous retrouvions à la Charité un vieillard de soixantequinze ans, ancien hémoptysique, dont un pied tuberculeux avait été guéri par une arthrotomie ignée que A. Bonnet lui avait pratiquée cinquante ans auparavant!

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