VIII . — Troubles des réflexes
Les ressources, à l’heure présente, fournies par l'examen des réflexes tendineux et cutanés, dans le diagnostic des tumeurs encéphaliques, se bornent à l’utilisation de quelques notions générales.
Déjerine dit : que dans les lésions localisées, à évolution lente (telles les tumeurs), qui atteignent la convexité dans la région motrice, il est de règle de trouver une exagération des réflexes. La raison en est qu’elles suppriment souvent l 'action modératrice ou inhibitrice du faisceau pyramidal, sur les cellules des cornes antérieures de la moelle. L'arc réflexe secondaire se trouve intercepté dans sa voie de retour.
D'après Crocq, la destruction expérimentale de l’écorce cérébrale provoque l'exagération des réflexes tendineux , et abolit définitivement les réflexes cutanés : les premiers emprunteraient la voie courte , et auraient des centres infra-corticaux, ne dépassant pas le mésocéphale; les seconds pourraient suivre la voie longue , jusqu’au cortex 1 2.
En d'autres termes, selon Von Gehuchten, les réflexes cutanés (abdominal, crémastérien, plantaire, etc.) sont liés à l'intégrité de la voie corlico-spinale, leur arc se fermant dans l’écorce. — Quant aux réflexes tendineux (achilléen, rotulien, du poignet, du coude, ou de l’épaule, etc.), ils se développent dans un arc, qui se ferme dans le noyau rouge, et ils sont liés à l'intégrité de la voie rubrospinale (voir fig. 33 et 34).
Il résulterait de ces données physiologiques que les tumeurs
1. P. Gasne, Sens stéréo-agnostique (Iconogr. Salpêtrière, 1898, n° 1). — Chipault (Gaz des llôp., juin, 1902). — il. Verger, Valeur séméiologique de la sléréo-agnosie (lieu. Neural., décembre, 1902).
2. Crocq (Congrès Internat, de méd. de Bruxelles) cl Jcndrassilc (de Budapest), Slierringlon (de Liverpool), Rapports sur la nature des réflexes tendineux (Congrès Inlern. de méd., Section de Neurologie, Paris, 1900).
SÉMÉIOLOGIE GÉNÉRALE
corticales ou sous-corticales, produiraient une altération ou une abolition des réflexes cutanés : les réflexes tendineux ne seraient atteints que par des lésions infra-protubérantielles. Mais, en pathologie clinique, les faits sont plus complexes1.
Au point de vue qui nous occupe, Y exploration des réflexes rendra principalement des services pour vérifier l’intégrité des cordons médullaires, fréquemment altérés dans les néoplasies cérébrales, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut (voir fig. 22 à 26 et p. 100).
1° Lorsqu’il s’agira de lésions du faisceau moteur pgrcnnidal, en raison de la suppression du rôle modérateur des lobes cérébraux, on constatera l’existence du réflexe en extension du gros orteil , accessoirement des autres orteils, de Babinski 2, ou le tibialisphenomen de Strumpell : souvent, il y aura, en même temps, exagération des réflexes rotuliens. — Il en était ainsi chez le malade dont Raymond a rapporté l’histoire à l’Académie de médecine, lors de la discussion de Dieulafoy (observ. de Cestan etLejonne) : celui-ci était porteur d’une tumeur du lobe frontal, qui, par compression de voisinage, amena une hémiplégie permanente droite, avec exagération des réflexes tendineux , signe des orteils en extension de Babinski, etc.) 3 4. — Chudzinski pour un autre néoplasme cérébral, trouva les réflexes tendineux forts, et les plantaires, faibles*.
2° Si les cordons postérieurs sont altérés, on constatera, comme dans l’ataxie tabétique, Y atténuation ou Yabolilion des réflexes rotuliens, et Y irrégularité des réflexes cutanés.
Dans une observation d’Hoffmann, de Dusseldorf, il y eut abolition bilatérale des réflexes tendineux, pour un gliome de l’hémisphère droit : on trouva une dégénérescence secondaire des faisceaux pyramidaux, à laquelle se joignait une dégénérescence d'une certaine étendue des cordons postérieurs5.
Le fait récent de Raymond est des plus instructifs. Chez une
1. Lenormand, dans ses Recherches anatomo-pathologiques, constate que la destruction des parties supérieures du névraxe (corlicalité, noyaux souscorticaux, protubérance) entraîne l’exagération des réflexes tendineux : les réflexes cutanés, quoique affaiblis, peuvent persister [Thèse de Paris, 1902, Localisation des réflexes). — Voir aussi Marinesco, Étude sur le phénomène des orteils (Rev. Neurol., 1903, p. 489). — Babinsky, Réflexes en éventail (Rev. Neurol., 1903, p. 1203). — Fraenkel et Collins (Med. Rec., déc. 1903, et Rev. Neurol., 1904, p. 432). — Réflexe de la jambe d’Oppenheim (Rev. Neurol., 1904, p. 589). — Réflexe achilléen et du tibial antérieur (Front, lap.). — Wallon et Paul (Rev. Neurol., 1904, p. 831).
2. D’après Von Gehuchten et autres, le réflexe de Babinski est un réflexe purement pathologique, dû à l’hyperexcitalion de la substance grise de la moelle, à sa diffusion, et non à un réflexe physiologique.