CHAPITRE VI
TUMEURS DU LOBE OCCIPITAL
Les circonvolu lions du lobe occipital et la scissure calearine. — La sphère visuelle corticale et la mémoire optique. — Les diverses cécités corticales et psychiques. — L’hémianopsie; ses caractères propres dans les tumeurs du lobe occipital (face interne surtout). — Tumeurs, avec hémianopsie seule, et hallucinations visuelles. — Tumeurs avec hémianopsie compliquée de troubles sensilivo-moteurs. — Tumeurs, oii l’hémianopsie s’associe à des troubles d’aphasie sensorielle : alexie, aphasie optique, agraphie, etc. — Tumeurs- occipitales et cécité psychique, et symptômes cérébelleux. — Grosses tumeurs du lobe occipital. — Conclusions.
Le lobe occipital, très petit, a la forme d’une pyramide triangulaire, dont l’extrême pointe correspond au pôle postérieur de l’hémisphère, ou pôle occipital de Broca.
Sa face externe ou convexe comprend les trois circonvolutions occipitales, séparées par les trois sillons correspondants; en avant, elle est limitée par une ligne verticale, passant par l’encoche que forme, sur le bord supérieur de l’hémisphère, le sillon perpendiculaire externe [scissure pariélo-occipitale externe ).
Sa face interne est plane, limitée en avant par le sillon perpendiculaire interne ( scissure pariélo-occipitale interne ), qui la sépare du precuneus , lobe quadrilatère ou avant-coin . Elle est formée, surtout, par le petit lobule triangulaire du cuneus , que limite en arrière l’importante scissure calcarine. — Au dessous de celleci, on voit le lobule lingual, à cheval sur la face interne et la face inférieure de l’hémisphère; il a la forme d’une languette large en arrière, et étroite en avant, où elle s’anastomose avec la circonvolution de l’hippocampe (voir fig. 122 et 123).
Quant à la face inférieure du lobe occipital, un peu concave, elle est représentée par la partie inférieure du lobule lingual et parle lobule fusiforme ; le sillon collatéral sépare les deux lobules. Le lobule fusiforme, comme son nom l’indique, a la forme d’un fuseau ou d’une circonvolution antéro-postérieure, épaisse en son milieu : celle-ci se continue en avant, sans ligne de démarcation,
Fig. 12-2 et 123. — Lobe occipital (Cimeus, precuneus, lobule lingual, etc.). Déjerine.
C, Cuneus; — c. sillon du cuneus; — Ce (Sp.l), bourrelet du corps calleux; cm, sillon calloso- marginal ; — cm', sa partie verticale; — D, circonvolution descendante. — Fi s, lobule fusiforme; — h, sillon de l’hippocampe; — ipo, incisure prcoccipilalc ; K, scissure calcarine; — K', son éperon supérieur; — K", son éperon inférieur. — K-f-po, branche commune aux scissures calcarine et pariéto -occipitale ; — L[, première circonvolution limbique,' — L2(H), deuxième circonvolution limbique ou hippocampe: Lg, lobule lin-
gual; — lg, sillon du lobule lingual; — L(i), isthme du lobe limbique; mb j, face interne .de la ltr cire, frontale; — ot, scissure collatérale ou occipilo* temporale ;
P, pédoncule cérébral; — Parc, lobule paracentral ; — po, scissure pariéto-occipitale ; PrC, precuneus; — zclg, pli cuneo-lingual, exceptionnellement superficiel dans lu Qg. 123;
— -poi, pli de passage pariéto-occipital interne; — -pla, pli pariéto limbique antérieur;
— -plp, pli pariéto-limbique postérieur; — rrl, pli rétro-limbique ; — -tl, pli temporolimbique; — 11, scissure de Rolundo; — Scc, sinus du corps calleux; — Sp, scissure souspariétale; — T-j, 3e cire, temporale; — t3, 38 sillon temporal; — Tg, corps dutrigonc; — Tga, pillier postérieur du trigone; — Th, thalamus; — TM, trou de Mouro; — U, circonvolution du crochet.
TUMEURS DU LOBE OCCIPITAL LOa
avec la troisième circonvolution temporale. C’est une circonvolution occipilo-tcmporale.
Vers la pointe du lobe occipital, il faut encore signaler la circonvolution occipitale descendante (Gyrus descendens d’Ecker), qui sert d’origine commune aux trois circonvolutions occipitales.
Les recherches physiologiques de Munk, sur la sphère visuelle, les remarquables travaux anatomo-cliniques deSéguin, de Monakow, d’Henschen, de Déjerine et Vialetnous ont appris que le centre des perceptions visuelles est I’écorce calcarine, et, d’après quelques auteurs, le cuneus entier, et même les lobules lingual et fusiforme { Brissaud).
Les faits, plus récents encore, d’IIenschen, de J. lloux, de Dide et Botcazo, de Touche, de L. Marchand, de Brissaud, etc., relatifs
TUMEURS DU LOBE OCCIPITAL
aux lésions de déficit de la région, confirment cette notion définitivement acquise’ (voir Séméiologie générale, p. 144).
La macula correspondrait à la partie antérieure de la scissure calcarine, et la région périphérique de la rétine, à sa partie postérieure (Henschenj.
La précision de ces résultats physiologiques est telle que Henschen put, dans un cas, après une tentative de suicide, affirmer l’existence d’une balle dans la scissure calcarine, à cause de V hémianopsie et d'un scotome constant : elle y fut trouvée et extraite (cas de Lundgvist) s. ■
Touche a, en outre, essayé d’établir par quelques faits pathologiques que le lobule fusiforme est un siège do la mémoire topographique et de la faculté de se diriger (orientation) 3.
D’après Wilbrand, la face externe ou convexe du lobe occipital serait le centre de la mémoire optique, c’est-à-dire que là se déposeraient les images commémoratives des objets ou des manifestations visuelles; là se trouverait le foyer principal des souvenirs visuels. Et même, d’après d’autres auteurs, il y aurait là, également, un centre pour les sens de la lumière, des couleurs et de l’espace.
Les lésions expérimentales et cliniques des lobes occipitaux et du pli courbe seraient susceptibles de produire, outre l'hémianopsie, trois formes de cécité :
1° La cécité corticale, équivalant à la perte totale des sensations lumineuses, et nécessitant la destruction complète des deux régions du cortex, adaptées à la vision.
2° La cécité psychique, équivalant à la perte des images commémoratives des objets. — En raison de l’association et suppléance des deux hémisphères, les lésions doivent être doubles, c’est-à-dire porter sur les deux hémisphères, pour produire ces deux cécités.
3° La cécité verbale, consistant en la perte de la lecture des mots (alexie), ou mieux des signes écrits, produite par les lésions du pli courbe, de I’hémisphère gauche, comme nous l’avons indiqué, ou par la destruction des nombreux faisceaux de fibres qui, dans le lobe occipital, s’étendent de la scissure calcarine et ses dépendances aux circonvolutions de la face externe du lobe occipital, au pli courbe ou lobe temporal, et même à la circonvolution de Broca (fig. 128), du côté gauche.
1. Seguin, Hémianopsie corticale {Arch. de neurol., 1S86, p. 176). — Vialet {Thèse, 1896).— Roux {Thèse de Lyon, 1885). — Dide elBotcazo {Rev. neurol., 1902, p. 276). — Raymond, Trois cas d'hémianopsie {Arch. de neurol., 1902, p. 433).
2. Henschcn, in Dor {Lyon medical, et Rev. neurol., 1898, p. 484) et Sem. méd., 1903, p. 125.
3. Touche, Presse médicale, 1901, p. 306, et Revue neurol., 1902, p. 564. — L. Marchand {Iconoyr. Salpêtr., 1903, p. 100).