‹ Les tumeurs de l'encéphaleChapitre 211 sur 338 · IV. — Tumeurs multiples · texte numérisé non relu

IV. — Tumeurs multiples

Le diagnostic de tumeurs multiples dans l’encéphale est difficile, souvent impossible.

DIAGNOSTIC

Le Dr Bernhardt, qui a étudié spécialement la question, émet les propositions suivantes :

1° 11 est souvent impossible de faire le diagnostic de tumeurs multiples.

2° Il est légitime d’y penser dans les états cachectiques généralisés (tuberculose, carcinose, ou autres tumeurs multiples), même quand il n’existe que des symptômes généraux du côté du cerveau.

3° S’il se présente un complexus symptomatique si étendu qu’il ne puisse s’expliquer que par la lésion de plusieurs centres cérébraux , il ne faudra admettre qu’avec réserve la pluralité des néoplasmes.

4° Si, au contraire, il existe des manifestations précises et distinctes de la lésion de régions différentes de l'encéphale, de telle sorte qu’on puisse sans difficulté reconnaître la symptomatologie propre de ces diverses parties , on pourra, avec quelque vraisemblance, affirmer qu’on est en présence de plusieurs tumeurs.

Oppenheim ne fait aucune objection à ces propositions, mais il va plus loin que Bernhardt et di L : qu’il est impossible, la plupart du temps, de diagnostiquer les tumeurs multiples.

II ajoute cependant avoir eu, dans plusieurs cas, la satisfaction de reconnaître des tumeurs multiples, parce que la nature de ces tumeurs le permettait : il s’agissait de cysticerques multiples, ou de cancers secondaires.

Une autre fois, chez une jeune femme qui, avant son admission à l’hôpital, présentait des symptômes généraux et les signes positifs d’une tumeur du cervelet (stauungspapille, douleur de la nuque, vomissements, ataxie cérébelleuse, diminution de l’acuité auditive), il vit survenir une aphasie qui avait tous les caractères d’une aphasie sensorielle (paraphasie et surdité verbale) : ce ne fut pas là une manifestation fugitive, mais bien persistante. Il diagnostiqua une seconde tumeur dans la zone du langage; et le diagnostic de tumeur multiple se trouvait corroboré par la constatation d’une matité pulmonaire. A l’autopsie, on trouva une masse néoplasique dans le cervelet, puis une seconde dans le lobe temporal, et un carcinome dans les poumons.

Il nous semble nécessaire de reconnaître plusieurs variétés ou catégories, dans les tumeurs multiples, qu’on peut rencontrer dans le cerveau : 1° les unes sont au nombre de deux ou trois et n’existent que dans l’encéphale; 2Ü d’autres sont des productions secondaires d’un néoplasme de l'économie; 3° d’autres sont ordinairement multiples de leur nature ; 4° enfin, il en est qui sont des tumeurs généralisées du système nerveux.

TUMEURS MULTIPLES

A la première variété appartient une observation fort intéressante de Bruns, que nous avons déjà signalée (p. 275). Une jeune femme présenta tous les symptômes d’une tumeur du lobe occipital, entre autres une hémianopsie droite et une alexie sons- corticale de Wernicke. On fit une trépanation infructueuse dans la région; mais la décompression améliora l’état de la malade, qui trois mois après se trouvait assez bien, quand son état s’aggrava; et, outre les symptômes précédents, on vit survenir une surdité verbale et une hémiplégie droite. A l’autopsie, on trouva trois tumeurs (glio-sarcomes) : l’une occupait l’extrémité antérieure des circonvolutions temporo-occipitales gauches, le lobule lingual, et le gyrus hyppocampi, atteignant le tractus optique (hémianopsie); une seconde avait le volume d’une pomme et était située dans la substance blanche du lobe occipital (alexie sous-corticale); la troisième, de même nature et du volume d’un marron, siégeait à l'extrémité des première et deuxième temporales gauches. Evidemment, quand on opéra, le gliome temporal n’existait pas : c’est lui qui avait provoqué consécutivement la surdité verbale l. — On peut dire que, dans ce cas, chacune des trois masses néoplasiques s’était révélée par les symptômes de localisation propres aux territoires qu’elles occupaient.

Un bel exemple de tumeurs multiples des hémisphères cérébraux, du même genre, nous est fourni par Korteweg et Winkler 2. Il s’agit d’un homme de quarante-six ans, qui eut les signes du syndrome des tumeurs encéphaliques; mais qui présenta, en même temps, trois groupes symptomatologiques localisateurs . Pendant que survenaient des céphalées intenses, des vomissements, et que la vue devenait mauvaise, il eut des troubles psychiques : le matin et surtout la nuit, il était envahi par des idées ridicules, si grotesques qu’il lui fallait rire; en plus, il avait du nystagmus. Puis survint une hémiparésie à gauche; avec le bras gauche, les mouvements étaient très incertains, et le bras tombait vite. La marche est impossible, car il est abasique, surtout de la jambe gauche; tendance à tomber à droite et en arrière. Suture crânienne ouverte, bruit de pot fêlé à la percussion ; tète portée obliquement, menton relevé; ouïe, goût, odorat affaiblis. Somnolence, ataxie, et hémiplégie s’accusent progressivement. On hésite entre un siège frontal ou cérébelleux de la tumeur. On l’opère tardivement par une craniectomie occipitale, et on recherche en vain une tumeur dans le cervelet. Mort le lendemain. A l’autopsie, première tumeur superficielle, assez volumineuse, dans l’extrémité antérieure du lobe

1. Bruns ( Neurol . Centralblalt, janvier 1894; Rev. neurol., 1894, p. 113; Arch. de neurol., 1894, I, p. 459).

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