‹ Les tumeurs de l'encéphaleChapitre 53 sur 338 · I. Démangé et Spillmann (lievue (le inéd., 8 fév · texte numérisé non relu

I. Démangé et Spillmann (lievue (le inéd., 8 fév

SÉMÉIOLOGIE GÉNÉRALE

sens1 : mais il nia l’action excito-motrice des régions corticales.

Cependant, dès 1880, R. Tripier, puis Allen Starr (1884), indiquaient la superposition des paralysies et des anesthésies, dans les membres frappés par lésion corticale. C’est surtout depuis les recherches anatomo-cliniques de Petrina, Lisso, Bastian, Dana, de Verger principalement (1897), de Déjerine et Long (1898), de Brissaud, etc., que les neuropathologistes sont d’accord pour admettre l'existence d'une zone sensitivo-motrice corticale2. — Quelques divergences existent sur ses limites topographiques : les uns la croient exactement superposable à la zone motrice ( zone

Fig. 47. — Topographie des cenires corticaux sensitifs. Face externe (Raymond).

sensitivo-motrice)-, d’autres pensent qu’elle s’étend un peu en avant d’elle, sur le pied des première, deuxième et troisième circonvolutions frontales, et quelle la dépasse en arrière, sur la partie voisine des lobules pariétaux supérieur et inférieur. D’autres enfin lui donnent la topographie adoptée par Flechsig pour sa sphère tactile (Raymond, Cliniques )3, et, dans ce cas, il faut joindre encore le lobe limbique (circonvolutions de l’Hippocampe et du Corps calleux), région regardée aussi par Ferrier, comme étant le centre de la sensibilité générale (voir fig. 47 et 48).

Quoiqu’il en soit, les lésions de l'écorce peuvent produire des hémianesthésies, si elles sont étendues, ou des monoanesthésies,

1. Voir H. Duret, Physiologie des localisations cérébrales en Allemagne ( Progrès médical, 1S98, et R. Blanchard, Progrès médical, 1S99).

2. Pour tous ces travaux, voir l’important mémoire de Verger sur les troubles de la sensibilité générale, consécutifs aux lésions des hémisphères cérébraux chez l’homme ( Arch . de médecine, 1900, novembre et décembre, p. S13, 641).

3. Raymond, Topographie des centres corticaux de la sensibilité générale (■ Cliniques , 1901, V. p. 89).

si elles sont limitées; et celles-ci sont toujours accompagnées de paralysies ou de parésies, ayant la même localisation, puisque les centres moteurs et sensitifs sont superposés : mais les troubles sensitifs peuvent dominer ou être peu accusés, selon les circonstances pathologiques. Ainsi, une tumeur ayant produit une monoplégie brachiale détermine, en même temps, une anesthésie du bras, plus accusée à la main et aux doigts.

D’après Déjerine, les caractères distinctifs de V hémianesthésie corticale, d’avec l’hémianesthésie centrale ou capsulaire , résident en ces différences : que la première est souvent accompagnée

Fig. 48. — Topographie des centres corticaux sensitifs. Face interne (Raymond).

d’épilepsie jacksonnienne, d’aphémie, de surdité et de cécité verbales, par lésions concomitantes ou extensives; en outre, les lésions de l’écorce, seules, sont susceptibles de produire des monoplégies, compliquées d' anesthésie .

Voici quelques exemples de néoplasmes, ayant causé des troubles de la sensibilité :

Lobe pariétal.

llruns, chez un homme de cinquante-cinq ans, vit son affection débuter par une hémianopsie droite; puis survinrent des troubles de la sensibilité, dans la moitié droite du corps, surtout dans le membre supérieur droit; perte du sens stéréognostique, du sens de position, du tact, de la douleur; puis, impotence, douleurs névralgiques du bras droit; enfin, hémianopsie totale, aphasie sensorielle intense, et ptosis droit. Durée dix-neuf mois; sarcome de la dure-mère ayant envahi profondément la circonvolution pariétale supérieure gauche, ramollissement sous-jacent, œdème collatéral, etc.

I1 ranch Madden : Incoordination motrice du bras et avant-bras,

138 SÉMÉIOLOGIE GÉNÉRALE

puis cjans la main, à gauche; sens tactile très altéré, complètement perdu dans les doigts; perte du sens musculaire; de temps à autre, ataxie marquée dans les mouvements; puis, les troubles de la sensibilité augmentent dans le bras gauche; douleurs paroxystiques. Autopsie : sarcome métanique, ayant envahi la pariétale ascendante, tout le lobe pariétal, et le lobe occipital du côté droit.

Landon Carter Gray , chez un homme de trente-huit ans, observa un affaiblissement de la jambe et du bras droit; pas de convulsions; sensibilité tactile et à la douleur légèrement diminuée; à la température conservée; sens musculaire presque totalement aboli. Sarcome, gros comme une noisette, dans la profondeur du tiers moyen de la pariétale ascendante.

Darchscheioitsch observa une monoplégie pure du bras, pour un tubercule solitaire du tiers moyen de Pa. La sensibilité gauche était très diminuée dans tous ses modes , surtout à la périphérie du membre.

Ollivier et G. Williamson, pour une tumeur de l’aire rolandique, du volume d’une demi-orange, outre des convulsions et de la paralysie, constatèrent de l’anesthésie et de l’analgésie du bras et de la main, et une diminution de la sensibilité de la jambe '.

Autres régions. — Mais on peut voir des troubles de la sensibilité survenir aussi, quoique pour des raisons différentes, dans d’autres régions que l’aire pariélo-rolandique. — Ainsi Mackay , dans un cas de tumeur lenticulaire de 0,04 sur 0,02, comprimant ces circonvolutions temporo-sphénoïdales en leur milieu, constata une anesthésie complète pour toutes les sensibilités , à gauche. — Thomas Ganill vit survenir une anesthésie presque complète du bras gauche, pour un sarcome du tiers postérieur de la circonvolution du corps calleux. C’est là un rare exemple de localisation sensitive du lobe limbique , favorable à la théorie de Ferrier, de Flechsig, et de Raymond 1 2.

1. Voir plus loin, chapitres des tumeurs du lobe rolandique et du lobe pariétal, et les tableaux dgs troubles de la sensibilité, qui les accompagnent.

2. Bruns ( Neurol . Centrabla.lt, 1898, p. 770; Rev. Neurol., 1899, p. 139, et Arch. de Neurol., 1899, II, p. 494). — Franck Madden (Jour, of nerv. and mental desease, 1893, p. 123; Rev. Neurol., 1893, p. 110, et Arch. de Neurol., 1893, p. 40. — Landon Carter Gray, Brain, part. L1X et LX, et Arch. de Neurol., 1893, p. 139). — Darksewitsch, Zur Frage von der Sensibilitiit storungen beim Herderkrankungen des Gehirn (Neurol., Cenlrablatt , 1890, p. 716). — Olliver et Williamson (Brit. med. journ., 1898, et Arch. de Neurol., 1899, p. 164). — J. Mackay (Brain, 1893, et Arch. de Neurol., 1896, I, p. 287). — Thomas Ganill (Brain, part. LIX, et LX, et Arch. de Neurol., 1893, p. 139).

G. — Caractères spéciaux des troubles sensitifs dans les néoplasmes.

Troubles kinestésiques. — Astéréognose.

Verger, d’après ses nombreuses observations, dit : « Que dans les lésions organiques du cortex, cérébral , on observe souvent des troubles par défaut : des hypoesthèsies , des hypoanalgésies , plutôt que des hyperesthésies. » — Mais, dans les néoplasies , ce sont les iiypérestésies qui dominent , surtout au début, en même temps que les phénomènes excito-moteurs (convulsions, etc.), et les troubles subjectifs sont surtout accusés : engourdissements, fourmillements, irradiations douloureuses, envahissant successivement le pouce, les doigts, le poignet, le bras, la moitié du visage, etc. — Comme marche l 'aura jacksonnienne, les ce ondes » d’excitation sensitive, passent d’un centre altéré aux centres voisins.

La sensibilité tactile est émoussée, confuse; il y a un retard des sensations, un élargissement des cercles de Weber; des erreurs de localisation, un contact à l’extrémité étant toujours reporté plus haut, vers la racine du membre. — Enfin, dans les petites lésions de la région rolandique, il n’est pas rare de constater des troubles du toucher sans anesthésie : c’est ce qu’on dénomme la paralysie tactile de Wernicke , qui, d’après Brissaud, serait caractéristique des lésions corticales'. — D’après Chatin, on constaterait, du côté de la sensibilité thermique , des thermohypoesthésies , superposables à l’hypoesthésie du tact, et souvent des paresthésies thermiques , de telle sorte qu’un corps chaud soit perçu froid 1 2.

11 faut ranger, parmi les manifestations des altérations corticales, les plus constantes et les plus caractéristiques, les troubles de la sensibilité profonde, en particulier les troubles des sensations kinesthésiques (sens musculaire, sens de la position, des attitudes segmentaires, de la pression, etc.). Ils ont un parallélisme assez fidèle avec les autres troubles de la sensibilité, et sont accusés aux extrémités des membres ( akinésies des extrémités de Verger) : le malade ne peut, les yeux fermés, indiquer la position de sa main, de ses doigts, si on les déplace; il laisse tomber les petits objets, qu’on lui met dans la main, etc. — Dans les cas de néo-

1. Celles-ci, d’après Wernicke, occuperaient le tiers moyen de la pariétale ascendante; et, d’après Williamson, le lobule pariétal supérieur.

2. Chatin, De la sensibilité thermique dissociée, chez les hémiplégiques ( Arch . de mCd., 1901, 1, p. 53).

plasmes cérébraux , on pourra en constater l’existence. — Mais, assez souvent il s’agit, dans ces circonstances, de phénomènes d’irritation de la fonction kinesthésique, tels que : parésies transitoires, fatigues subites, crampes musculaires ( akinesia algera de Mœbius), ou, fréquemment, de phénomènes ataxiques , dans les mouvements intentionnels. . .

Tous ces troubles sont plus spéciaux à la région sensilivomolrice , ou à son voisinage; ils doivent prendre rang parmi les divers éléments du diagnostic localisateur (cas de Dana; sarcome comprimant le centre du bras et de la main, ayant déterminé, outre des phénomènes moteurs, des troubles de la sensibilité, du tact, et du sens articulaire et musculaire ( amnésie tactile ) 1 .

A cet égard, une part très importante doit être réservée à la stéréoagnosie, telle qu’on la pratique aujourd’hui. — On sait qu’on désigne ainsi une fonction spéciale du cerveau, qui permet de reconnaître, les yeux fermés, le relief, la nature, la forme et le nom des objets placés dans la main, petits et grands, légers ou lourds. Elle suppose, comme le fait observer Gasne, la connaissance des sensations élémentaires, fournies par la sensibilité tactile (tact, pression, douleur, température, sensation kinesthésique, etc.).

En d’autres termes, selon Verger, la perception sléréognostique nécessite l’association de plusieurs groupes de neurones sensitifs et sensoriels, ayant pour but de faire surgir dans la conscience une image tactile. Or, comme on reconnaît aujourd’hui que dans les régions rolandiques se trouvent les éléments récepteurs des impressions tactiles et kinesthésiques des membres, il est logique d’admettre, au moins pour le membre supérieur, que Vastéréognose de la main indique une lésion ayant pour siège la partie moyenne des circonvolutions centrales. — Chipault, cependant, nie toute valeur localisalrice à la stéréoagnosie-, car, dit-il, elle peut se rencontrer avec des lésions de parties plus ou moins voisines des régions pariétales ou frontales. — Telle n’est pas l’opinion de Verger, qui, remarquant que la stéréoagnosie nécessite la collaboration de la sphère visuelle dit que, lorsqu’elle se joint à des crises d’épilepsie partielle du bras ou de la jambe, ou à une parésie légère, il y a une grande probabilité pour que la lésion se trouve en arrière, et qu’il faille la chercher au niveau du centre moteur atteint, vers la région pariétale voisine. Il en fut

1. Dana, Localisation des sensations cutanées et musculaires, et de leurs mémoires. Étude de l’aire motrice du cerveau ( Journ . of nerv. and mental desease, 1894, p. 961, et Rev. Neurol., 1893. p. 232).

Page 1