‹ Les tumeurs de l'encéphaleChapitre 129 sur 338 · TUMEURS DE LA PARTIE ANTÉRIEURE DU CORPS CALLEUX · texte numérisé non relu

TUMEURS DE LA PARTIE ANTÉRIEURE DU CORPS CALLEUX

Un premier fait apparaît d’après nos recherches : c’est qu’il existe un petit nombre de tumeurs du corps calleux, qui sont silencieuses, ou n’ont rien de spécial dans leurs manifestations symptomatiques (fait de Berkley, petite tumeur du volume d’une noisette près du bec; de Lichstenstern, lipome étendu sur toute la face supérieure du corps calleux, de Würth, lipome lobulé et calcifié, chez un idiot, etc.). Dans le cas de Dévie et Paviot, sauf à la période terminale, il n’y eut que des crises d’épilepsie essentielle avec affaiblissement intellectuel, allant presque jusqu’à l’idiotie; gliome de la partie moyenne du corps calleux, respectant le bec et le bourrelet, remontant d’un côté, sur la face interne, jusqu’à sa limite supérieure et, de l’autre, ayant envahi le gyrus uncinatus1.

En général, les tumeurs ne restent pas limitées au corps calleux; elles s’élèvent au-dessus de lui, et remontent de chaque côté de la faux du cerveau, à droite et à gauche, comprimant les gyri uncinati et se creusant une loge dans les parties voisines; ou elles sont pénétrantes, et envahissent la substance blanche des hémisphères, ordinairement plus d'un côté que de l autre, soit dans le lobe frontal, soit à la partie moyenne; soit en arrière, en suivant le bourrelet, le splénium, la lyre, et descendant parfois dans le ventricule jusqu’à la corne d’Ammon.

On conçoit que ces variations topographiques entraînent des modifications dans la symptomatologie.

G- Tumeurs de la partie antérieure

DU CORPS CALLEUX

Il ne seiait pas exact de dire que dans les tumeurs de la partie antérieure du corps calleux, on observera toujours des troubles intellectuels.

Ainsi, dans le cas de Touche (tumeur infiltrée, commençant en avant, immédiatement en arrière du genou, et se terminant en arrière, au niveau delà partie moyenne de la couche optique; envahissement de la circonvolution du corps calleux gauche, et un peu, des noyaux caudés), V intelligence resta intacte. Mais, ce tait est surtout remarquable, en ce que les phénomènes convul-

ne.urol., 1900);

1900); Zaleski {Medycyna, 1809, 8; Jahrb. f. psych. and Blackwood, Journ. of nerv. and ment, deseases, july 1900)

Drvl?Æ;ar!o!,(/?w- f,e ri 1897’ n" 12^ - Wm, Arch. f. Pmh.,

1902, t. XXXIV et Rev. neural. , 1903, p. 449. - OE. Deelz, Anévrysme cir- *0I,C du corps calleux. (Wtrc/iow’s Arch. et lie», neural. 1903, p 353)1 A. de Steiger, Lipome du corps calleux; aliénation, Journ of ment, sc 1902 et Arch. de neurol., 1903, II, p. 440). * mem.se., uu,

TUMEURS DU CORPS CALLEUX

sifs et paralytiques se limitèrent à la face, à la tête, et au cou, aux mouvements des yeux, et, un peu, au membre supérieur; et, d’autre part, existaient des troubles du langage tout à fait 'particuliers : or, la tumeur occupait surtout le genou et la région antérieure du corps calleux, là où se trouvent les fibres d’association des centres de la face, et celles qui reviennent de la partie postérieure de F3, et des opercules frontal et pariétal : ceci est tout à fait en rapport avec les données anatomiques que nous avons établies au début.

Voici comment s’exprime l’auteur :

« A la fin d’octobre 1899 apparurent des troubles du langage. La parole était embrouillée; plusieurs mots se fusionnaient en un seul. Ces accidents duraient quelques heures, puis la parole redevenait normale. Peu à peu, les crises de dysarthrie se rapprochèrent et, dans leur intervalle, la parole restait altérée. Elle était lente, scandée, et la prononciation dure des mots simulait l’accent alsacien... Plus tard , le dysarthrie fut permanente , et le langage devint incompréhensible. Le malade ne pouvait plus prononcer que les deux mots : merci, madame. »

Voici maintenant pour les crises convulsives et les paralysies : « De plus, apparaissent des secousses convulsives de toute la moitié droite de la face, se succédant à des intervalles irréguliers, mais très rapprochés, et constituant de vraies crises d’épilepsie partielle. Au moment des secousses, toute la face est tirée vers la droite; la face rougit surtout à droite, mais aussi un peu à gauche. L’orbiculaire des paupières gauches et le frontal du même côté participent au mouvement. Les deux yeux sont, au moment de la crise, fortement déviés vers la droite. .. Dans l’intervalle des crises la nuque est roide; l’extension, la flexion, la rotation à droite de la tète sont impossibles... plus tard, difficulté de la déglutition, langue immobile, etc. En dehors des crises, paralysie faciale inférieure droite, déviation conjuguée de la tète et des yeux vers la gauche. » — Ne sont-ce pas là des symptômes tout à fait en corrélation avec les excitations des centres moteurs, qui occupent les lobes frontaux, les centres du langage, et les opercules? ou, tout au moins, avec leurs fibres d’association?... A la fin, l’état symptomatique présentait le tableau d'une paralysie pseudo-bulbaire incomplète et irrégulière. Les crises, d’ailleurs, envahissaient aussi la partie gauche de la lace : on voyait de petits mouvements nystagmi formes agiter Y œil gauche, puis les convulsions atteindre l’orbiculaire palpébral gauche, et le frontal du même côté... Quelquefois l’épaule se soulevait et le bras s’étendait... Cette bilatéralité des crises était évidemment en rapport avec une lésion double, ou plutôt avec l’altération des

tumeurs de la partie antérieure du corps CALLEUX 309

fibres d’association antérieures du corps calleux. Le lobe frontal proprement dit n'était nullement envahi .

La malade de Lantzenberg et Brissaud présenta aussi [des troubles du langage particuliers — une torpeur profonde , — et de

Fig. 1 il. — Myxo-sarcome des lobes frontaux (Lantzenberg). Coupe préfrontale des deux hémisphères. Dans le lobe frontal gauche, la tumeur empiète principalement sur la substance blanche, et ne dépasse pas les limites de la couronne rayonnante. Le lobe droit est peu euvalii. Tumeur en partie énucléable.

la paraparésie des membres des deux côtés. Insistons sur ces trois groupes symptomatiques (fig. 141, 142, 143) :

« 1° Aux questions qu’on lui pose, la malade essaie de répondre ;

Fil?- 142. — Myxo-sarcomo des lobes frontaux (Lantzenberg). Face interne du lobe gauche. La tumeur intéresse la circonvolution frontale interne gauche et la partie antérieure de la,circonvolution gauche du corps calleux.

elle le fait d’une voix éteinte, presque sans souffle; et c’est en observant attentivement les mouvements exécutés par les lèvres qu’on parvient à lire, bien plus qu’à entendre, les réponses. Celles-ci témoignent que généralement les questions sont comprises... » C’est la parole chuchotée d’Oppenheim, l 'aphasie d’intonation de Brissaud, propre, il est vrai, aux tumeurs du lobe

1. Touche {Tumeur du corps calleux, Rev. neurol, 1900, p. 55).

310 TUMEURS DU CORPS CALLEUX

frontal , mais, peut-êtie aussi, sous la dépendance do la destruction des fibres d’association calleuses.

2° Et pour la torpeur : « Elle reste invariablement couchée sur le dos, dans un état de prostration complète, se désintéressant absolument de ce qui se passe autour d’elle. État de torpeur intellectuelle des plus caractérisés. On lui commande d’exécuter une série de mouvements simples; la plupart de ces commandements sont compris de la malade; mais il y a de grandes variations dans la rapidité de la compréhension. Parfois, une seule demande suffit, et immédiatement on voit s’ébaucher, et souvent même s’exécuter parfaitement le geste commandé; à d’autres moments, deux, trois sommations plus ou moins impératives

Ij3. — Myxo-sarcome des lobes frontaux (Lantzenberg). Face interne de l'hémisphère droit. La tumeur figure une bande antéro-postérieure horizontale, au niveau de la frontule interne et du genou du corps calleux.

sont nécessaires pour obtenir l’accomplissement d’un mouvement; ou bien, enfin, la malade ne semble point faire attention aux commandements qui lui sont adressés. C’est par ces procédés qu’on lui fait tirer la langue, donner la main... En même temps, elle prend une attitude fatiguée, résignée pour ainsi dire, absolument indifférente à la réponse qu’elle fait. Il en est d’ailleurs de ses réponses comme de ses mouvements, elles sont lentes, difficiles à obtenir; enfin, quelques questions restent absolument sans réponse. » Cette torpeur est, elle aussi, symptomatique d’un néoplasme frontal.

3° Pour la motilité : « Légère parésie des membres inférieurs. Les mouvements des membres supérieurs sont conservés. Rien d’anormal du côté de la face , pas de paralysie. Absence de troubles de la sensibilité. Réflexes rotuliens normaux. Incontinence des urines et des fèces... »

« En résumé , disent les auteurs, paraparésie des quatre membres , plus intense aux membres inférieurs qu'aux supérieurs : céphalée, diminution notable de l’intelligence, troubles sphinctériens, tels

Page 1