Recueil de médecine vétérinaire pratique , 1886, p
des champignons (tumeurs énormes du maïs). Il est remarquable qu’un de ces champignons parasitaires, celui qui produit la tumeur connue sous le nom de hernie du chou, le plasmodisphora brassica appartient à un groupe dont nous trouvions tout à l’heure un autre représentant chez les animaux, le groupe des actinomycètes.
Peut-on de ces divers faits tirer une conclusion générale quelconque? Évidemment non. Si séduisante que soit la théorie parasitaire des tumeurs, elle ne saurait être admise par analogie et tous les raisonnements philosophiques n'auront pas la valeur d’une bonne expérience de greffe ou d’inoculation.
Ces expériences jusqu’ici ont en immense majorité été négatives. Les faits positifs sont bien rares et sont bien loin même d’être complètement certains. Faut-il donc accepter entièrement ces résultats? Il nous reste, avant de le faire, à passer en revue dans une critique rapide les conditions dans lesquelles se sont placés les expérimentateurs.
Pour qu’une inoculation réussisse, deux conditions sont aussi nécessaires l’une que l’autre, un organisme susceptible de se développer, un terrain favorable pour le développement. La seconde de ces deux conditions a été presque toujours négligée. Les animaux choisis comme sujets d’expérience l’ont été sans tenir aucun compte de leur âge, ce facteur si important dans la production des tumeurs. Ils appartenaient souvent à des espèces, le lapin et le cobaye, où l’apparition spontanée de tumeurs est exceptionnelle. Quand il s’est agi non de tentatives d’inoculation, mais de tentatives de greffes, une autre objection doit encore être faite. On a le plus souvent choisi pour tenter ces greffes le tissu cellulaire sous -cutané, le point de l’organisme qui assurément est le plus rarement le terrain du développement spontané du carcinome ou de l’épithélioma. En opérant sur des animaux âgés, appartenant aux espèces fréquemment atteintes comme le chien et le chat, en essayant d’ajouter à ces facteurs des conditions favorables d’alimentation et, chose plus difficile, d’hérédité, n’aurait-on pas dans les inoculations obtenu des résultats plus favorables 4? N’aurait-on pas mieux réussi dans les cas de greffes en ajoutant à toutes ces conditions celle de la région, en choisissant par exemple la mamelle pour le carcinome, l’anus ou les lèvres pour l’épithélioma.
1. Le Bulletin médical du 21 avril 1889 nous apporte, au moment où ces lignes étaient déjà écrites, le résumé d’un travail allemand de Hanau qui formule des critiques analogues. Cet auteur aurait de plus réussi à reproduire par inoculation, dans la tunique vaginale d’un rat, un cancroïde de la vulve d’une souris. Les tumeurs d’inoculation offraient, comme la tumeur primitive, la structure de l’épithélioma pavimenteux.
revue de chirurgie
L’expérimentateur pourrait bien plus aisément encore mettre de son côté toutes les conditions voulues de terrain favorable. Il suffirait, comme on l’a souvent proposé déjà, d’opérer sur des animaux déjà atteints de la tumeur qu’on désire leur inoculer et de chercher à produire chez eux la même tumeur dans un autre organe. Il est un peu triste de dire que cette expérience, coupable chez l’homme, alors qu’elle serait si justifiée chez l’animal, a été faite par Hahn % chez un de ses malades atteints de cancer. IL lui a inoculé à distance sous la peau trois fragments pris à sa tumeur et ces fragments ont
continué à vivre et à se développei .
C’est vers cette recherche du terrain favorable, que doivent donc porter les efforts des expériences futures. Pour en démontrer la nécessité, il suffit de rappeler les conditions de développement de l’actinomycose. La résistance des carnivores est telle que presque toutes les expériences faites sur le chien ont échoué. Celles d’Israël sur le lapin ont au contraire réussi. Il en est de ces organismes parasitaires inférieurs comme des plantes plus élevées. Les uns robustes et vivaces se développeront presque n importe où, 1 immunité contre eux sera rare. Les autres voudront dans le sol des conditions qui les favorisent. Et pourra-t-on conclure que les grains de blé ne sont pas susceptibles de germer et de grandir parce que quelques-uns jetés au hasard sur la terre n’auront pas produit
d’épis?
La partie étiologique de ce travail sur les tumeurs des animaux devait surtout porter sur les tumeurs malignes. Mais au point de vue anatomo-pathologique il est particulièrement important de montrer que toutes les variétés histologiques des tumeurs décrites chez l’homme se retrouvent également chez l’animal. Avant d’arriver à l’étude du sarcome, de l’épithéliome et du carcinome il faut donc passer brièvement en revue toute la série des tumeurs plus bénignes, fibromes, myomes, lipomes, myxomes, ostéomes, enchondromes, odontomes, kystes dermoïdes, angiomes et névromes.
1° Fibromes. — Les fibromes des animaux occupent surtout le tissu cellulaire sous-cutané. C’est à cette variété qu’appartiennent les tumeurs si fréquemment produites par les frottements du collier chez le cheval. Mais pour ces tumeurs, comme d’ailleurs dans bien
1. Société de médecine de Berlin , 2 novembre 1887. (Analyse in Année medicale, , 1887, p. 70.)
des cas pour les fibromes de l’homme, la nature exclusivement fibromateuse reste parfois incertaine à l’examen histologique. — Sur divers points le tissu conjonctif embryonnaire mélangé au tissu conjonctif adulte doit parfois faire conclure à un sarcome. — Un exemple de fibrome absolument pur a pourtant été observé par Sutton chez un rat... La tumeur avait trois pouces de diamètre et occupait le poitrail immédiatement au-dessous du cou.
La mélanose peut se montrer sous forme de fibromes mélaniques. Dans trois faits bien étudiés par Cornil et Trasbot *, les tumeurs occupent le tissu conjonctif de la base de la queue dans deux cas, celui du flanc dans le troisième. L’examen microscopique le plus minutieux ne permit de découvrir aucun élément embryonnaire. L’accroissement avait d’ailleurs été lent et l’opération faite dans deux cas ne fut pas suivie de récidive. — Gadéac a signalé un autre fait de fibrome mélanique et pédiculé occupant le milieu de la fesse d’une vache.
Plus rares, mais plus importants, les fibromes des viscères chez les animaux ont été surtout observés dans les organes digestifs. Sutton a vu deux de ces tumeurs volumineuses développées dans la couche sous-muqueuse de l’estomac et de la panse d’un bœuf, l’une sessile, l’autre pédiculée. Chez une jument morte par rupture de l’estomac, Gadéac trouva dans la couche sous-muqueuse du duodénum un fibromyome du volume d’une tête d'enfant. Le rétrécissement était tel que le calibre de l’intestin n’avait plus que deux centimètres et demi ; la tumeur avait subi par place la dégénérescence graisseuse. — Un assez grand nombre d’autres observations ont été signalées. Les plus curieuses sont celles de fibromes observées par Sutton 1 2 dans l’estomac de la morue et celle de Virchow 3, fibromes multiples de la vésicule biliaire d’une vache se présentant sous forme de papillomes très nombreux, tantôt en massues, tantôt ramifiés. — Sans insister davantage il faut montrer l’importance pathologique de ces tumeurs bénignes de l’appareil digestif et en particulier de l’estomac, fréquemment décrites chez les animaux. — Une étude de ces tumeurs bénignes de l’estomac de l’homme aurait plus qu’un intérêt théorique ; elle aurait par la possibilité d’intervention chirurgicale donnant une guérison radicale une grande importance pratique.
2° Myômes. — Les myômes, si fréquents dans l’espèce humaine, semblent plus rares chez les animaux. La plupart des faits publiés manquent de détails minutieux et, ainsi que Virchow le fait remarquer ,
1. Mémoires de V Académie de médecine , 1867, 1868, p. 387 et suivantes.