Recueil de médecine vétérinaire pratique, 1863, p
revue de chirurgie
tumeurs des animaux, la plupart d’entre eux étant sacrifiés sans avoir vécu leur vie normale. Peut-être aussi, ainsi que nous le verrons plus loin, doit-elle expliquer, plus que l’alimentation, la fréquence plus grande du cancer chez les carnivores que chez les herbivores domestiques. Les premiers (chien et chat) sont conservés jusque dans la vieillesse, les seconds servent d’ordinaire de bonne heure à l’alimentation.
En dehors de l’exception signalée au paragraphe précédent pour la mélanose héréditaire, les jeunes animaux paraissent presque complètement indemnes de tumeurs. Coleman 1 a pourtant signalé un carcinome de l’estomac chez un poulain d’un an; Sutton 2 a observé un gliome de l’œil chez un jeune singe et un enchondrome du testicule d’un poulain. Il est remarquable que les organes affectés dans ces observations : estomac, œil et testicule, sont aussi ceux qui, chez l’homme, sont le plus fréquemment affectés de cancers précoces.
Comment expliquer cette influence de l’âge avancé? Les diverses raisons que l’on peut invoquer : suspension des fonctions de certains organes comme l’utérus et la mamelle, diminution de l’activité de l’élimination cutanée, ralentissement de la nutrition sont chez l’animal aussi obscures que chez l’homme.
5° Alimentation. — L’influence de l’alimentation sur la production du cancer chez les animaux est d’une appréciation très délicate. A ne considérer que le résultat brut de la statistique, la prédominance chez les carnivores paraît considérable. Leblanc, dans la discussion de l’Académie de médecine de 1854, a appelé avec une grande autorité l’attention sur ce point 3. Il a montré les déductions prophylactiques et thérapeutiques qu’on pouvait en tirer. Et l’on se trouve d’autant plus disposé à admettre le rôle de l’alimentation par la viande comme cause de cancer chez les animaux que ce fait concorde avec diverses observations de la médecine humaine. Au dernier congrès de chirurgie, M. Verneuil 4 disait : « M. Reclus, d’un très long et consciencieux travail appuyé sur une masse énorme de documents de toutes sortes, où les notions géographiques ont été fort mises à contribution, a cru pouvoir établir que les individus soumis au régime végétal exclusif sont à peu près indemnes de cancer... Mon impression est que nous voyons aujourd’hui trois ou
L Recueil de médecine vétérinaire pratique, 1858, analyse, p. 690.