STABLE
Expérimentalement, d’après les recherches de Luciani, de Thomas, etc., lorsqu’une moitié du cervelet est détruite, quelle que soit l’attitude que veut prendre l’animal, quel que soit le mouve-
èprouve une sensation de translation ou de chute en avant et en arrière (vertigo titubans), de- tournoiement (vertigo gyrans), ou d’oscillations ( vertigo oscillons). Entraîné par ces sensations, il titube, et tombe s’il est debout, du côté altéré; il n’y a pas de perte de connaissance, mais assez souvent de la pâleur, des sueurs, un état syncopal. Au lit, le malade, en proie à des sensations de va-et-vient, de tournoiement, se calle avec des oreillers, et se cramponne, pour résister à celle hallucination de la chute. On sait que Ménière avait attribué ces troubles à une hémorragie labyrinthique. La lésion, en effet, occupe le labyrinthe dans le^ cas les plus graves ; mais les lésions des trois segments de l’oreille peuvent aussi produire le vertige.
Schilf avait admis, comme élément de diagnostic, entre le vertige acoustique et le vertige cérebelleux, la courte durée des accès et le rétablissement complet. Mais, il n’en est pas toujours ainsi. Ehvald a décrit des troubles consécutifs à la destruction du labyrinthe, qui présentent plus d’un rapport avec ceux qui sont signalés après la destruction du cervelet ( Année scientifique, 8 mai 1897). On observe, chez les animaux opérés, de la maladresse et de la faiblesse dans les mouvements, de l’incertitude dans la marche et des chutes. — L’excitation labyrinthique, ou les changements du liquide des canaux demi-circulaires sont transmis par les nerfs vestibulaires et labyrinthiques aux noyaux de Deilers; et il en résulte des troubles dans le tonus de certains groupes musculaires, sans doute avec participation de l’appareil cérébello-acouslique, qui simulent, à s’y tromper, les vertiges cérébelleux et l 'ataxie cérébelleuse. Cependant, les nerfs labyrinthiques sont surtout en rapport avec le fonctionnement de l'équilibre de la tète et du cou, tandis que le cervelet, préside en plus, à l’équilibre du tronc et des membres et joue un rôle important, plus général. 11 en résulte que, lorsqu’il est directement atteint, les troubles doivent être plus étendus, plus accentués et plus durables.
1. D’après Bohin (cité par Oppenheim), l’ataxie existerait dans 49 p.100 des tumeurs des hémisphères cérébelleux, et dans 89 p. 100 des tumeurs du vermis.
TUMEURS DU’ CERVELET
ment qu’il exécute, il est entraîné du côté de sa lésion et tombe de ce côté. Si la chute ne se produit pas, il décrit des mouvements de rotation autour de son axe longitudinal, du côté sain vers le côté opposé.
A l’état normal, lorsqu’un animal exécute un mouvement, par exemple, lorsqu’il veut lever la patte, la région corticale, par les voies pyramidales, commande et exécute le mouvement; mais, pour que celui-ci se produise avec sûreté et adaptation, il faut la sijnergie de tout l’appareil musculaire des deux côtés,
Fig. 161. — Polygone (inférieur) de l’équilibration automatique (Grasset). — O, Écorce cérébrale; — A, B, C,D,E, F, cervelet, noyau rouge, tubercules quadrijumeaux, noyaux de Deiters et de Becbterev, noyaux du Pont...
soit pour assurer la fixité du bassin et du tronc, soit pour régler l’action des muscles antagonistes. Le cervelet, averti du mouvement par ses fibres afférentes, y pourvoit, en augmentant le tonus de certains groupes musculaires , selon les nécessités.
Mais, s’il y a destruction, altération d'un hémisphère, du côté lésé 1’ augm\ntation du tonus ne se produit pas. Elle devient, au contraire, prépondérante du côté opposé : d’où inclinaison et torsion du corps du côté sain vers le côté malade, et chute du côté de la lésion. La tête s’incline dans le même sens; et, il survient un mouvement conjugué des yeux du côté opposé (Thomas).
Dans la marche, cette inégalité entre les deux côtés entraîne des oscillations, des irrégularités, des latéropulsions, de l’en-
traînement du côté malade, des mouvements de rotation, de manège, etc
Le syndrome cérébelleux, chez l'homme, présente de grandes analogies avec les désordres consécutifs aux lésions expérimentales chez l'animal, d’après Thomas. « On y trouve, dit-il, l’élargissement de la base de sustentation, les oscillations du corps, pendant la station debout, la titubation pendant la marche, le soulèvement brusque des jambes, la fatigue rapide, l’exagération des réflexes, l’absence de signe de Romberg, un certain degré d’asthénie physique et intellectuelle; et, dans un certain nombre d’observations, le nystagmus et le strabisme sont signalés. »
C’est I’appareil l abyrinthique et le système des fibres cérébello vestibulaires, qui règle les mouvements de la tète et du cou, leur stabilité dans les mouvements passifs : l’excitation de cet appareil, peut-être, explique les attitudes fixes qu'on y observe chez le cérébelleux.
Lorsque celui-ci, dans la marche, oscille, décrit des zigzags, titube, ressemble à un homme ivre, cela peut tenir encore aux lésions descendantes bulbo-médullaires, si fréquentes dans les néoplasmes cérébraux (voir p. 100). Les faisceaux cérébelleux directs, de Gowers, et cérébelleux descendants, participent parfois à cette altération. En tout cas, les lésions des cordons postérieurs suffisent à expliquer : que les centres cérébelleux n’aient que des renseignements incomplets sur les excitations périphériques, et que l 'équilibre soit troublé 1 2.
1. D’après Roncali, la théorie motrice seule , basée sur l’atonie et l'asthénie musculaires de Luciani, ne suffit pas à expliquer l 'ataxie cérébelleuse : car, dans les expériences chez les animaux et en clinique, souvent celle-ci est indépendante de l’alTaiblissemenl musculaire. Dans certains cas, l’ataxie existe sans que celui-ci se soit manifesté ou après qu’il a disparu (expériences chez les animaux). 11 faut, pour comprendre la pathogénie de ce trouble, faire intervenir la théorie ou plutôt l 'action sensitivo-sensorielle. C’est parce qu’il manque des renseignements sensitifs fournis par les nerfs sensitifs des membres inférieurs, et des renseignements sensoriels optico et acoustico-cérébelleux, que le cérébelleux oscille, trébuche, et tombe. Plus la destruction est étendue, plus les troubles sont accusés. Ils sont surtout accentués dans les ablations totales du cervelet, parce qu’il ne peut y avoir suppléance par les parties restantes de l’écorce. {In Chipault, Chir. nerveuse, 190 1, III, p. 376-382).
Il est certain, pour nous, que l 'ataxie cérébelleuse est un phénomène pathologique complexe, à la fois d'origine motrice et sensitivo-sensorielle. D’autre part, lorsqu’il s’agit de néoplasmes, il faut faire aussi intervenir les dégénérescences SECONDAIRES, qui peuvent atteindre les faisceaux acoustico-cérébelleux de Cajal ou cérébello-vestibulaires de Thomas, et aussi les faisceaux oplico-cérébelleux de Brissaud, quoique l’existence de ces derniers manque encore de substratum anatomique.
2. D’après les recherches récentes de Lewandoxvsky portant sur 100 expériences, l’ataxie cérébelleuse serait une ataxie sensorielle provoquée par les
TUMEURS DU CERVELET
Cependant, I’ataxie cérébelleuse diffère notablement de Yataxie labélique. — Chez le cérébelleux, Y écorce cérébrale, étant toujours en rapport avec la périphérie, peut suppléer , en grande partie, le cervelet; aussi, chez lui, le pied n’est pas projeté avec violence, il n’y a pas de talonnement; le signe de Romberg fait ordinairement défaut, car, la sensibilité générale étant intacte, il peut se passer des sensations visuelles pour se diriger.
Chez le tabétique vrai, le fonctionnement du cerveletest partiellement altéré, puisque les voies afférentes de la sensibilité sont détruites (sclérose des cordons postérieurs) : Yocclusion des yeux lui supprime toute notion de sa situation dans l'espace, et alors, il titube et tombe (signe de Romberg).
Cependant, Rruns admet que les deux formes d’ataxie peuvent se rencontrer dans les tumeurs du cervelet. — Dans quelques cas, les troubles de la marche augmentent lorsque les yeux sont fermés, et le signe de Romberg existe: c’est alors, sans doute, qu’il faut invoquer une dégénérescence accusée des cordons postérieurs, lésion non rare, ainsi que nous l’avons indiqué (voir p. 100).
En résumé, les troubles de l'équilibre , connus en clinique sous les noms de titubation cérébelleuse, démarche chancelante, ébrieuse , vertigineuse, ont des similitudes assez grandes avec ceux du syndrome cérébelleux pur (lésions expérimentales ou de déficit, dont nous avons parlé).
Ainsi, le malade de Jaboulay, dans la station debout, se tenait les jambes écartées, la tête et le corps nettement inclinés vers la gauche, avec des oscillations qui s’exagéraient lorsqu’on rapprochait les deux pieds, ou qu’on le faisait se tenir sur un pied; il marchait comme un homme ivre, avec tendance constante à osciller et à verser à gauche (tumeur tuberculeuse du lobe droit du cervelet).
La malade de Durante (voir fig. 162-163), dans la marche, ne suivait pas une ligne droite, mais avançait en zigzag, les jambes écartées. Parfois, elle déviait davantage à droite qu’à gauche; et parfois, c’était l’inverse... La déviation vers l’un des côtés, mais particulièrement à droite (côté de la tumeur) devenait très évidente, lorsque la marche durait depuis une dizaine de minutes, car alors le corps s’inclinait à droite à cause de la grande faiblesse des muscles du membre inférieur droit, du tronc, de l’épaule et du cou du même côté. Si la malade, pendant la marche, après avoir fait quelques pas, se tournait à droite ou à gauche,
troubles du sens musculaire, qui accompagnent généralement une lésion du cervelet ( Archiv f. Anal., 1903, et Rev. Neurol., 1904, p.534).
DIAGNOSTIC REGIONAL : SYMPTOMES CÉRÉBELLEUX 375
elle tendait toujours à perdre l’équilibre, dans la direction vers laquelle elle se tournait; et alors, pour se maintenir et ne pas tomber, elle écartait fortement les jambes, puis immédiatement les croisait; et cet entrecroisement, fait pour empêcher la chute, était justement ce qui la provoquait1.
Mais, le plus souvent, la marche est plus irrégulière, les oscillations plus mouvementées, les zigzags plus imprévus, et la tendance à la chute plus grande que dans les cas de ramollissement.
Fig. 162. — Sarcome fuso-cellulaire du lobe cérébelleux droit, du volume d’un oeuf de poule, né près du flocculus.
(Durante, obs. XIII, in Chipault, Chirurgie nerveuse, 1903, 111, p. 349.
Fig. 163. — Cervelet , apres l’ablation de la tumeur précédente (Durante). L’hémisphère cérébelleux droit et une partie du lobe moyen ont été enlevés pour supprimer la tumeur, née du pédoncule cérébelleux droit. Portion droite du pont de Varole atrophiée, et bulbe tordu en spirale de droite à gauche (Chipault, id.).
Dans certains cas, la marche est à la fois ataxique , spasmo digue, et en zigzag (cas de Bendandi). Assez souvent le malade est attiré, projeté en arrière, ou en arrière et de côté. Les oscillations, la chute, se lont ordinairement dans le même sens ; et on a attribué une certaine importance à l’observation de celait, aupoint de vue de la localisation. — Les expérimentateurs sont unanimes : chez les animaux opérés du cervelet, la chute se fait du côté