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pas, grâce à la surveillance des grenadiers de service, anciens gardes-françaises qui reconnurent parmi les prétendus défenseurs du roi plusieurs de leurs officiers. On donna aux gentilshommes auteurs de cette entreprise le surnom de chevaliers du poignard.
Moins de quatre mois après, une autre tentative plus sérieuse devait également échouer et amener la fameuse journée du 20 juin.
Avant d'en venir à cet épisode, et pour mettre le lecteur bien à même de comprendre toutes les circonstances des événements qui se passèrent aux Tuileries, il est utile de lui faire connaître les dispositions des abords du château, du côté du Carrousel.
La place avait été partagée en plusieurs places, cours et rues. L'espace compris entre la grille actuelle et le château était occupé par trois cours, toutes trois irrégulières et fermées par des constructions : au nord 1:'
cour des Suisses ; au milieu, la cour Royale ; au sud, la cour des Princes. »
C'est par la cour Royale que sortit Louis XVI pour aller à Varenues, et c'est sur la place du petit Carrousel qu'il avait donné rendez-vous à sa famille, dans la nuit du 20 au 21 juin 1791.
La fuite du roi devait avoir lieu dans la nuit du 19 au 20 juin; c'était la date convenue avec Bouille qui s'était chargé d'envoyer des troupes à chaque relais. Si l'on en croit les mémoires du temps, ce fut une discussion d'étiquette qui fit ajourner le départ de vingt-quatre heures. Le roi voulait avoir dans sa voiture M. d'Agonlt, officier en qui il avait une grande confiance ; mais madame de Tourzel, gouvernante des enfants, prétendit avoir le droit d'èlrc admise dans le carrosse royal ; ce triomphe du droit de l'étiquette occasionna un relard, et cette circonstance coûta peut-être la vie au monarque.
Sfl l'An 1 s.
l'ne voiture énorme avait été construite (ont exprès pour ce voyage ; elle devait contenir le roi, la reine, les deux enfants, madame Elisabeth et trois autres personnes.
MM. Dumouslier, Maldant cl Valory, anciens gardes du corps, qui avaient reçu Tordre de se faire faire des vestes de courriers, devaient la conduire. Le passe-port, dalé du 5 juin, ordonnant de laisser passer libre»
ment lu baronne de Korff, allant à Francf'orl avec deux enfants, une femme, un ra« Jet de chambre et trois domestiques, av;:i!
été signé par M. de Montmorin, ministre; le même qui, écrivant, le 51 mai, à l'Assemblée, pour démentir un article du Moniteur et se plaindre de ce qu'on cherchait à jeter les défiances les plus injustes sur le roi, en lui prêtant leplus absurde projet d'éviiswn, terminait ainsi sa lettre: « J'atteste donc, sur ma responsabilité, sur mon honneur, quels projet insensé qu'on ne rougit pas de pré*
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ter au roi dans cet article n'a jamais existé. Sa Majesté m'a non-seulement permis, mais ordonné de vous envoyer cette lettre. »
Malgré les avis nombreux qui annonçaient à Lafayetle et à Gouvion, son major, le projet de fuite, le plan concerté put s'exécuter en partie. Pendant que, d'un côté, le comte de Provence et sa femme s' échappaient du Luxembourg pourse rendre à Bruxelles, le roi, la reine, madame Elisabeth et les enfants sortirent des Tuileries par l'appartement de M. de Villequier, sur lequel on n'exerçait presque aucune surveillance; ils se rendirent au coin de la rue de l'Échelle, où M. de Fersen les attendait avec un fiacre. On dit qu'en passant sous le guichet du Louvre la reine et madame Elisabeth se croisèrent avec Lafayetté, qui ne les aperçut point. Tous arrivèrent successivement jusqu'au fiacre; ils y montèrent, et Fersen les conduisit, après de longs détours, au delà de la barrière Saint-
ô8 PARIS.
Martin, où ils trouvèrent les carrosses préparés pour le voyage.
On sait quel furent les résultats de cette tentative et la stupeur de Paris et de l'Assemblée le lendemain, et l'arrestation à Varennes, et la rentrée aux Tuileries, où le roi lut constitué prisonnier.
Devons-nous essayer de raconter la journée du 20 juin 1792, journée qui appartient autant et plus à l'histoire de France qu'à l'histoire du château des Tuileries? Ne vautil pas mieux renvoyer le lecteur au magnifique récit placé par M. de Lamartine dans son Histoire des Girondins ? Nous nous bornerons à faire une seule réflexion. Pour la première fois, le 20 juin 1792, le peuple entrait aux Tuileries, il y venait menaçant et armé, conduit par des hommes hostiles à la monarchie et résolus à ne reculer devant aucune violence. 11 y trouva la royauté calme et courageuse, quoique entourée d'un
bien petit nombre de défenseurs, et il se borna à essayer, à constater sa force en faisant crier au roi : « Vive la nation! » en lui faisant coiffer le bonnet rouge et en lui donnant à boire à même le goulot d'une bouteille. Le roi avait répondu avec présence d'esprit aux provocations de Legendra.
Sa dignité, sa faiblesse, la modération de son entourage, tout servit à contenir les milliers d'bommes qui traversèrent presque tous les appartements du palais. Pourquoi Louis XVI se jeta-t-il tout ému quelques heures après dans les bras des gardes qui étaient restés auprès de lui, en leur disant : « Mes amis, je vous dois la vie! » Si Louis XVI dut son salut àquelqu'im dans cette journée, ce fut à lui-même, au courage et à l'esprit dont il fit preuve.
Cinquante jours plus tard, le peuple reprenait le chemin des Tuileries ; mais, cette fois, le roi n'était plus surpris à l'improvisle
et il se préparait à le recevoir ou plutôt à le faire recevoir par ses troupes. Le 10 août est encore une de ces journées historiques qui font époque dans nos annales et dont le récit appartient à la grande histoire générale de notre pays. Le 10 août, tout avait été préparé à l'avance pour l'attaque comme pour la résistance ; seulement la cour avait compté que la résistance aurait lieu nonseulement au château, mais encore à l'Hôtel de Ville, sur le pont Neuf et sur le pont Royal ; elle avait compté sans le mécontentement de la garde nationale, sans la défection de plusieurs bataillons et surtout sans la morl du marquis de Mandat, qui avait organisé tout le plan de combat. Ce jour-là, Louis XVI ne fut pas aussi bien inspiré que le 20 juin ; il quitta le château et se relira à l'Assemblée nationale, qui siégeait dans la salle du Manège, située sur remplacement où se trouve aujourd'hui la rue de Rivoli.
LES TlilLElUES. «
L'attaque commença: les Marseillais et les Bretons pénétrèrent facilement dans les cours ; mais aussitôt des batteries se démasquèrent, et ils furent décimés par la mitraille. Alors la fureur populaire ne connut plus de bornes, et, après un combat acharne, les masses entrèrent dans le palais et se répandirent dans les appartements, où tout ce qu'on rencontra, soldats, officiers, gens de service, fut égorgé sans pitié. On compta dans cette matinée plus de trois mille tués ou blessés, tant du côté du peuple que du côté des défenseurs du château ; les meubles furent détruits, mais il n'y eut pas de pillage, et les voleurs furent impitoyablement fusillés. Malgré la colère et l'ivresse du sang qui lui montait au cerveau, le peuple, au milieu de ce carnage, donna quelques exemples (trop rares, hélas !) de modération; on connaît l'anecdote de Lemonnier, médecin du roi qui fut conduit sain et sauf au Luxembo
*2 l'illIS.
Nous n'avons pas à nous occuper des événements qui furent la conséquence du 10 août. Pour ce qui concerne le château des Tuileries, on sait qu'il devint, au 10 mai 1795, le siège delà Convention nationale. L'emplacement de la salle des machines fut désigné pour la construction d'une salle des séances improvisée. C'était un parallélogramme étroit qui « ressemblait, dit Prudhomme, non au sanctuaire des lois, à l'aréopage de la République, mais à une vaste école de droit à l'usage de quelques juristes. » L'ancienne chapelle, transformée en temple de la Liberté, servait de passage entre la salle des séances et les bureaux.
Les divers services administratifs s'étaient établis dans les autres parties du palais. Le château des Tuileries, siège de la Convention et du gouvernement, fut donc, pendant l'ère révolutionnaire, le théâtre des plus terribles journées de cette époque, journées dont les
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pages représentent autant de pages glorieuses ou néfastes de nos annales : le 54 mai, le 9 thermidor, le 12 germinal, le 12 prairial, j e 15 vendémiaire, jour où la Convention et la République furent si énergiquement défendues contre la révolte des sections réactionnaires.
La Convention, ayant achevé son temps, fut remplacée dans la grande salle des Tuileries par le conseil des Anciens ; le conseil îles Cinq-Cents siégeait dans le Manège. Les choses restèrent ainsi jusqu'au 18 brumaire.
Fermé pendant quelques mois, le palais fut de nouveau habité en 1800 ; le 19 février, Bonaparte, premier consul, vint s'y installer avec Lebrun, qui occupa le pavillon de Flore. Le conseil d'Etat siégea dans une partie de la grande galerie, à côté de l'appartement du premier consul ; Cambacérès se logea dans l'hôtel d'Elbeuf, situé sur la place du Carrousel. A. cette époque dispa-
rurcnt le manège et la cour du Dauphin, qui firent place à la rue de Rivoli ; on effaça les traces des boulets du 10 août et les légendes révolutionnaires inscrites sur les portes du château ; on détruisit la salle de la Convention; on abattit les bâtiments de la cour des Suisses, de la cour Royale et de la cour des Princes, pour ouvrir une seule et vaste cour qui servit de champ de manœuvres militaires. La cour du Carrousel, encore encombrée de constructions, fut bientôt déblayée et agrandie; l'explosion de la machine infernale de la rue Saiut-Nicaise commença ce déblaiement, qui se compléta d'année en année. En 1806, l'espace libre situé en avant de la façade orientale du cliâleau était assez vaste pour pouvoir être coupé eu deux par une longue grille qui isola complètement le palais. En même temps on éleva à la gloire de l'armée française un arc de triomphe, construit sur les
LES TOILERIES. 4S
dessins de MM. Percier et Fontaine, dans l'axe même du pavillon de l'Horloge, et l'on perça entre cet arc de triomphe et le Louvre une grande rue directe, qui servit de point de départ à la réunion des deux
palais.
A. celte époque, lesTuileries étaient redevenues non-seulement le siège du gouvernement mais encore le quartier général d'une cour toute nouvelle, peuplée de gentilshommes et de courtisans de fraîche date, de ducs, de princes, de souverains. On y pouvait voir les éléments de ce parterre de rois, devant lequel Talma et M"" Mars ont joué plusieurs fois. Que d'uniformes, que de mauleaux de cour, que de fêtes ! Les fêtes du mariage de Napoléon avec Marie- Louise el celles de la naissance du roi de Rome eurent surtout un magnifique éclat. Les contemporains parlent encore aujourd'hui de l'illumination du jardin, qui reste une
des plus mémorables, même depuis celles que nous avons vues récemment.
Mais voici 1814; les Tuileries changent de maîtres ou plutôt de locataires. Quelquesuns mcme de ceux qui habitent ou hantent le château ne se donnent pas la peine de changer de visage, ils se bornent à changer de costume, à substituer à l'aigle la fleur de lis sur les boutons de leur habit, sauf à substituer aux fleurs de lis tout ce que les circonstances pourront exiger. Il y a tel serviteur, entré aux Tuileries de 1810à 1814, qui y est encore aujourd'hui et n'en a point bougé depuis quarante-cinq ans, grâce à ces changements de boutons, opérés avec opportunité.
Le 29 janvier de cette année 1814, Napoléon fait ses adieux à la garde nationale de Paris dans la cour des Tuileries et confie à la milice civique sa femme et son fils, dont la diplomatie devait disposer, on sait corn-
era
LES TUILKRIES. ',7
meut. Deux mois après, jour pour jour, l'impératrice et le roi de Rome quittent les Tuileries, et, le 5 mai, le roi Louis XVIII fait son entrée dans ce palais, où il établit su première résidence... provisoire. Cette résidence dura tout juste dix mois et demi, jusqu'au 19 mars 1815.
Napoléon, rentré le 20 mars au château, le quitte le 1 2 juin, pour aller se mettre à la tète de l'armée à Waterloo. Le 23 du même mois, le gouvernement provisoire s'y établit sous la présidence de Fouché; enfin, le 8 juillet, Louis XVIII revient prendre possession du palais, pour y régner neuf ans et y mourir.
Charles X, qui y régna six ans, ne fil guère plus de changements que son frère, soit à l'architecture, soit aux aménagements intérieurs de l'édifice. Comme s'il n'eût considéré son établissement que comme provisoire, il maintint le corridor en char-
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petits légère, couvert d'une tente que Louis XVIII avait fait faire sur la terrasse du jardin pour pouvoir aller de plain-pied et sans fatiguer ses jambes impotentes des appartements à la chapelle et à la salle de spectacle.
Le 29 juillet 1850, après un siège qui dura cinq ou six heures, le peuple s'empara du château et y entra en vainqueur. C'est dans ce siège que fut tué Georges Farcy, jeune homme distingué, dont le tombeau se voyait encore naguère sur la place du Carrousel, adossé à cette grande maison isolée appelée hôtel de Nantes, qui fol démolie la dernière, lorsque la réunion du Louvre et des Tuileries fut irrévocablement décidée. Le château et le jardin des Tuileries furent pendant quelques jours, ainsi que les autres palais, confiés à la garde des citoyens qui s'en étaient emparés. « Il faut avoir vu, dit Chateaubriand
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dans ses Mémoires d'Outre-Tombe, des ouvriers demi-nus, placés en faction à la porte des jardins publics, empêcher, selon leur consigne, d'autres ouvriers déguenillés dépasser, pour se faire une idée de cette puissance du devoir qui s'était emparée des hommes demeurés les maîtres. »
Pendant quatorze mois et demi, les Tuileries restèrent inhabitées. Louis-Philippe, devenu roi des Français, semblait redouter la fatalité qui avait atteint tous les précédents hôtes du palais gouvernemental. Ce ne fut que le 1 G octobre 1 851 qu'il se décida à s'y établir, après avoir fait approprier les aménagements intérieurs aux nécessités de la résidence de sa nombreuse famille.
Dans ce château des Tuileries vécut pendant plus de seize années cette famille qui a laissé d'impérissables souvenirs. Trois fois elle y fut éprouvée par de terribles catastrophes ; elle y porta le deuil de t rois de
ses membres, le duc d'Orléans, la princesse Marie, grande artiste et noble cœur, la sœur du roi, madame Adélaïde, jusqu'au jour où le reflux de la Révolution la rejeta du palais où le flux l'avait apportée. Le 24 février 1848, les fils du peuple de 1850, les petits-fils du peuple du 10 août entrèrent aux Tuileries par le Carrousel, au moment où le roi en sortait par le jardin.
Des scènes analogues à celles de 1850 se passèrent dans l'intérieur. Toutefois, on crut un instant avoir à craindre pour la conservation du monument, et, pour le sauver de toute mutilation, on eut l'idée de le consacrer à un hospice des invalides civils. Le bruit se répandit dans Paris qu'une véritable armée d'occupation s'était emparée du château et menaçait la tranquillité publique. Trois cents hommes armés y avaient en effet établi leur résidence; mais, loin de
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refuser J'en sortir, ils demandaient qu'un pouvoir régulier les déchargeât du dépôt dont ils avaient pris la garde; ils défdèrent en bon ordre devant l'état-major de la garde nationale qui s'installa à leur place.
L'état-major delà garde nationale occupa à peu près seul les Tuileries pendant environ quatre années. En 1849, on fit dans les grandes salles l'exposition de peinture; mais de nombreuses réclamations s'élevèrent contre le choix de ces salons mal éclairés et distribués d'une façon peu commode pour la circulation d'un nombreux public. Un instant il fut queslion d'y transporter la bibliothèque de la rue Richelieu, mais le château était destiné à redevenir encore le théâtre des pompes officielles et des splendeurs gouvernementales...
Le 25 janvier 1852, le président de la République inaugura le palais par un bal
donné dans la salle des Maréchaux ; deux mois plus tard, le 29 mars, il y fit l'ouverture de la sessiou du Sénat et du Corps législatif ; enfin, au mois de mai, à l'occasion de la distribution des aigles, il y donna une grande fête dans cette jolie salle de spectacle qui a été témoin du couronnement de Voltaire et de la première représentation du Barbier de Séville de Beaumarchais.
Depuis, les fêtes de la cour se sont renouvelées et multipliées au château des Tuileries, devenu non-seulement la résidence du chef de l'État, mais encore le centre gouvernemental du ministère le plus important, et destiné à être bientôt sans doute, par suite de la jonction avec le Louvre, le quartier général de tous les grands corps de l'État. Alors, plus que jamais, on pourra dire que le palais des Tuileries est la maison où se fait l'histoire de France.