I. — Constitution du syndrome
Nous avons déjà énuméré les principaux symptômes qui le composent; présentons quelques considérations utiles pour chacun d’eux.
1. La céphalée est un symptôme capital des tumeurs encéphaliques, souvent initiateur. Elle se signale par deux traits caractéristiques : la ténacité et l’ intensité. Tantôt continue, tantôt rémittente, intermittente, ou par accès irréguliers, souvent nocturnes, principalement dans la syphilis, et quelquefois paroxystiques.
Elle est profonde, et se distingue de celle des neurasthéniques et des dyspeptiques, qui est superficielle et limitée au cuir chevelu; de la céphalée des hystériques , qui est mobile, ou qui simule le clou, et s’accompagne des stigmates et autres phénomènes; de la migraine, exactement dimidiée; de Y encéphalopathie saturnine , qui n’est pas aussi vive, et à laquelle s’ajoutent souvent le liséré plombique, des coliques, de la constipation, et autres troubles. Seule, la céphalée urémique la simule réellement, par sa violence, sa fixité, et sa brusquerie d’apparition ; l’examen des urines écarte les doutes '.
La céphalée des tumeurs est diffuse , c’est-à-dire occupe tout le crâne, ou localisée, et, dans ce cas, elle a l’importance d’un signe de localisation, selon Bergmann et Oppenheim, surtout si la pression et la percussion du doigt réveillent une douleur vive au siège qu’elle occupe1 2. Il serait nécessaire que cette question de la céphalée dans les tumeurs fût l’objet d’une étude spéciale et méthodique : nous savons seulement qu’elle est parfois frontale; dans les tumeurs des lobes antérieurs (quoiqu’elle puisse être aussi postérieure), et assez constamment occipitale et violente, dans les tumeurs du lobe occipital et du cervelet. Sa véhémence, dans ce dernier cas, s’explique aisément, parce que les productions morbides et les lobes cérébelleux sont bridés par une membrane fibreuse inextensible, et enfermés dans une loge
1. Voir P. Marie et G. Guillain, De la céphalée persistante des brigh tiques, et de la ponction lombaire (Soc. mécl. des Hôp., 1901, p. 427, 472).
2. Comme exemple de céphalée localisée, indiquant le siège de la tumeur, voir l’observation de Patel et Mayet ( Arch . de méd., 1900, p. 216). — Elle fut presque le seul signe de localisation conduisant Jaboulay à faire la trépanation.
CONSTITUTION DU SYNDROME
osseuse étroite; la raideur de la nuque et 1 ’opisthôtonos cervical coexistent souvent.
La céphalée est nulle ou peu accusée , si la tumeur est bénigne , par exemple s’il s’agit d’un fibrome, ou si elle occupe le centre ovale : un sarcome ou un carcinome de la convexité, qui se propagent à la paroi crânienne, la rendent très vive, et appréciable à l’exploration. — Dans le cas de tumeurs basales , elle s’accompagne souvent d’irradiations douloureuses, de névralgies dans la face, par compression de la cinquième paire. — D’après le professeur Charcot, elle’ est quelquefois oculaire , par compression du nerf ophtalmique , ou lorsqu’un néoplasme s’étend à la cavité de l’orbite.
Bien que la céphalée soit un des symptômes les plus constants et les plus fidèles des néoplasmes encéphaliques, nous ignorons à peu près sa genèse. — Est-elle purement irritative, et produite par la compression, ou la tension des nerfs de la dure-mère et des méninges? Est-ce la substance nerveuse elle-même qui accuse sa souffrance? Cette dernière cause semble peu probable, malgré l’hypothèse des nervi- nervorum et l’existence des nerfs vasculaires, puisque, chez les animaux, on peut dilacérer, extirper les régions corticales, sans qu’ils accusent une réelle douleur, pourvu qu’on n’approche pas de la base et des corps restiformes. — Bruns l’attribue à l’engorgement des espaces arachnoïdiens, et à l’hydrocéphalie interne : mais Oppenheim dit avoir vu de petites tumeurs, incapables de produire la distension, s’accompagner d’une céphalée intense1. D’autre part, souvent les accès douloureux de la céphalée s’accompagnent de vomissements et d’un état de stupeur plus profond, phénomènes qui seraient en rapport avec une augmentation de la pression cérébrale.
La pathogénie de la céphalée des néoplasmes intracrâniens trouverait peut-être quelques rudiments d’explication dans les résultats heureux obtenus à la suite des jjonctions lombaires, par Marie et Guillain, dans la céphalée du mal de Bright; par Millian et Çrouzon, dans certaines lésions cérébrales syphilitiques; et par Rochard, dans les douleurs céphaliques qui accompagnent certaines fractures du crâne !. L’évacuation d’une certaine quantité de liquide céphalo-rachidien a fait cesser les douleurs, au moins pendant quelque temps. — La céphalée, dans ces diverses circonstances pathologiques, paraît donc avoir pour cause, soit la congestion vasculaire, soit l 'hypertension même du liquide céphalo-
d. Bruns, Die Geschwulsle des Nervensystem, Berlin, 1897, p. 65.
2. P. Marie et Guillain (Soc. mécl. des Hop., 1901, p. 420 et 480); Millian et Crouzon (Soc. des llôp., 1902, p. 122), et Rocliaril (Soc. de chir., 12 fév. 1902).
rachidien. — Lubetzki admet que, chez les neurasthéniques, elle est le résultat de la vaso-dilatation de l’encéphale : la température du crâne est plus élevée chez ces malades que chez l’individu sain; et le maximum de la céphalée siège là où la température se montre la plus élevée1.
D’après Bruns, dans quelques cas spéciaux , les tumeurs cérébrales ne donnent lieu à aucun accès de céphalée, soit pour la forme diffuse, parce que l’ hypertension intracrânienne ne se produit pas; soit, s’il s’agit d’une douleur localisée, parce que le néoplasme n’est pas en rapport direct avec l’écorce ou ses membranes. — Il en est ainsi, en particulier dans les cas de petites tumeurs, ou lorsqu’elles sontsubcorlicales. — De même, souvent, dans les tumeurs de la région rolandique, les douleurs de la céphalée font défaut, parce qu’elles sont diagnostiquées et opérées avant que l’excès de pression se soit assez accentué pour les produire. Il en était ainsi dans deux cas opérés, l’un par Horsley, l’autre par Pel, où les malades, observés pendant neuf mois, n’eurent jamais de douleurs de tête (Bruns).
2. Les vomissements n’ont de valeur, dans la séméiologie des tumeurs cérébrales, que parce qu’ils font partie du syndrome, et offrent quelques caractères particuliers. Ils surviennent souvent au réveil, à l’occasion d’un mouvement, sans efforts, et par une sorte de régurgitation. Ils sont assez fréquents, puisque, d’après un relevé de 568 observations, Jacoby et Oppenheim les ont vus survenir dans un tiers des cas. C’est surtout dans les tumeurs de la fosse cérébrale postérieure et du cervelet qu’on les observe, et qu’ils se répètent avec ténacité. Ils sont ordinairement en corrélation intime avec les crises de céphalée et avec les vertiges, car ils ont la même origine. S’ils se manifestent surtout dans les tumeurs des régions postérieures, c’est que celles-ci exercent plus immédiatement une action compressive sur les centres du vomissement, situés dans la moelle allongée : ils constituent alors un syndrome de localisation, que Bruns considère comme presque pathognomonique. — Les vomissements des urémiques sont aussi accompagnés d’une céphalée intense : mais presque toujours existent, en même temps, un état saburral de la langue et des troubles dyspeptiques.
3. Vertiges. — On peut, dans les tumeurs cérébrales, observer toutes les formes de vertiges. — Tantôt, il s’agit de vertiges sensoriels, par compression des nerfs ou de leurs faisceaux conduc-