C. — Tumeurs des hémisphères cérébelleux
Ces néoplasmes se développent tantôt à la surface, dans lécoice cérébelleuse, tantôt profondément, dans la substance blanche (voir fig. 177).
Ils se distinguent par des manifestations unilatérales et homolaterales : hémi-ataxie, hémi-asynergie, hémi-tremblement, siégeant du côté du néoplasme. — Nous avons d’ailleurs insisté suffisamment sur les signes qui peuvent fixer le côté de la lésion.
Mais, le plus souvent, les tumeurs latérales finissent par agir sur le lobe médian , sur lesvermis : il survient, parfois, des manifestations des deux côtés, mais avec inégalités : elles seront moindres du côté opposé à la lésion 2.
Nous devons rappeler aussi que les hémisphères cérébelleux sont en relation intime avec Yhémisphère cérébral du côté opposé, et spécialement avec les centres du membre supérieur. Ainsi s expliqueraient, peut-être, les tremblements (choréiques ou athétosiques), les ataxies, qui accompagnent souvent les mouvements intentionnels du bras, lorsque le cortex cérébral est lésé.
Il importerait aussi d’être éclairé sur les manifestations propres
(Rev- neurol., 1895, p. 261). — Jacobson et Jamane {Rev. neurol., Selby (/îey- neuroL> 1S98, p. 282). — Korteweg (Chir nerv., 1JU-, 691). — Bernheim et Simon {Rev. de l’Est, 1887, p. 1 et 35, Obs. III). Khanoutina {Médecine russe, 1902, p. 253, et Rev. neurol., 1903, p. 419). — Cade et Bancel {Lyon méd., 1903, et Rev. neurol., 1904, p. 740).
-. Dans un fait récent de Probsl et Wieg, où le néoplasme parti du lobe médian, avait envahi le lobe cérébelleux gauche, on vit survenir de l’alTai- Diissement de l’innervation motrice et du tonus musculaire dans la face et 1igS03exlre^llés’ du côté gauche {. Jahrb . f. Psych., 1902, p. 211, et Rev. neurol.,
DIAGNOSTIC CANTONAL '
aux altérations des noyaux du toit et du corps dentelé; nous n’avons rien trouvé qui autorise une symptomatologie spéciale.
Nous n’avons en vue ici que les tumeurs qui siègent en plein lobe.
Les néoplasmes, cependant, lors même qu’ils n’auraient pas franchi la couche de substance nerveuse qui les en toure, sont susceptibles d’agir par compression, à distance, sur les nerfs bulbaires, mais les troubles sont plus tardifs et moins complets que
Fig. 177. — Tumeur de l'hémisphère cérébelleux gauche, située profondément dans la substance blanche; elle ne devint visible que par la section de l'hémisphère (Oppenheim).
si le contact était direct; et, le fait est rare, à moins qu’ils n’occupent la partie antérieure.
Une observation, relativement récente, de Durante 1 (de Rome) constitue un type remarquable de la symptomatologie offerte par une tumeur d’un hémisphère cérébelleux. La malade, âgée de trente-sept ans, présenta : d’abord de violentes douleurs dans la moitié droite du crâne, surtout au voisinage de la fosse cérébelleuse; des vertiges intenses, même au lit; des vomissements fréquents, des hallucinations (dans lesquelles elle voyait des fantômes blancs de forme humaine, enveloppés d’un linceul et levant des bras menaçants). Après quelque temps, elle eut un affaiblissement de tout le côté droit du corps, qui l’obligea à garder le lit, un affaiblissement progressif et rapide de la vue, des bourdonne-
d. Durante (in Chipault, Chirurgie nerveuse, III, 1903, p. 349 et 391). — Voir aussi un cas de Nobecourt et Voisin (Soc. anal., 1903, p. 96) où, pour des tuberculomes multiples des lobes cérébelleux, chez un enfant de 4 ans, on observa de la roideur de la nuque, de l’opisthotonos, de la titubation, de la stupeur, de l’exagération des réflexes rotuliens, etc.; le liquide rachidien contenait des lymphocytes et des bacilles de Koch.
TUMEURS DU CERVELET
ments, etc. ; pas d’attaques épileptiques. A l’examen : strabisme convergent (paralysie de la VIe paire), nystagmus transversal, ptosis droit; hypotonie des muscles faciaux et des muscles de tout le côté droit du corps. Pas de signe de Romberg. Oscillations dans la station debout; marche en zigzag, ébrieuse, avec déviation prononcée et inclinaison du corps vers ta droite ; ataxie du membre supérieur droit ; réflexes tendineux exagérés à droite. Sensibilité normale. Pas de troubles psychiques. Durante diagnostique sans hésitation : néoplasme dans le lobe cérébelleux droit. Il en tente 1 extirpation; mais la malade succombe quelques heures après, à une hémorrhagie; l’hémisphère cérébelleux avait dû êtie réséqué en entier. Al autopsie, on constata: que la tumeur (sarcome du volume d'un œuf de poule) avait son origine dans la partie supéro- antérieure du lobe cérébelleux droit , au milieu du pédoncule cérébelleux moyen (voir fig. 162, 163).
D. — Tumeurs de la face supérieure et de la face inférieure du cervelet.
Il serait important, au point de vue de l’intervention chirurgicale, desavoir, préalablement , si on doit rencontrer le néoplasme à la face supérieure, ou à la face inférieure du cervelet. Cela éviterait des recherches parfois difficultueuses.
Les tumeurs de la face supérieure, situées sous la tente, sont bridées par elle. Elles paraissent assez rares, et nous n’en avons trouvé que quatre ou cinq spécimens.
L’un est de Makenzie Bacon; la tumeur, partie du rocher droit, se glissant sous la tente, avait comprimé et envahi le lobe droit; il y avait de la cécité, quelques phénomènes paralytiques; le malade ne pouvait marcher sans aide, et ressemblait à un ataxique.
Un autre cas est de Guldenarm et Ziegenweidt : ils furent conduits à une erreur de diagnostic sur le lieu de l’opération : la tumeur, de la grosseur d’une pomme, siégeait entre l’hémisphère droit du cervelet et la tente (fig. 175); refoulant la protubérance, elle avait comprimé les nerfs de la base sur la gouttière basilaire et le rocher du côté opposé, c’est-à-dire à gauche; les paralysies nerveuses siégeant à gauche , le chirurgien avait opéré de ce côté.
Dans un cas de Bruns, pour une tumeur de l’hémisphère droit du cervelet, il y eut des troubles de la marche, une hémianopsie homonyme, sans doute par action sur le lobe occipital (syndrome OCCIPITO-CÉRÉ13ELLEUX).
Il en fut de même dans un cas Schonborn : il y eut de l 'hémianopsie ; le cunæus et le précunæus furent envahis ; et la disposition
DIAGNOSTIC CANTONAL
de la tumeur fut telle, qu’on hésite sur son origine réelle. Chipault la place dans le lobe occipital, et Von Bergmann, parmi les tumeurs du cervelet. (Chipault, Trav. neurol., t. I, p.245, — et Von Bergmann, fumeurs du cervelet , tableau, 113.)
Les tumeurs situées immédiatement sous la tente sont donc susceptibles de provoquer des troubles à distance.
Mais le fait n’est pas constant : car, dans le cas de Terrier, cité par Auvray, dans sa thèse, un gros tubercule de la région ne donna lieu que tardivement à la démarche ébrieuse, et il n’y eut, en outre, que les symptômes généraux des tumeurs cérébrales h
La symptomatologie des tumeurs de la face inférieure n’a pas d’autres caractères que ceux des tumeurs du cervelet en général, ou se confond, à peu près, avec celle des tumeurs de la moitié antérieure de l’équateur cérébelleux, à raison des compressions nerveuses, qu’elles sont susceptibles de produire, si elles sont en avant.
E. — Tumeurs de la circonférence (partie antérieure) du cervelet et du pédoncule cérébelleux moyen.
Ces tumeurs, ordinairement, exercent une action sur le bulbe, la protubérance, et les nerfs qui en émergent ; et, parfois, la compression est très accusée et déforme considérablement la protubérance et le bulbe (voir fig. 178).
Il semble que cette région soit un lieu de prédilection pour les néoplasmes, car nous en avons rencontré des spécimens variés.
D'autre part, les deux faits de Guldenarm montrent qu’elles ne sont pas inaccessibles à l’action chirurgicale.
Parmi les nerfs les plus souvent atteints, nous citerons, par ordre de fréquence, outre les nerfs optiques toujours intéressés par action à distance : le facial et l’auditif, le moteur oculaire externe , le glosso-pharyngicn , le pneumogastrique, le spinal, et aussi l’hypoglosse.
Les paralysies ou hyperesthésies qui en résultent sont toujours du côté de la lésion.
Voici le sommaire de quelques observations remarquables.
Babé et Martin ont vu presque tous les nerfs du bulbe comprimés et très altérés, d’un côté, par une tumeur assez volumineuse du pédoncule cérébelleux moyen et du lobe droit (voir
1. Makenzie et Bacon ( Arcli . de neurol., 1881, 1, p. 301). — Guldenarm et Ziegenweidt ( Chir . nerv., 1902, I, p. 120).— Bruns [Rev. neurol., 1894, p. 309). — Terrier (in Th. Auvray, 1890, p. 412).
TUMEURS DU CERVELET
fig. 179); les II0, VIe, VIIe, VIIIe, IX0, Xe et XIIe paires furent intéressées à droite , tandis que la participation du cervelet s’accusait par des douleurs occipitales, accompagnées de contractions des muscles de la nuque, l’asthénie musculaire généralisée, et la tendance à la projection en arrière (Merklen).
Dans les faits de Calentoni et Mac Cashey, il y eut compression d’un grand nombre de nerfs, mais pas de phénomènes cérébelleux : le premier, cependant, porta le diagnostic de tumeur céré-
Fig. 178. — Compression de la protubérance par une tumeur du cervelet, vraisemblablement par une tumeur du nerf acoustique (Oppeuheim).
belleuse, à cause de la marche rapide et de Y intensité des symptômes généraux ; le second crut à une tumeur de la base, et, chose curieuse, bien qu’il existe plusieurs faits de ce genre, il y eut un abondant écoulement de liquide céphalo-rachidien par le nez.
La tumeur était double, s’étendait en avant de I’équateur de chaque hémisphère cérébelleux, enserrant le bulbe et la protubérance des deux côtés, dans les observations d’Irwing Neff et de Raymond. Dans le premier cas (fig. 180, 181), les troubles restèrent cependant unilatéraux ; dans le second, outre les symptômes cérébelleux, il y eut principalement : altération des deux nerfs optiques et des deux nerfs auditifs , de telle sorte que la malade était dans un étal de cécité et de surdité très profondes.
DIAGNOSTIC CANTONAL tUl
Trénel et Antheaume, dans leur observation, signalent des hallucinations de la vue et de l’ouïe, des plus remarquables; le moteur oculaire externe tut le seul nerf basiiaiie atteint, en dehors des nerls de la vision et de 1 audition (tumeur du lobule pneumogastrique du volume d’un marron). Il y eut, en outie, parésie du membre supérieur, et contracture en flexion du membre inférieur, du côté de la lésion (voir fig. 164).
Dans un autre cas de Trénel, pour une tumeur de la même région, occupant tout l'équateur du lobe cérébelleux correspondant, et comprimant la protubérance, il n'y eut compression
Fig. 179. — Tumeur sarcomateuse du lobe cérébelleux droit (Babé et Martin). — Le néoplasme, sectionné selon son grand axe, laisse voir, sur une des faces de section, des cavités pleines de liquide hématique. — c, hémisphère cérébelleux droit refoulé par le néoplasme; — d, hémisphère cérébelleux gauche; — e, protubérance ; — f, Bulbe légèrement dévié vérs la gauche; — g, tronc basilaire; — h, faisceaux des libres nerveuses formés par la réunion des troncs d’émergence de 7°, 8e, 9°, 10e, llr nerfs crâniens, déviés et comprimés.
VI, trijumeau du côté gauche. — VI, trijumeau dont le tronc comprimé est dévié, vient apparaître le long du tronc basilaire, entre les lèvres du sillon de séparation.
VI, moteur oculaire externe gauche. — VI', nerf homologue, dévié et rétracté vers la gauche.
d'aucun des nerfs bulbaires, mais l’impotence des membres inférieurs était complète (fig. 182-183).
Dans un des cas où il praLiqua, sans accident immédiat, Yextirpation, Guldenarm enleva une tumeur, grosse comme une châtaigne (fig. 175), qui avait donné lieu à de la surdité absolue à yauclie, à de la parésie de la joue et de la bouche, à de l’hyperesthésie dans le domaine du trijumeau (à gauche) et à de l’hémiparésie droite, en même temps qu’à un trouble des mouvements associés des yeux vers la gauche. La marche était impossible, et, dès qu’il était debout, le malade se sentait attiré à gauche et en arrière.
Enfin le malade de Babinski, qui présentait de Yhémiasynergie et de l’ hémitremblement cérébelleux, avait un chofestéatome de cette
SG
DU R ET
TUMEURS DU CERVELET
même région (fig. 172), qui avait légèrement comprimé les Ve, VII* et VIIIe paires, du côté correspondant '.
Bruns et Oppenheim signalent parmi les symptômes fréquents des tumeurs cérébelleuses : des paralysies oculaires; des anesthésies, des paresthésies, des névralgies partielles ou totales d’une moitié de la face, par lésion de la Y" paire, et quelquefois, pour
Fig. 180. — Tumeur cérébelleuse bilntérale (Raymond). Chaque masse néoplasique a le volume d'une potilo mandarine, el est dovoloppéo aux dépens du segment antérieur de chaque hémisphère cérébelleux. Écrasement de la protubérance, qui est allongée dans lo sons vertical (P). Nodosités Obrcnses sur les filets émergents de quelques nerfs.
la même cause, du trismus, des paralysies des muscles masticateurs; de l’anesthésie de la cornée, phénomène souvent du début, en quelque sorte précurseur, de la kératite neuro-paralytique
1. Bubé et Martin [Soc. annt., 1898, p. 437). — Calentoni ( Rev . neurol., 1893, p. 222). — Mac Cashey (Arch. neurol., 1901, p. 308, et New-York Med. Record, 1900). — Irwing Nell’ [Arch. neur., d 895, p. 300). — Raymond ( Clinique , III, p. 77 et 229, et Iconogr. Salpétrière, 1898, p. 213). — Trenel et Antheaume [Arch. neurol. , 1897, li, p. 1). — Trenel (Soc. anal., 1898, p. 388). — Durante (Chirurgie nerv. de Chipault, III, 1903, p.349 el 391). — Guldenarm ( Chirurgie tierv. de Chipault, 1, 1902, p. 685, 686, 720). — Babinski (Rev. neurol., 1901, p. 200 el 422).
DIAGNOSTIC CANTONAL
(trouble trophique de la V" paire); des convulsions, des paralysies avec dégénérescence du nerf facial; des convulsions ou des paralysies de la langue, du voile du palais, du pharynx, par altération de la XIIe et de la IXe paire; des troubles de l’ouïe (dysacousies, surdité, sifflements, bourdonnements, vertige de Ménière, phénomènes souvent primitifs, quand la VIIIe paire est inté-
Fig. 181. — Torpeur cérébrale, dans le cas précédent (Raymond). — Surdilé et amaurose
absolues.
ressée); et, enfin, par compression de la protubérance et du bulbe, des troubles moteurs et sensitifs (rubans de Reil) ; de la dysarthrie, de la dysphagie, des troubles cardio vasculaires et respiratoires; de la polyurie, glycosurie, etc.
Tous ces phénomènes seront, avec plus d’à propos, étudiés en détail, quand nous nous occuperons des tumeurs de la fosse