‹ Les tumeurs de l'encéphaleChapitre 139 sur 338 · SUIVIE DE CONTRACTURE · texte numérisé non relu

SUIVIE DE CONTRACTURE

Il en était ainsi dans le cas de Castaigne (fig. 150, 151), qui, chez un enfant, pour un gros tubercule solitaire de 5 centimètres sur 4 centimètres, dans le noyau lenticulaire , ayant envahi la capsule interne, constata d’abord de la faiblesse des membres gauches, l’impotence du bras, la marche en fauchant, m ;is aucun trouble de la sensibilité; six mois plus tard, bras gauche contracturé en flexion, et membre inférieur gauche en extension.

Géraudel, pour un gliome de la couche optique, gros comme un œuf de poule, ayant repoussé légèrement la capsule interne, après une période muette assez longue, vit, quinze jours avant la mort, survenir progressivement une hémiplégie droite , avec un degré léger de contracture, à intensité variable d’un jour à l'autre, à tel point qu’on se demandait, le lendemain, si le côté atteint élait celui désigné la veille.

Dans le cas de Labbé, la période muette fut de cinq ans, après le début des accidents (crises convulsives).

Edwards, chez un enfant de G ans, qui était porteur d’un tubercule de la couche optique gauche du volume d’une noix, observa, six semaines avant, qu’il traînait la jambe en marchant,

I. Packer ( Journ . of mental Science 1882, el Arch. (le neurol., 1884, 11, p. 20i). — NI i h ra (Rev. neurol., lS'.i!), p. 282). — Scarpaletti (Rev. neurol., 1897, p. 6). — Labbé (Soc. anal., 1896, p. 70a).

TUMEURS DES GANGLIONS INFRA-CORTICAUX

ne pouvait se servir de la main droite pour manger, et bientôt il présenta une hémiplégie droite , et un peu de rigidité des membres droits; la sensibilité était normale.

Masing : jeune homme de 15 ans, sarcome occupant toute la couche optique gauche, capsule interne légèrement comprimée; paralysie du facial et de l’hypoglosse, parésie plus accentuée des

ayant envahi la capsule interne et repoussé le lenticulaire (Castaigne).

thalamus (Castaigne).

membres droits, claudication, légère diminution de la sensibilité à droite.

Sepilli et Lui : gliome bilatéral des couches optiques; liémiparésie droite, légère contracture bilatérale des membres, hypoesthésie droite à la douleur.

.lacobson : enfant de cinq ans, tubercule solitaire du noyau lenticulaire; hémiparcsie progressive et hémihypereslhésie', le néoplasme comprimait le segment antérieur de la capsule interne, et pénétra dans le segment postérieur.

Miura : hémiplégie droite , sans troubles de la sensibilité; syndrome accusé; tubercule solitaire de la couche optique.

Lenoble et Aubineau (fig. 152) : enfant, tumeur du volumed’uno

SYMPTOMES COMMUNÉMENT OBSERVES

nmncrp dans les couches optiques, soulevant le lobule de 1 msula . depuis trois mois hémiplégie droite totale, face et membres, avec contracture mais pas de troubles de la sensibilité.

Démangé et Spillmann : tubercule gros comme une noisette dans la couche optique, avec un vaste foyer de ramollissement du centre ovale adjacent et compression de la capsule interne, hémiplégie complète avec contracture kêmianesthesie gauche. ^ Lefort : sarcome de la couche optique , paralysie ^ du facial, de la langue, des membres supérieur et inférieur du côte oppose, avec

Fjo-, (52, — Tubercule volumineux de la couche optique, faisant snil ie dans lu \entri latéral chez un enfant (Lenoble et Aubmenu).

la sensibilité émoussée, puis contracture du biceps, des adducteurs de la cuisse et du long supinateur ^

Parfois, il s’agit d’une simple hémiparésie, ou même d’une monoplégie, comme dans les cas de Déjerine, où un tubercule du thalamus avait produit une monoplégie brachiale, avec contracture et tremblement. Il en a été de même dans le fait de Lannois (parésie du facial, comme seul signe paralytique, pour un tubercule de la partie postérieure de la capsule interne, et, dans celui de Pyeschmitt; parésie du bras gauche, pour un tubercule du thalamus droit. — Dans un cas plus récent de Lannois, on observa le syndrome psycho-paralytique avant la mort , et une évolution fébrile1 * 3.

1. Dans ce cas, la contracture précoce et intense peut s’expliquer parla forte saillie que le néoplasme faisait dans le ventricule latéral.

2 Castagne (Soc. anal., 1807, p. 96). — Géraudel (Soc. anal., 1901, p. 324). Labbé (Soc. anal., 1896, p. 705). - Edwards ( Lancet , 1895, p. 260, et Rev. neurol., 1895, p. 653). — Masing (St. Petersb. med. Wochens., 1893, n° 4, et Rev. neurol., 1894, p. 10). — Sepilli cl Lui (Arch. f. Psycli., 1895, p. 182, et Rev. neurol , 1897, p. 6). — Jacobson (Arch. f. Psych., 1898). — Miura (Rev. neurol., 1899, p. 282). — Lenoble et Aubineau (Rev. neurol., 1901, p. 1221). -

Lefort (Soc. anal., 1891, p. 30). — Leclerc (Lyon méd., 1893, p. 20, Osléome de la couche optique). — Domange cl Spillmann ( Presse méd., 1898, p. 05).

3. Ceci est, apparemment, en contradiction avec les recherches cliniques de P. Marie et Hui liai n , qui disent qu’on ne peut rencontrer dans la capsule interne aucune localisation sensitive ou motrice, segmentaire, persistante

TUMEURS DES GANGLIONS INFRA-CORTICAUX

Un autre caractère de ces hémiplégies et monoplégies, c’est quelles s accompagnent souvent des phénomènes du syndrome : céphalée, vomissements, vertiges, œdème papillaire et névrite optique.

L hémianesthésie, à 1 état d’isolement, est plus rare que 1 hémiplégie; elle consiste, parfois, en une simple hypoesthésie, ou bien il s agit d’une hémiplégie douloureuse. — Elle faisait défaut, pourtant, dans le cas de Lenoble et Aubineau, où, pour un tubercule géant, occupant les couches optiques et soulevant le lobule de l’insula, il n’y eut aucun trouble de la sensibilité , bien qu’il existât une hémiplégie droite totale de la face et des membres, avec contracture (fig. 152).

La cause de ces hémiplégies et hémianeslhésies est, évidemment, une altération delà capsule interne : bientôtelle est envahie, comme il est mentionné dans la plupart des cas que nous avons cités. Ce qui le prouve encore, ce sont les faits où une tumeur ayant détruit, par exemple, toute la couche optique, on constate certains troubles sur lesquels nous reviendrons, mais ou n’existe aucune altération de la motilité et de la sensibilité. (Faits de Scarpatelti : sarcome de la couche optique gauche, gros comme une noix; — Rosenthal : hémorragie ayant détruit toute la couche optique, sanssymptômes i évélateurs, Schule : glio-sarcome de la couche optiquegauche, et cavité kystique dans le noyau caudé; absence de troubles parétiques et de la sensibilité.)

Au contraire, Beevor et Ballance, pour une tumeur de la capsule interne, constatent une hémianesthésie et une hémiplégie presque complète1.

Les néoplasmes du noyau caudé, du noyau lenticulaire, et de la couche optique entraînent également des troubles moLeurs et sensitils dimidiés : mais on les rencontre plus communément dans les lumeurs.de la couche optique, car celles-ci sont plus frequentes. — D’autre part, dans le thalamus, la paralysie motrice survient aussi parun autre mécanisme, si lenéoplasmeest postérieur . Je veux dire par envahissementdu pédoncule cérébral très voisin.

Ajoutons, en terminant, que, si ces hémiparésies et hémianeslhésies, ainsi étudiés isolément, paraissent un fait banal, assez communément s’y associent d’autres troubles, qui éclairent notablement le diagnostic de leur siège véritable. — Entre autres, le

(Sem. méd., 1902, p. 209). — Lannois el Porot [Lyon mcd., 1902, cl Arch. de neurol., 1904, ], p. 396).

1. Scarpalelli (Jahvb. f. Psych., 1893, p. 182, el Rev. neurol., 1897, p. 6). — llosenlhal (Soc. anal., 1898). — Schiile ( Neurol . Centralbl., 1899, p. 290, cl Rev. neurol., 1899, p. 697). — Beevor el Ballance. [in Chipaull, Iran, neuroloy., I, n° 140).

SYMPTOMES COMMUNÉMENT OBSERVÉS

fait de Guldenarm et Winkler est très suggestif. Ces médecins posèrent le diagnostic de tumeur diffuse situee al ’exlremite postérieure de la scissure de Sylvius, s’étendant jusqu’à la partie postérieure de la capsule interne et dans la couche optique, parce qu 1 y avait de la surdité verbale, des troubles aphasiques, et de l’hemianopsie droite, qui indiquaient la participation de la région temporale (troubles du langage et surdité verbale), du pli courbe (hémianopsie), et une altération de la partie postérieure de la capsule interne, les troubles ayant commencé par 1 apparition d’une hémianesthésie : l’opération et l’autopsie, un mois après, démontrèrent l’exactitude de leur diagnostic .

5° Tremblements , Hémichorée , Hcmialhétose.

La valeur symptomatique de ces troubles de la motilité réside dans leur association, primitive ou secondaire, avec 1 hémiparesie et Y hémianesthésie, auxquelles elles donnent toute leur importance localisatricc.

On les observe, en effet, principalement, dans les cas de tumeurs du thalamus, ou situées dans son voisinage. Ce sont presque exclusivement des tremblements spontanés ou intentionnels , qu on constate. Ils sont bien plus rares dans les néoplasmes des autres parties de l’encéphale.

Chez un adolescent de quinze ans, pour une tumeur isolée (sarcome), occupant toute la couche optique gauche, Masing vit. pendant deux mois, un tremblement des membres droits.

Edwards, pour un tubercule de la couche optique gaucher observa, six mois avant la mort, que l’enfant, qui fauchait en marchant, mangeait avec la main gauche; si on le faisait manger avec la main droite, il était pris d’un tremblement, qui allait s'accentuant de plus en plus : le syndrome survint, et il eut une hémiparésie droite avec contracture', le tremblement devint moins accusé, à mesure que la paralysie s’accentuait; en outre, l’enfant ne pouvait marcher que soutenu, et sa démarche était ataxique.

Sepilli et Lui : gliome bilatéral des couches optiques; pendant quelques mois avant les accidents graves, tremblement continuel du bras droit, s’exagérant dans les mouvements volontaires, démarche ébrieuseavec tendance à tomber à droite et en arrière, hémiparésie droite.

C’est par un tremblement des extrémités droites que Miura vit débuter un volumineux gliome, englobant tout le thalamus gauche, qui donna lieu, en même temps, à de Vhèmiparèsie et à de l'hémianesthésie.

1. Guldenarm et Winkler (Chipault, Chirurgie nerveuse, 1902, I, p. 718).

TUMEURS DES GANGLIONS INFRA-CORTICAUX

Lenoble et Aubineau remarquèrent un tremblement spontané des membres, et une marche difficile, pour un tubercule géant occupant la couche optique et le ventricule latéral gauche (fig. 152).

Il est à remarquer que les tremblements sont surtout accentués et caractéristiques, si la tumeur occupe la partie postérieure de la couche optique, ou a envahi les tubercules quadrijumeaux, cest-à-dire intéressent la région où les fibres des pédoncules cérébelleux supérieurs abordent les couches optiques : en même temps, la marche devient ébrieuse, ataxique.

Il en était ainsi, et les tubercules quadrijumeaux étaient envahis, dans les cas de Masing, de Miura, déjà cités, et dans celui de Scarpatelti, où il y avait incertitude de la marche, ataxie et tremblement dans la main et dans la langue : le sarcome, gros comme une noisette, occupait la couche optique et le tubercule quadrijumeau gauche, et s’étendait jusque dans la valvule de Yieussens.

Il faut encore noter que, dans plusieurs de ces cas, la sensibilité était restée intacte.

Les troubles intellectuels font très longtemps défaut, et n’apparaissent que tardivement, avec le syndrome.

Dans l’observation de Martin (tumeur du volume d’un œuf de poule, à gauche, dans le tiers antérieur du ventricule latéral, envahissant la tête du noyau caudé, s’étendant jusque dans la scissure de bylvius), il y eut un tremblement rhytmigue, continuel , du membre inférieur droit : la sensibilité était normale, et l’intelligence complète 1 .

Sur la contingence, assez fréquente, de ces tremblements, Oppenheim s’exprime ainsi : « Fréquemment, des symptômes d’excitation sont notés dans les tumeurs, occupant le thalamus et les ganglions centraux; outre la contracture des extrémités parésiés, nous trouvons aussi mentionnés, dans beaucoup de cas, le tremblement, qui tantôt existait dans les masses musculaires du côté opposé (Fleischmann, Jackson, Piltz, Beurman, Dreschfelder, M. Clarke, Bristowe, Masing, Miura, Frankel, etc.), tantôt s’étendait aux quatre extrémités (obs. personnelle), ou était limité au bras. Westphall mentionne des tremblements de la tète et du tronc.

Parfois, le tremblement correspondait à la forme ordinaire du

L Masing (St. Pelersb. med. Wochenschrift, 1893, n° 42, el Rev. neurol., 1894 p. 10). — Edwards ( Lancet , 189a, p. 260, et Rev. neurol., 1895, p. 053). — Scpilli et Lui (Ri vis ta cli b'reniatr., 1896, p. 3S6, et Rev. neurol., 1S98, p. 844).

— Miura ( Tokio , et Rev. neurol. x 1899, p. 282). — Lenoble et Aubineau (Rev. neurol., 1901, p. 1221). — Scarpatelti (Ja.hr. /'. Psych., 1895, p. 182, et Rev. neurol., 1897, p. G). — Martin (Soc. anat., 1897, p. 416).

SYMPTOMES COMMUNÉMENT OBSERVÉS 333

tremblement nerveux, ou faisait penser à celui de la sclérose en plaques (Beurmann, Westphall, Clarke), bien plus rarement a celui de la paralysie agitante; ou bien, il avait une forme ince-

1 i ni ss&bl 6 ^

Le même auteur déclare assez fréquents, dans cette région, les mouvements, ayant le caractère de la chorée et de Yathétose (cas de ; Assagioli et Bonvecchiato, Dreschfeld, Oppenheim, Bnstowe,

Dercum, Miura, etc.). ,

Nous pensons que les hémorragies et les ramollissements de

cette région produisent ces troubles du mouvement, plus souvent que les néoplasmes 1 2 : car c’est plutôt dans les lésions déjà anciennes, après un certain temps de paralysie et de contracture, qu’on les observe. Les tumeurs, ordinairement, détruisent trop rapidement les tissus, pour qu’ils puissent s’établir. C’est ainsi que, dans le cas de Leclerc, 1 ’hémiathétose apparut tardivement , dans un cas d’hémiplégie infantile causée par un osiéome de la couche optique3.

6° Troubles de la vision, de /’ ouïe et de /'odorat.

Les relations de la couche optique [en particulier du pulvinar ) avec les radiations optiques de Graliolet, le champ de Wernické, le corps genouillé externe, et les bandelettes optiques, semblent indiquer "qu’elle joue un rôle important dans les fonctions visuelles, et les anatomistes la considèrent comme faisant partie des centres visuels primaires.

Il devrait en résulter que les lésions et les tumeurs de sa partie postérieure engendrent des troubles importants de la vision. Nos recherches nous montrent que ceux-ci ne sont pas aussi constants qu’on pourrait le supposer.

La symptomatologie des néoplasmes de la couche optique comporte l’étude de trois espèces de troubles visuels :

1» Ceux qui sont le résultat de l’apparition et de l’évolution du syndrome, et qui consistent, surtout, en des amblyopies et des amauroses .

2° Ceux qui sont spéciaux à la région optique ganglionnaire.

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