‹ Les tuberculosis cutanées atypiques (tuberculides)Chapitre 24 sur 29 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

I. — Le domaine des manifestations cutanées tuberculeuses s’est accru d’une façon considérable dans ces dernières années. Le Congrès de dermatologie tenu à Londres en 1896 réalisa dans ce sens un progrès important. Il établit l’existence de relations entre la tuberculose et un certain nombre de dermatose, autres que le lupus vulgaire. La même année, M. Darier réunit ces dermatoses sous une appellation commune et créa le groupe des tuberculides.

IL — Malgré de nombreuses différences d’interprétation, on peut schématiser la compréhension du groupe des tuberculides de la façon suivante : ce sont des affections présentant les rapports cliniques les plus étroits avec la tuberculose: les sujets qui en sont atteints présentent des antécédents personnels ou héréditaires souvent tuberculeux : en même temps qu’ils ont leurs lésions cutanées, ils sont atteints souvent aussi de tuberculose viscérale, ganglionnaire, séreuse, osseuse, etc. On trouve, en un

mot, autour de ces malades, une véritable atmosphère tuberculeuse.

Ces dermatoses forment un groupe naturel : entre deux types il existe des formes de passage ; de tuberculide à tuberculide et de tuberculide à tuberculose franche existent toutes les transitions.

Au point de vue histologique, les tuberculides, sauf de rares exceptions, ne présentent pas les lésions de la tuberculose ordinaire : cellules géantes et cellules épithélioïdes. On admet également qu elles ne renferment pas de bacilles, qu elles ne tuberculisent pas le cobaye et qu elles ne réagissent pas à la tuberculine.

111. — Dep uis la constitution du groupe des tuberculides en 1896, il 11e s est pas produit de fait nouveau particulièrement démonstratif, capable de modifier complètement l opinion générale. Néanmoins, un certain nombre de faits et d’observations permettent, à notre avis, de faire un pas en avant, dans le sens d une compréhension plus franchement tuberculeuse de ces dermatoses : c'est ainsi que, dans le lichen scrofulosorum, on a pu trouver des cellules géantes, tuberculiser le cobaye, colorer des bacilles

induré, plusieurs observateurs et nous-mêmes avons pu constater la présence de cellules géantes ; on a également obtenu des inoculations tuberculeuses du cobaye et constaté des bacilles ; dans des tuberculides papulo-nécrotiques on a observé des cellules géantes de véritables follicules tuberculeux et des bacilles, etc. Nous proposons donc de remplacer le terme de (( tuberculide », par celui

de (( tuberculose cutanée atypique ». Il n’y a pas la qu’une question de mot ; le terme de tuberculide désignait des affections en rapport étroit avec la tuberculose, mais non de nature tuberculeuse franche. Le terme de tuberculose cutanée atypique désigne des dermatoses de nature réellement tuberculeuse, de virulence atténuée, rentrant complètement dans le cadre de la tuberculose telle qu’on peut la comprendre aujourd’hui.

IV. — La nature ordinairement éruptive des tuberculoses cutanées atypiques, et leur bénignité, ne suffisent pas pour les séparer de la tuberculose franche. Il n’y a là qu’une question de degré. Dans la tuberculose cutanée franche, telle que le lupus de Willan, les bacilles sont à très difficiles à constater et l’inoculation au cobaye n’est pas toujours positive. Dans notre tuberculose cutanée atypique il y a une virulence encore moindre, d’où la difficulté de colorer des bacilles et d’avoir des inoculations positives.

D'ailleurs, parallèlement à la compréhension des manifestations cutanées tuberculeuses, la compréhension de la tuberculose viscérale s’est également modifiée. Nous connaissons maintenant des cas de méningite tuberculeuse franche guéris, des cas de rhumatisme tuberculeux, avec bacilles de Koch dans le liquide articulaire, guéris sans laisser de traces. Nous devons donc nous dégager de notre compréhension ancienne de la tuberculose ; à côté de ses formes qui tuent, il y en a une grande quantité d'autres qui guérissent ; nous devons donc l’assimiler de plus en plus aux maladies infectieuses ; au même titre que celles-ci

elle peut produire des accidents passagers, localisés, infectieux, spontanément curables.

V. — Nous avons essayé d’introduire dans notre cadre de la tuberculose cutanée atypique une classification anatomo-clinique qui simplifie les appellations innombrables par lesquelles on avait désigné les différents types de tuberculides et leurs formes de transition. Nous proposons de distinguer :

i° Un groupe nodulaire, comprenant lui-même une forme à petits nodules, d’apparence papulo-nécrotique et qui correspond à l acnitis, à la folliclis, à l’acné des cachectiques, aux tuberculides nécrotiques, suppuratives, etc... et une forme à gros nodules qui n est autre que l’érythème induré de Bazin.

2° Un groupe lichénoïde, type : le lichen scrofulosorum.

3° Un type en nappe qui comprend : une forme généralisée, le pityriasis ruhra de Hebra, les tuberculides érythémateuses, exfoliatrices, — et une forme localisée, sans tendance atrophique : lupus pernio, — avec tendance atrophique : lupus érythémateux.

4° Une forme angiomateuse : angiokératome.

\ 1. — Nous faisons rentrer dans notre groupe de la tuberculose atypique, en plus des affections déjà classées parmi les tuberculides, des dermatoses telles que le pityriasis rubra de Hebra et l’angiokératome de Mibelli. Pour la première notre conviction est faite à la suite des travaux de Jadassohn, de Wietovieyski et Kopitowski et de Bruus-

gaard. — Pour la seconde, nous nous sommes appuyé sur les travaux de Leiedde et sur nos travaux personnels.

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