PREMIERE PARTIE
Le Palais.
Étrange bizarrerie du sort et de l'histoire! Il semble, en vérité, que les monuments, comme les livres, aient leurs destinées ! L'emplacement sur lequel est situé ce château des Tuileries, aujourd'hui réuni au Louvre, de façon à ne former avec lui qu'un seul et même édifice, fut, si l'on en croit les chroniqueurs, choisi par la mère de
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François I er , Louise de Savoie, pour y faire construire son petit séjour, sa résidence de santé, en raison même de son éloigneraient du centre de Paris et du palais des Tournelles, où se tenait la cour, et de la grosse tour du Louvre, qui servit de prison à tant de criminels d'État, et de logis à Charles- Quint lors de son voyage à Paris en 1539.
C'est vers l'an 1518 que la reine mère avisa un beau jour le grand logis, situe entre cour et jardin, au lieu appelé les Sablonnières, et plus généralement les thuilel'ies Saint-Honoré. Séduite par l'isolement de ce sile, charmée de l'air excellent qu'on y respirait, la princesse en parla à son fils, qui tout aussitôt s'empressa d'aclieter les bâtiments et les terrains au sieur Nicolas de Neuville ce Villeroi, chevalier titulaire des finances et audiencier de France.
Mais, après sept ou huit années de rési dence, la reine mère en eut assez de so
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petitsêjour, et en 1527 la maison des Tuileries fut donnée en usufruit à Jean Tiercelin, maître d'hôtel du Dauphin, et à sa femme. Toutefois la propriété de celte vas'.e surface ne cessa point d'appartenir au domaine de la couronne, qui s'en trouvait en pleine possession, en 1564, au moment où une autre reine mère, Catherine de Médicis, eut l'idée, après la démolition de son palais des Tournelles, de se faire bàlir, sur l'emplacement du petit séjour de Louise de Savoie, un château digne de son goût fastueux et de son titre de régente du royaume. A cette époque, la capitale de la France comptait à peu près une population de deux cent mille âmes, renfermée dans une étroite enceinte de murs et entassée dans de petites rues, 1res -pittoresques sans doute, mais très-malsaines, (rès-sales et très-mal percées. François 1°' et Henri II, sans cesse occupés de ces guerres extérieures, toujours
funestes au développement du bien-être et du génie des peuples, avaient beaucoup moins songé à embellir Paris qu'à le fortifier; leurs loisirs n'avaient été employés qu'au profit des châteaux élégants, des domaines magnifiques dont ils avaient doté leurs maîtresses. La ville avait donc besoin d'air et de terrain; les anciennes limites de Philippe-Auguste se trouvaient trop resserrées pour une population qui allait tous les jours s'augmentant ; les rues, sombres et étroites, étaient de véritables coupe-gorges que sept ou huit mille voleurs, autant de mendiants, et ces dangereuses troupes de malfaiteurs masqués connus sous le nom de mauvais garçons, exploitaient de la façon la plus désastreuse pour la bourgeoisie et souvent aussi pour les gentilshommes. Catherine, habituée d'ailleurs aux splendeurs des palais italiens, à la construction commode des villes transalpines, ne pouvait se
Irouver à l'aise dans une capitale aussi bornée; elle voulut agrandir Paris, et elle commença naturellement par le côté où elle avait l'intention de bâtir son palais.
On acheta les terrains qui environnaient l'ancien hôtel de Neuville, de manière à avoir un vaste emplacement. On rasa tout ce qui s'y trouvait, et l'on fit commencer la construction du château sous la direction de Philibert Delorme et de Jean Bullaut, les deux plus habiles architectes de l'époque.
Eu même temps on planta d'arbres le jardin, qui était loin, on le pense bien, de ressembler à la promenade actuelle, et l'on construisit a l'extrémité un large bastion qui en couvrait presque toute la largeur et allait se joindre au rempart près de la porte Saint-Honoré.
Le premier plan proposé par les architectes était conçu dans des proportions beaucoup plus vastes que le plan qu'on
a.lopta; mais son exécution aurait nécessité des dépenses énormes, et les deux grands artistes, plus prévoyants, sinon plus véridiques et plus consciencieux, que no le sont généralement les constructeurs modernes, ne dissimulèrent rien à la reine. Celle-ci fut effrayée par la perspective des sacrifices considérables qne son trésor aurait à faire, et réduisit le projet au pavillon du milieu, aux bâtiments latéraux et aux deux pavillons des extrémités. Le pavillon de l'Horloge était dans l'origine surmonté d'un dôme circulaire couvert en ardoise; on y substitua plus tard le toit quadrangulaire qu'on voit aujourd'hui, et qui est, du reste, beaucoup mieux en harmonie avec le reste du château. Les autres corps de logis furent tout d'abord couverts de combles fort élevés. Les rigoristes, en fait de style architectural, ont sévèrement blâmé la forme pyramidale donnée à ces combles, sous prétexte
que, le monument étant à peu près grec, le (oit aurait dû, pour satisfaire aux lois do l'harmonie, ressembler aussi aux toitures des édifices grecs; mais il est probable, si l'on eût adopté ce système, que les pluies et les brouillards de notre ciel humide, s'écoulant difficilement sur une pente presque insensible, auraient endommagé en peu d'années la charpente et la construction même du palais. Si nous ne pouvons pas avoir d'édifices entièrement grecs et romains, prenons-nous-en moins au goût de nos architectes, copistes toujours si habiles, qu'aux rigueurs de notre climat. Ce serait à nous de savoir nous priver des jouissances que notre ciel semble nous interdire, ou bien de ne nous donner le luxe des architectures méridionales que par le procédé dont nous usons à l'égard des fruits et des fleurs exoliques, c'est-à-dire en serre chaude.
Il y avait sept ans qu'on travaillait à la maçonnerie du château, lorsque Catherine, tourmentée par la prédiction d'un de ses astrologues, qui lui avait annoncé qu'elle mourrait à Saint-Germain, se prit à réfléchir que, le terrain des Tuileries étant situé sur la paroi«se de Saint Germain-l'Auxerrois, il pourrait bien y avoir quelque danger pour elle à y fixer sa résidence. Aussitôt elle ordonna la suspension des travaux, qui avaient été poussés avec une grande activité sous la direction de Philibert Delorme et de Jean Bullant. Les palais ne s'élevaient pas alors comme par enchantement, ainsi qu'ils font aujourd'hui; aussi admirait-on qu'en sept années on eût presque achevé la partie extérieure des cinq corps de logis.
Bien des changements ont été faits au château depuis le seizième siècle, et les constructions mêmes qui furent abandonnées en 1571, et dont j'ai vu les dessins,
ne rendaient pas encore complètement la pensée des deux architectes, dont le plan avait été profondément modifié par les caprices économiques de la reine. Il est regrettable que cette penfée n'ait pu être exécutée telle quelle avaii été conçue; peutêtre le monument eût-il paru si beau, si homogène dans son ensemble, si harmonieux dans ses détails, qu'on n'eût pas osé le défigurer. Toutefois il paraît certain que chacun des deux maîtres avait tenu à mettre son cachet sur les différentes parties de l'édifice; chacun d'eux avait, pour ainsi dire, son chef-d'œuvre à revendiquer : à Philibert Delorme, le pavillon du milieu, avec sa belle ordonnance de colonnes, ses deux admirables façades et cet escalier prodigieux qui fait encore l'admiration des architectes modernes ; à Jean Bullant, les deux autres pavillons, modèles de grâce, de simplicité, de bon goût, où les ordres sont
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ajustés avec une harmonie de lignes et du proportions aussi rare qu'heureuse.
En même temps que Jean Bullant, Androuet-Du-Cerceaii s'occupa aussi de la construction du palais; car on trouve dans ses œuvres un projet heaucoup plus vaste que celui de Philibert Delorme, et qui en diffère essentiellement. 11 est toutefois présumnble qu'il ne prit une part aux travaux que pendant les dernières années de la vie de Catherine de Médicis.
En 1601, Dupeyrac entreprend la construction du prolongement de la galerie du Louvre, celle du pavillon de Flore et du corps de bâtiment qui le rattache d'une manière assez lourde et peu harmonieuse au palais central de Catherine.
En 1610, Henri IV conçoit le premier la pensée de réunir les Tuileries au Louvre.
Son intention était de prolonger la galerie ajoutée au Louvre par Henri II, d'après les
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dessins de Serlio, jusqu'au delà de la porto dite porte neuve, par laquelle il avait fait, le 22 mars 1594, son entrée à Paris, afin, dit Sauvai, de posséder une habitation qui aurait été en même temps au dehors et au dedans de la ville. 11 aura fallu deux siècles et demi pour que cette pensée s'accomplît, et au milieu de quelles péripéties, après combien de changements d'architectes et de dynasties!
Peu de travaux effectifs furent faits sous le règne de Henri IV; mais Louis XIII leur imprima une salutaire et efficace impulsion; Clément Mélezeau, chargé par lui d'exécuter les plans de Dupeyrac pour la réunion des deux palais, s'en occupa avec activité; mais il était loin d'avoir fini, lorsque la régente, Aune d'Autriche, succéda à son mari.
La mère de Louis XIV confia à Levau la mission de rendre enfin le palais habitable.
L'intention de la reine mère était probable-
ment d'en faire la résidence à Paris du futur roi et de la cour; les événements en ordonnèrent autrement.
Quoi qu'il en soit, Levan se mit à l'œuvre, et ce n'était pas une petite affaire que de coordonner et démettre en harmonie les ouvrages si divers de tous les architectes qui l'avaient précédé. La plupart des constructions, successivement ajoutées, étaient entièrement dissemblables entre elles, et presque en désaccord avec l'édifice primitif. Levan commença par détruire l'escalier placé au centre du vestibule, morceau d'architecture très-vaulé, mais qui avait le défaut de gêner les nouveaux plans de distribution intérieure; il agrandit Je dôme, ainsi que fout l'avant-corps, aux dépens des côtés et des deux premières divisions, à droite et à gauche des portiques, au-dessus des terrasses sur la façade du jardin. Du dôme circulaire, il fit mi dôme carré, reporta le
grand escalier dans l'emplacement de la salle des gardes, à droite de l'entrée, en avant de la chapelle, qu'il mit à la hauteur du premier palier à deux étages. Il fît toutes les distributions intérieures des appartements d'habitation et de réception que les artistes les plus renommés de l'époque furent chargés de décorer. Banel, Bullant, Hyacinthe Rigaud, Noiret de Nancy, Francisque Millet, Nicolas Coypel, Girardon, Berlhold Flamel, Louis Lerambert, Colelle de Meaux et Nicolas Loyr, s'escrimèrent à qui mieux mieux à célébrer dans leurs compositions la gloire du jeune roi qui, le premier, devait habiter le palais, et la grandeur de la reine régente qui les protégeait. Dans presque tous les plafonds, Anne d'Autriche était représentée sous les traits de Minerve, déesse delà Sagesse. La flatterie se montre toujours douée de la même sagacité d'esprit sous Ions les régimes et sous toutes les dynasties.
On sait que Louis XIV ne fit pas aux Tuileries Je longues ni de fréquentes résidences. Après avoir passé sa jeunesse à Saint- Germain, au Palais-Royal et à Vinceunes, il se fil, bâtir Versailles, qui devint son séjour favori Néanmoins il voulut donner suite au projet de réunion du Louvre et des Tuileries, conçu parllenri IV. La plus grande pai'tie des propriétés situées entre les deux palais fut achetée, et l'on décida qu'une grande voie serait percée dans l'axe du Louvre pour venir aboutir à un arc de triomphe qui s'élèverait en avant du pavillon central des Tuileries et dissimulerait le manque d'harmonie et de parallélisme des deux édifices. Le modèle en grand de cet arc de triomphe fut exécuté à la barrière duTrône, d'après les dessins de Perrault, ce qui fit, nous dit M. Fontaine, donner à cette rue nouvelle le nom de rue du Trône.
Tous les architectes connus furent mis
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en réquisition et proposèrent des plans pointes travaux à exécuter ; mais Levau obtint la préférence, et c'est à lui qu'on doit le pavillon Marsan, situé au nord, la première terrasse de l'aile neuve sur la rue de Rivoli, la salle de spectacle, le grand escalier, et le vestibule du milieu.
Sauf quelques changements de distribution intérieure exécutés par Servandoni, notamment dans la salle de spectacle, dite salle des Machines, et la réparation du pavillon de Flore, incendié en 1787, il ne fut lien fait aux Tuileries sous Louis XY et sous Louis XVI.
Napoléon, en prenant possession du château des Tuileries, voulut en faire une résidence dont la splendeur monumentale répondît à l'éclat et à la magnificence de la tour qu'il allait réunir autour de son trône.
s'occupa surtout de dégager le jardin, allée des Feuillants et le pavillon de Marsan,
en faisant percer la rue de Rivoli. C'est aussi à lui qu'on doit le dégagement de la cour du Carrousel; dite cour d'Honneur, qu'il fit fermer par une grille, et le prolongcmenlde l'aile dunord sur la rue de Rivoli, laquelle s'étendait jusqu'à la hauteur delà rue de Rohan. Des travaux pour la jonction de celte aile avec le Louvre avaient été commencés, et l'on a pu voir jusqu'au momenl où l'achèvement des deux palais a été définitivement entrepris, les fragments de murs et les pierres d'attente du pavillon situé sur la place du Musée, dans l'état, où ils avaient ! été laissés en 1812.
Louis XVIII et Charles X se bornèrent à entretenir le palais sans y rien changer, et n'eussent été les traces qu'y laissa le passage du peuple de juillet 1850, Louis-Philippe aurait trouvé le palais à peu près tel que • l'avait laissé Napoléon. Frappé de l'insuffisance de ce monument, qui pourtant parais-
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sait si vaste, et des vices de la distribution intérieure, le chef de la branche cadette conçut l'idée, non-seulement de terminer la jonction des deux palais, niais encore de doubler en quelque sorte le château par un bâtiment parallèle et exactement semblable construit sur le jardin, ainsi qu'il a clé fait du palais du Luxembourg. C'est à celle couslraclioii qno devait cire consacré l'espace rccnpé aujourd'hui par les parterres réservés. M. Fontaine n'était probablement pis étranger à ce plan, car il en parle dans son travail sur le palais des Tuileries eu ternies vraiment paternels. Ou sait que l'opinion publique se prononça si hautement contre ce projet, qu'il n'y fut donné aucune suite; on se contenta de séparer les parler* res réservés du reste du jardin par nue grille et un petit fossé bordé de lilas.
On renonça aussi à un autre plan auquel M. Fontaine paraissait tenir beaucoup, et
qui aurait consisté à relier les Tuileries au Palais-Royal en construisant entre les deux palais un vaste bâtiment à galeries et à arcades où Ton aurait placé la salle de l'Opéra.
Aujourd'hui, la réunion des Tuileries el du Louvre est opérée, et l'on peut juger déjà par les constructions faites de l'ensemble du palais définitif et de l'effet général. Malgré les efforts des architectes qui ont présidé à ce travail, il a élé impossible d'ot tenir une complète homogénéité, une parfaite harmonie de style, et si imposant que paraisse l'édifice, en raison de l'étendue de terrain qu'il occupe, des vastes proportions qu'il affecte, des richesses sculpturales dont il est orné, il n'en reste pas moins un monument hybride, accumulation des architectures et des goûts de tous les temps, où chaque époque a imprimé son cachet d'une façon indélébile.
I/histoirc de France aux Tuileries.
Ce chàleau des Tuileries, que tous les hommes de notre génération se sont habitués à considérer comme la résidence en quelque sorte naturelle du pouvoir souverain, fut bien longtemps désert. Grâce au progrès des idées et des lumières qui a fait disparaître des esprits les vieux préjugés fatalistes, les chefs d'État modernes sont inaccessibles à ces gothiques superstitions qn empêchaient Catherine de Médicis d'habiter le Louvre, et Louis XIV de résider à Saint- Germain. Le premier soin de tous les pouvoirs que nous avons vus se succéder en France depuis soixante ans a été de s'installer dans ce palais des Tuileries dont l'histoire est si féconde en sinistres monarchiques,
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dans ce palais où un seul roi, Louis XVIII, a pu mourir dans son lit, et de quelle mort!
Jusqu'au règne de Louis XVI, le château des Tuileries, depuis théâtre de tant de grands événements, resta presque inoccupé.
Cependant il fui, en quelque sorte, inauguré, sous Catherine de Médicis, par une fêle que celle princesse y donna le 21 août 1572, c'est-à-dire quatre jours avant le massacre de la Saint-Barthélémy. On peut lire dans les Mémoires de l'état de la France sous Charles IX le curieux compM rendu de celle pompeuse solennité, à propos de laquelle les seigneurs huguenots qui y assistaient auraient pu dire dès lois le mot célèbre qui servit à caractériser un bal de la fin de la Restauration : « Ils dansaient sur un volcan ! »
Catherine de Médicis n'habita jamais le palais; son fils Henri III en fit quelquefois une maison de plaisance; il aimait à aller
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promener dans le jardin son royal ennui. Ce fut par les Tuileries qu'il s'échappa de Taris le l l 2 mai 1588, dans cette fameuse journée des Barricades où il faillit être l'ail, prisonnier par le duc de Guise. Voici comment le Journal de l'Étoile raconte celle fuite :
« Henri 1U voyant le peuple continuer dans sa furie, et ceux qui étaient auprès de ce prince avant, sur les cinq heures du soir, reçu avis, par un de ses bons serviteurs qui, déguisé, se coula dans le Louvre, qu'il eût à sortir au plus vile, sinon qu'il était perdu, il sortit du Louvre à pied, tenant une baguette à la main, comme s'allant promener aux Tuileries: il n'était pas encore hors de la porte, lorsqu'un bourgeois l'avertit en diligence de sortir, parce que le duc de Guise, avec douze cents hommes, fallait venir prendre. Etant arrivé aux Tuileries où était son écurie, il monta à cheval avec ceux de sa suite qui eurent moyen d'y
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monter : Duhalde le botta, et lui ayant mis son éperon à l'envers : « C'est égal, dit « ce prince, je ne vais pas voir ma maî- « tresse. »
« Entre cinq et six heures, dit Cayet, Henri III sortit de Paris par la porte Neuve; quarante arquebusiers qui étaient placés a un poste prochain, ayant reconnu le roi, osèrent tirer sur lui, et blessèrent quelques personnes de sa suite. »
Telle fut la première évasion royale dont fut témoin le château des Tuileries, triste prélude du 20 juin, du 10 août, du 20 mars.
du 29 juillet, du 24 février!
Henri IV, Louis XIII et Louis XIV n'habitèrent les Tuileries que passagèrement.
Mademoiselle de Montpensier en fit aussi quelque temps sa résidence favorite. C'est par son ordre qu'avait été dessiné et piaule un très-joli parterre qui occupait les terrains sur lesquels se trouvent aujourd'hui une par -
lie de la cour d'honneur, l'aile du nord, la rue de Rivoli et la rue de l'Échelle : on avait surnommé ce jardin d'agrément jardin de Mademoiselle. Au jardin, Louis XIV suhstittia, en 16G2, une vaste place sur laquelle il donna, le 5 juin de la même année, cette fameuse fête équestre connue sous le nom de Carrousel. C'est de là que la place tira son nom .
A ce Carrousel, il y avait cinq quadrilles représentant cinq nations diverses. Le roi était à la tête des Romains ; son frère à la tète des Persans ; le prince de Coudé commandait les Turcs; le duc d'Enghien, son fils, les Indiens , et le duc de Guise, pelitfîls du Balafré, représentait le chef des Américains. Le duc de Guise jouissait à ce moment d'une grande célébrité, qu'il devait autant à l'audace malheureuse de son entreprise sur Naples, qu'à sa captivité, à ses amours romanesques, à ses duels, à ses pro-
fusions et à ses aventures : c'était, pour employer une expression de notre temps, le lion de son époque. Son excentricité allirail Ions les regards si;r lui ; par la singularité, !a Lizarrciie de sa vie, de ses mœurs, de ses manières, il semblait appartenir à ml monde autre que celui qui l'entourait; c'est pour cela qu'on l'avait chargé de représenter l'Amérique. Une dame, eu le voyant courir avec le grand Coudé, s'écria : « Voilà les héros de l'histoire e! de la fable. »
La reine mère, la reine régnante, la reine d'Angleterre, veuve de Charles 1", qui cherchait dans des distractions l'oubli de ses malheurs, assistaient sous un dais à ce spectacle. Le prix fut remporté par le comte de Sanlx, fils du duc de Lesdiguièrcs; il le reçut des mains de la reine mère. Cette fêle conlribua beaucoup à faire renaître le goût des emblèmes et des devises que les tournois avaient jadis mis à la mode. On dit que ce
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Ait à celle occasion qu'un antiquaire nommé d'Ouvrier imagina, pour Louis XIV, l'emblème du soleil dardant ses rayons sur un globe avec In célèbre devise : Necphiribusimpav.
Neuf années «près environ," à la (in du carnaval de 1671, une autre fêle avail lieu ;'i 1 intérieur du palais; c'était la représentation de Psyché, tragédie -ballet, qui avait pour ailleurs Molière, le grand Corneille, Quinault et Lulli. La salle dans laquelle se donnait ce spectacle, commencée en 1662, d'après les dessins do Yeragani, et connue sous le nom de salle des Machines, était la plus vaste de l'Europe ; elle pouvait contenir plus de sept mille spectateurs, et occupait tonte la largeur de l'aile septentrionale ; la scène avail quarante et un mètres de profondeur el onze de hauteur; la salle mesurait trente mètres de profondeur sur seize de hauteur cl seize de largeur.
Ce théâtre fui successivement occupé, en
1 730, par la troupe de Servandoni, qui y lit représenter, pendant quinze années consécutives, des pantomimes et des féeries à grand spectacle qui attirèrent tout Paris. En 1764, l'Opéra vint y attendre la construction de la salle du Palais-Royal. Eu 1770, la Comédie-Française y commença un séjour provisoire qui ne dura pas moins de douze ans; elle ne quitta cette salle qu'en 1782, pour aller occuper celle de l'Odéou.
C'est là, aux Tuileries, qu'eut lieu, en 1778, cette fameuse représentation d'Irène, dans laquelle Voltaire fut couronné en présence de toute la cour. Enfin, en 1789, une troupe italienne venait de s'y installer, lorsque, le 6 octobre, la garde nationale et le peuple de Paris allèrent chercher à Versailles le roi Louis XVI pour l'amener à Paris. Les comédiens durent céder la place à la famille royale, qui allait faire du château des Tuileries sa résidence habituelle.
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Louis XV n'avait demeuré aux Tuileries que pendant sa minorité. À cette époque, quelques changements furent faits dans la distribution du château et du jardin. La muraille élevée au couchant fut remplacée par une grille et un pout tournant, et l'on construisit sur l'emplacement des écuries de Catherine de Médicis, à peu près à l'endroit où règne maintenant la terrasse des Feuillants, un vaste bâtiment dans lequel se trouvait comprise l'Académie royale d'équitation, instituée pour les jeunes gentilshommes, qui venaient y prendre aussi des leçons de mathématiques, d'escrime et de danse. C'était ce qu'on appelait la salle du Manège, dont le nom revient si souvent dans l'histoire de la Révolution française.
« Je ferai désormais à Paris ma demeure habituelle! » telles sont les paroles que prononça Louis XVI, le octobre 1789, en venant habiter les Tuileries, paroles qui
furent gravées sur la médaille frappée on commémoration de ee grand événement.
Cette journée complétait en effet le triomphe ''n peuple su»' la royauté, dont le li juillet avait été en quoique sorte ie prélude.
Paris devenait véritablement la capitale de la France, et le château des Tuileries le centre de Paris, le siège du gouvernement.
L'ivresse du peuple ne connut point de bornes; le jardin était encombré toute la journée d'une foule avide de voir le roi ou quelqu'un de sa famille, et chaque fois qu'un des augustes personnages se montrait à une fenêtre, les vivat retentissaient de toutes parts. Les Parisiens crurent avoir tout gagné par la présence du roi au milieu d'eux. « Nous ne manquerons pins jamais de pain, disaientils, nous avons amené le boulange]-, la boulangère et le petit mitron. »
Ce fut le 19 octobre que l'Assemblée constituante vint s'établir à Paris; elle siégea à
l'Archevêché, en attendant que la salle du Manège des Tuileries eût été mise en état de servir de local à ses séances. Bientôt monarque et Assemblée furent installés, celuici au château, celle-là au Manège, à quelques pas de distance l'un de l'autre.
Le palais des Tnileriesdevnit-il, oui ou non, le lover d'intrigues politiques et contre-révolutionnaires? le roi fut-il, oui on non, eomplicedecesintrigues? L'épisode de Varmoira de for mérite-t-il , oui on non, toute créance? Il faut lire à ce suj:'t les historiens des divers partis et ne pas nous demander ce que nous en pensons; ce n'est ici ni le lieu ni le moment de le dire. Ce qu'il y a de certain, c'est que le 28 février 1791 une tentative d'enlèvement du roi cul lieu aux Tuileries par Imil cents gentilshommes dévoués qui pénétrèrent dans le château, armés de poignards, sous préleito de défendre Louis X\ 1 contre des assassins. Celte tentative ne réussit