‹ Les Tuberculoses TraumatiquesChapitre 16 sur 26 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Une étude approfondie des faits cliniques oblige à constater que le traumatisme a certainement une action sur l’évolution de la tuberculose. Il peut, nous l'avons vu, réveiller, réactiver une tuberculose qui s’est déjà manifestée cliniquement. Très souvent au contraire, on ne retrouve dans les antécédents des blessés aucun épisode de nature à faire suspecter une tuberculose ancienne; la tuberculose post-traumatique est alors la première manifestation clinique de la maladie. Il ne peut pas s’agir toujours d’une simple

coïncidence. Le traumatisme a-t-il réveillé un foyer jusqu’alors latent ou a-t-il vraiment localisé des bacilles venant d’un autre organe ? Il est toujours difficile, souvent même impossible de répondre à cette question.

On ne peut cependant négliger les constatations anatomiques et radiologiques qui prouvent la très grande fréquence des lésions tuberculeuses latentes. Ces lésions sont parfois découvertes fortuitement lors d’un examen radiologique. A l’autopsie de sujets d’un certain âge, on trouve très souvent de vieux tubercules endormis, non seulement dans les poumons, mais encore dans le foie, la rate, les reins.

VIBERT, à l’autopsie de 131 sujets ayant succombé à des affections non tuberculeuses, découvrait 25 fois des lésions, la plupart du temps à l’état crétacé ou fibreux parfois caséeux.

Pour ORTH et pour GREWITZ, des tuberculoses latentes peuvent être répétées dans le tiers des cas.

P. BROUARDEL et LETULLE trouvaient des lésions bacillaires chez 50 % des sujets morts à un âge avance.

NAEGELI, faisant une statistique qui portait sur un grand nombre de sujets morts à tout âge, signalait

des lésions tuberculeuses, en apparence guéries chez:

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33 % des sujets âgés de 5 à 14 ans.

50 % des sujets âgés de 14 à 18 ans.

96 % des sujets âgés de 18 à 30 ans.

Ces chiffres sont certainement trop élevés, puis-

que cette statistique ne porte que sur des malades morts à l’hôpital. En ne retenant que les sujets ayant

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succombé à des affections autres que la tuberculose, NAEGELI estimait que plus de 50 % des adultes sont porteurs de foyers virulents ou éteints de tuberculose locale.

Nous n’avons pu consulter de statistiques récentes. Il est fort possible qu’à la suite de la lutte anti-tuberculeuse, ces chiffres aient sensiblement diminué; la pratique de la cuti-réaction a pu montrer qu’un certain nombre de sujets arrivent à l’état adulte sans avoir rencontré le bacille tuberculeux. Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître que les foyers tuberculeux latents sont très fréquents et admettre que souvent le rôle du traumatisme se borne probablement à réveiller une de ces lésions latentes. C’est pour cette raison que les tuberculoses traumatiques s’observent généralement au niveau des organes le plus souvent atteints spontanément par la maladie.

Les tuberculoses traumatiques que nous venons d'étudier successivement au niveau de différents organes semblent être en opposition par certains points. En effet, pour ne parler que des localisations les plus fréquentes, nous avons vu qu’au niveau des articulations et des os, les petits heurts, les petites contusions, les entorses suffisaient à provoquer l’évolution d’un processus tuberculeux, tandis qu’il fallait un violent traumatisme pour déterminer une bacillose pulmunaire ou rénale.

Ces différences sont plus apparentes que réelles. Les organes viscéraux sont en effet assez bien pro-

Era

tégés, les contusions thoraciques sont fortement amorties par les côtes et le sternum qui forment au poumon une cage très élastique; il faut un choc violent pour déchirer un rein. Par contre, un traumatisme de moindre importance pourra avoir les mêmes efrets sur un organe directement exposé : un os, une articulation.

Un fait est pourtant plus difficilement explceble. Pourquoi les grands traumatismes ostéo-articulaires, les fractures, les luxations donnent-ils lieu moins souvent à une tuberculose que les petites contusions ?

Il faut peut-être admettre que le traumatisme a alors moins souvent qu’on ne le pense un rôle déterminant, qu'il se borne parfois à révéler une tuberculose ostéo-articulaire déjà évolutive et considérer avec LANNELONGUE et ACHARD que les articulations déjà lésées sont maladroites et peu aptes à éviter les contusions. Cette explication n’est guère adiriissible larsqu'il s’agit de tuberculoses viscérales; aussi, la première place attribuée aux articulations parmi toutes les autres localisations tuberculeuses traumatiques, en raison de sa fréquence, devrait-elle être alors appartenir au poumon. Or, nous connaissons la prédilection du bacille tuberculeux pour le pouraon et nous savons qu’il existe un grand nombre de foyers {uberculeux latents pulmonaires.

En terminant, nous ins'sterons à nouveau sur un symptôme, commun à toutes les localisations, et presque constant, qui est contemporain du trauma-

tisme ou apparaît quelques jours plus tard : l’hémor-

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ragie. Il est fort possible que celle-ci soit la cause de la fixation de bacilles circulant dans le sang; nous reviendrons sur ce point au cours de l’étude pathogénique. Elle est en tout cas la preuve de la déchirure des tissus par le traumatisme et elle doit être, de ce fait, un sérieux argument pour soutenir, du point de vue médico-légal, l’origine traumatique d’une tuberculose, même lorsque les premiers phénomènes morbides ne sont apparus qu’assez longtemps après l'accident.

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