CHAPITRE II
Etude expérimentale
Nous allons tout d’abord exposer, au début de ce chapitre, les principaux travaux expérimentaux qui ont été réalisés jusqu’à présent et nous essaierons d’en faire la synthèse afin de dégager les résultats acquis. Nous ferons connaître ensuite les expériences de contrôle que nous avons entreprises.
Max SCHULLER étudia le premier, en 1878, le rôle du traumatisme sur l’éclosion de la tuberculose ostéoarticulaire, utilisant pour ses expériences des lapins et des chiens. Il traumatisa une articulation fémoro-tibiale, puis après une trachéotomie, injecta dans la trachée de ses animaux des émulsions de produits tuberculeux divers : crachats, poumons et ganglions, fragments de lupus découpés en fines parcelles et broyés au mortier. Sur 24 animaux (1 chien et 23 lapins), il obtint dans tous les cas, à l’exception d’un lapin mort rapidement d'infection intercurrente, des arthrites tuberculeuses au niveau des articulations traumatisées.
Les lésions constatées dès la troisième ou quatrième
semaine étaient plus ou moins étendues. Elles consistaient généralement en tuméfactions des extrémités osseuses articulaires et en granulations synoviales. SCHULLER signalait en outre la présence de microcoques dans les articulations et les viscères de ses animaux. Par contre, les lésions tuberculeuses pulmonaires n’apparaissaient qu'après le 25° jour et encore n’étaient-elles alors décelables qu’à l'examen micros- -copique. Les témoins traumatisés mais non inoculés ne présentaient jamais d’arthrite, tandis que chez ceux qui avaient été inoculés mais non traumatisés, on constatait des lésions pulmonaires et parfois des arthrites.
Après la découverte par Kocx du bacille tuberculeux, on tenta de vérifier les expériences de Max ‘SCHULLER.
KRAUSE, en 1890, inoculant à des animaux des cultures pures de bacilles tuberculeux, obtint des tuberculoses miliaires généralisées et les articulations traumatisées comme les autres contenaient des granula-
tions.
En 1898, LANNELONGUE et ACHARD reprirent cette étude et employant une technique beaucoup plus rigoureuse que celle de Schuller, arrivèrent à des conclusions tout à fait opposées.
Dans une première série d’expériences, ils inoculèrent sous la peau de 20 cobayes des produits tu-
berculeux provenant de lésions pures, sans infection
US
secondaire et de 19 à 22 jours plus tard, alors que la tuberculose était en voie de généralisation, firent subir à une articulation un violent traumatisme : contusion, fracture, décollement épiphysaire.
Ces animaux sont morts de tuberculose sans que l’on puisse constater de tumeurs blanches aux points traumatisés.
Les mêmes résultats négatifs furent constatés :
— chez 2 cobayes inoculés dans le péritoine, Pun au moment du traumatisme, l’autre 17 jours plus tard.
— chez 2 cobayes inoculés par voie trachéale et traumatisés simultanément.
6 cobayes inoculés par voie intra-cardiaque et traumatisés au même moment moururent de 15 à 106 jours plus tard de tuberculose généralisée mais sans présenter de lésions articulaires. |
Les résultats furent encore négatifs chez 35 lapins inoculés avant, pendant ou après le traumatisme, par voie veineuse, péritonéale ou trachéale. Une fois il fut constaté, au niveau de la hanche, un petit point caséeux contenant des bacilles, mais il s'agissait alors d’un traumatisme ouvert.
Par contre, en employant des produits impurs, crachats, pus, fragments de poumons et en les inoculant par voie veineuse en même temps qu'ils traumatisaienl une articulation, LANNELONGUE et ACHARD ont obtenu 5 fois chez des lapins des arthrites mixtes, tuberculeuses et septiques.
De ces expériences, ils concluaient qu’ « en regle
il n’y a pas chez l’homme de relation entre la pro-