TUMEURS DU CERVELET
pas lents et courts, en glissant sur la plante des pieds et avec une démarche nettement titubante, quoiqu’il ne chancelât pas et ne zigzaguât pas
Dans certains cas, dès qu’on le met debout, le malade s'effondre-, il ne peut marcher que soutenu par deux personnes, et, si on le lâche, il s affaisse (cas de Pineles, tubercule de la grosseur d’une noix dans l’hémisphère cérébelleux gauche, au centre du lobe quadrangulaire).
Un enfant de quatre ans devait s’aider des mains pour prendre la position assise dans son lit; quand il était étendu, il ne savait pas se relever; et, s’il faisait un effort dans ce sens, ses jambes se jetaient brusquement en l’air.
Koiteweg, chez un jeune homme de vingt ans, qui ne pouvait ni marcher, ni se tenir assis, a cause de l’asthénie musculaire, fit 1 ouverture d un kyste cérébelleux, et bientôt le malade put se lever, se tenir debout, et marcher dans la salle (guérison). — Il en fut de même dans un cas semblable de Rolgans et Winkler :
1 asthénie et la flaccidité des membres droits disparurent, et la marche devint possible.
Sur 13 cas de tumeurs du cervelet, Roncali a noté 8 fois 1 asthénie (ou défaut d’énergie et de force) dans les muscles : tantôt elle occupait les membres supérieur et inférieur, du côté de la lésion (Bendandi, Durante, Montenovesi); tantôt uniquement les membres inférieurs (Postempsld); tantôt les quatre membres et les deux côtés du corps (Lampiasi, d’Alloco), etc.
Raymond, dans ses cliniques, a bien mis en lumière que cette asthénie musculaire pouvait être propre à certains mouvements: sa malade âgée de 22 ans, qui titubait comme une femme ivre et ne pouvait se tenir longtemps debout, avait « des muscles forts' ».
Ajoutons que la faiblesse, l’irrégularité des ondes musculaires, s annoncent par des tremblements dans les membres inférieurs, ainsi que Luciani et Thomas l’ont observé dans leurs expériences.
Troubles dans la coordination des membres supérieurs. Tremblements.
Gomme nous l'apprend l’expérimentation (et le fait a été bien souvent constaté en clinique dans les lésions de déficit), il existe des troubles de la statique et de la dynamique des membres SUPÉRIEURS. Ce sont des tremblements des mains, des troubles de la coor-
1. Pineles (Rev. de neurol., 1900, p. 831). — Glorieux ( Itev . de neurol., 1901, p. 996). — Korteweg el Winkler ( Chir . nerv. de Chipault, 1902, p. 091). — Rotgans el Winkler ( id ., p. 092). — Raymond ( Clin . et tconogr. Salpêtrière , 1898, p. 213). — (Roncali, ni Chipault, Chir. nerveuse, 1903, III, p. 305).
dination, de l’ataxie, qui, dans le cas de Popoff, était très prononcée (les yeux fermés), ou une inhabileté , une maladresse , surtout dans les mouvements intentionnels. Dans un cas^ de Babinski (cholestéatome du lobe cérébelleux droit, voir fig. 172) ; le tremblement, quand le malade portait un verre à sa bouche, était caractérisé par des oscillations de gauche à droite au nombre de 3 à 4 à la seconde, qui s’accentuaient à mesure que l’objet approchait du but, et surtout si le malade cherchait à maintenir le verre à quelques centimètres de la bouche. L’écriture était difficile, illisible (voir le spécimen, fig. 165).
Ces troubles ont quelquefois l’aspect de mouvements choréiques ou athétosiques , ou font penser à une sclérose en plaques, ayant atteint le cervelet. En même temps, le membre est asthénique, faible, et se fatigue vite.
Il y a coexistence avec des troubles analogues, et de la titubation, dans les membres inférieurs.
Oppenheim dit : que souvent on observe, dans les membres supérieurs, un mélange d'ataxie et de tremblement , ou un trouble de la motilité tenant le milieu entre les deux. On ignore l'origine de ce phénomène : car souvent la tumeur déborde au voisinage, et ne reste pas limitée au cervelet. Assez souvent, les masses musculaires, qui étaient affectées de tremblement, étaient en même temps atteintes d’un certain degré de parésie.
Dans un cas, qui lui est personnel, outre le tremblement de la tête et des extrémités supérieures, qui n’existait que pendant les mouvements et avait le caractère de celui de la sclérose , il constata des excitations rythmiques du voile du palais et de la musculature externe ou interne du pharynx. Ces derniers étaient, sans doute, le résultat de la compression du bulbe.
Massalongo attribue tous les tremblements à l’irritation du cortex moteur ou rolandique, dont il fait le centre sismogène exclusif. Cette théorie, soutenable en partie, a l’inconvénient de faire abstraction de l 'écorce cérébelleuse , dont le rôle kinélique est cependant indiscutable
1. Massalongo, Contribution à l’origine corticale des tremblements (Hev. neurol., 1903, p. 438).
Fig. 165. — Écriture dans un cas d’asynergie cérébelleuse (Babinski).
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H. — Asynergie cérébelleuse.
Dans ces derniers temps, Babinski a appelé l'attention sur ce symptôme, qui serait pathognomonique d’une lésion cérébelleuse.
Il consiste en une perturbation de la faculté d’ASsociER les mou -
Fig:. 16G. — Sarcome du lobe cérébelleux droit (Babinski). — La tumeur oyoïde, grosse comme un œuf do poule, est énuclée, et placée a c6té du cervelet. Il reste une loge creusée aux dépens du cervelet, et de la moitié supérieure du bulbe. Le fonds en est constitué par le pédoncule cérébelleux moyen. Autour la substance nerveuse était refoulée, et la paroi supérieure était formée par une mince couche de tissu cérébelleux atrophié, qui était comprise entre la tumeur et la tente du cervelet.
vements; et il devient surtout apparent, dans les mouvements nécessités par la station debout ou la marche.
Une des malades, qui lui ont servi à établir la valeur de ce signe clinique, était porteuse d’un sarcome gros comme un œuf de poule, encaslré dans le lobe droit du cervelet (voir fig. 166) : la déambulation lui était impossible sans un aide, et quand on la soutenait, les jambes exécutaient les mouvements de marche nécessaires, mais le tronc restait en arrière (fig. 167. — Rev. neurol., 1899, p. 812, obs. II).
Babinski indique quatre procédés pour mettre en relief ce symptôme :
1° Dans la marche, le tronc reste en arrière et ne suit pas les
Fig. 167. — Asynergie cérébelleuse. (Babinski). — Attitude du malade pendant la marche,
soutenu par deux aides.
Fig. 108. — Asynergie cérébelleuse (Babinski). — Fig. 109. — Attitude d’un sujet sain dans Altiludo du malade debout, cherchant à por- la station debout, cherchant à porter
ter la tête en arriére, et il courbor le tronc dans la tète en arrière et à. courber le tronc
le même sens, en forme d’arc. en forme d'arc (Babinski).
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mouvements des membres inférieurs; il faut attirer le malade en avant (fig. 167).
2° Dans la station, si on fait porter le tronc en arrière, les membres inférieurs restent fixes, rigides, et ne se fléchissent
Fig. i/O.f Asynergie cérébelleuse (Babinski). — Le malade faisant effort pour se mettre
sur son séant.
pas, comme chez l’homme normal, pour rétablir l’équilibre (fig. 168-169).
3° Quand le malade est couché et veut se mettre sur son séant, les cuisses se fléchissent- et les talons s’élèvent (fig. 170-171).
4° Si le malade, assis, veut toucher du pied un objet.Fplacé
Fig. J 71. (Babinski). — Attitude d’un sujet sain dans le même mouvement.
au-dessus et au-devant de lui, la cuisse et la jambe s’étendent en deux temps inégaux , comme par un mouvement de détente.
C’est, dans les premiers cas, un défaut d’AssociATiON des mouvements du tronc et des membres inférieurs', et, dans le dernier, des deux segments du membre inférieur.
Dans une autre observation plus récente, pour un choleslëatome perlé , comprimant la face inférieure du cervelet, Babinski observa une hémi-asynergie et un hémi-tremblement cérébelleux.
Le membre supérieur droit avait des tremblements de la main et des doigts, qui devenaient très évidents dans les mouvements intentionnels , comme pour porter un verre à la bouche ou toucher le nez avec l’index; et, comme le fait a été constaté dans plusieurs autres cas, V écriture était tremblée, illisible (fig. '165 J • Le
Fig. 172. — Cbolestéatome du lobe cérébelleux droit (Babinski). — Hémi-asynorgie et bémi-lremblement.
membre inférieur présentait de I’asynergie dans: la station , la marche et le décubilus.
De cette hémi-asgnergie et hémi-tremblement associés , Babinski a fait un syndrome, indiquant une lésion cérébelleuse ou cérébello-protubérantielle, siégeant du même côté. — i C’est là une donnée clinique importante pour la localisation des tumeurs cérébelleuses, et précieuse à vérifier.
Le même clinicien a montré, dans une communication à la Société de Neurologie, que dans Vasynergie cérébelleuse , V équilibre volitionnel statique peut être conservé, alors quel’ équilibre cinétique est profondément troublé. 11 suffit, pour le prouver, le-
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malade étant dans le décubitus dorsal, de lui faire élever les deux jambes en l’air; celles-ci restent, sans oscillations, sans tremble-
Fig. 173. — Asynergie cérébelleuse (Babinski). Pose, 15 secondes. — Cette photographie montre que, chez ce malade, la fonclion de l’équilibre volitionnel statique s’accomplit d’une manière parfaite.
ment des muscles, dans la fixité absolue , plus longtemps même qu’à l’état normal (fig. 173).
Dans Y ataxie tabétique , au contraire, ces deux modes de l’équi-
Fig. 174. — Ataxie tabétique (Babinski). Pose, 15 secondes. — Celte photographie met en évidence l'instabilité des membres inférieurs.
libre volitionnel sont atteints; mais, au début, le trouble de l’équilibre statique est plus manifeste (fig. 174).
Enfin, les lésions cérébelleuses peuvent encore être décelées par un trouble de ce que Babinski a dénommé la diadococinésie, c’est-à-dire de la faculté d’exécuter rapidement des mouvements successifs : tels ceux de la pronation et de la supination. Il cite deux malades atteints de tumeurs du cervelet, chez lesquels ce trouble était manifeste1 .