Semaine médicale, 21 mars
quatre fois plus de cancers qu’il y a quarante ans. Je me demande si la cause n’en est pas le régime alimentaire très modifié. On a abandonné presque complètement les végétaux. On est devenu de plus en plus carnivore arthritique et cancéreux. »
Sans nier la prédominance des tumeurs malignes chez les carnivores, Delafond 1 objecta tout d’abord à Leblanc qu’on les rencontrait aussi avec une certaine fréquence chez les herbivores, en particulier le bœuf et le cheval. Pour le bœuf, on sait aujourd’hui que beaucoup de tumeurs regardées alors comme cancéreuses doivent être en réalité rapportées à l’actinomycose. Pour le cheval, alors meme qu’on élimine les tumeurs mélaniques, on ne peut nier que le carcinome et Pépithélioma ne s’observent chez lui avec quelque fréquence. Mais on peut invoquer chez ce dernier animal, et ce fait rend la question singulièrement complexe, l’influence de l’alimentation par l’avoine, substance très azotée et douée de propriétés excitantes 2 spéciales qui en font comme la viande un véritable aliment de force.
La deuxième objection de Delafond, plus importante encore que la première, suffit à faire ajourner toutes les conclusions que pourrait inspirer la fréquence du cancer chez le chien et le chat. Nous l’avons signalée brièvement en étudiant l’influence de l’âge. Le chien et le chat vivent d’ordinaire leur vie normale; les herbivores sont sacrifiés jeunes. Entre tous les herbivores, le porc, chez qui le cancer paraît particulièrement rare, est celui qu’on tue le plus tôt; le cheval, chez qui le cancer se rencontre le plus fréquemment, est celui qui vit le plus vieux.
L’expérimentation pourrait-elle trancher cette question délicate? On a assez fréquemment soumis des herbivores à une nourriture animale. M. Regnaud a essayé de nourrir des moutons avec du sang desséché 3 4. On n’a rien noté dans ces expériences qui soit intéressant pour la question qui nous occupe. Les reprendre offrirait évidemment de grandes difficultés matérielles, car, pour être concluantes, elles devraient porter sur un nombre considérable de sujets observés pendant fort longtemps.
6° Domestication. — L’influence de la domestication a surtout un intérêt historique. C'est peut-être, en effet, le premier point de la pathologie comparée des tumeurs qui ait attiré l’attention. Dès 1802, le questionnaire de la société du cancer i demande si les animaux