‹ Les tumeurs de l'encéphaleChapitre 80 sur 338 · TROUBLES PSYCHIQUES · texte numérisé non relu

TROUBLES PSYCHIQUES

et qui, en général, simulent assez bien, par leur développement lent et progressif, des ramollissements cérébraux ou un état de Démence paralytique. - Ordinairement, il n’existe pas de phe-

Fie. 87. — Sarcome de l’hémisphère gaucho (Brault et Lœper). U occupe F3, lu pai üe antérieure de F2, et empiète sur la face orbitaire, jusqu’au gyrus reclus Troubles P®Y ' paralytiques : hémiplégie droite progressive, aphasie, et obtusion intelleclue le. frontal est détruit jusqu’il l’extrémité antérieure de la capsule interne, mais es y gris ne sont pas entamés.

nomènes convulsifs, et les signes du syndrome sont absents, ou peu accusés. — Les paralysies s’établissent lentement, sourdement , par degrés, et semblent suivre , dans leur évolution, les progrès du néoplasme : elles consistent en des parésies, monoplégies, hémiplégies,

Fig.88. — Kyste hydatique de l'hémisphère droit (Brault et Lœper). — Troubles psycho-paralytiques : phénomènes parétiques, puis contracture du bras gauche en demi-flexion et pronalion ; obnubilation intellectuelle et surdité verbale ; hémianesthésie gauche complété. Lésions : destruction de la partie postérieure do la capsule interne au niveau du carrefour sensitif, du pèle postérieur du noyau extra-ventriculairo, d'une partie de T1, et du faisceau lemporo-occipital.

et aphasies motrices : il existe quelquefois des hémianesthésies. — Les troubles psychiques sont variables, précèdent ou accompagnent les phénomènes moteurs : ils n’ont aucun caractère spécial, et consistent, le plus souvent, en des amnésies, de la dépression intellectuelle, de la stupeur, de l’hébétude, de la confusion mentale, etc. — Les malades peuvent être également des

TUMEURS DES LOBES FRONTAUX

délirants, des hallucinés, avoir des accès de tristesse et de gaieté

tig. 89. — Même tumeur. Face inférieure de ^hémisphère (Brault et Lœper).

insolites, des crises de larmes, etc.; ils présentent en un mot le tableau symptomatique de certains ramollis.

Ces troubles psycho-paralytiques sont analogues à ceux que nous avons signalés déjà, dans les tumeurs des lobes frontaux,

Fig. 90. — Glio-sarcome de l’hémisphère gauche (Brault et Lœper). —Troubles psycho-para- } tiques . hémiplégie droite et aphasie; puis, contracture du membre supérieur droit, amnésie, crises de larmes, confusion mentale. — Tumeur du volume du poing, ayant deliuit le pied de 1*3, de Fa, et de Fo. Atrophie de la substance grise sous-jacente; capsule interne et noyau lenticulaire fortement comprimés.

où les troubles psychiques s’associent aux phénomènes moteurs, ou restent distincts des précédents, ou les suivent (voir fig. 87, 88, 89, 90).

Il est cependant deux considérations importantes, qui s’im-

ATAXIE FRONTALE -lU'î

posent, après la lecture du travail de Brault et Lœper : 1° dans les cas indiqués, les lésions étaient pénétrantes, et produisaient les paralysies, lorsqu’elles atteignaient, dans la profondeur, les irradiations motrices ou sensibles de la capsule interne; 2° le siège de la plupart de ces néoplasmes était la région frontale ou dans son voisinage. Il en était ainsi dans deux observations de Brault et Lœper, dans celle de Vermorel et Marie, de Dévie et Courmont, de Taylor, etc. (cités par Brault et Lœpei), de Dévie et Gauthier, et de Lannois et Porot, etc. L

D’où cette conclusion, importante pour le diagnostic : que les néoplasmes , qui présentent V association psycho-paralytique, siègent le plus souvent dans le lobe frontal, aux confins de la zone motrice. — Ce sont des tumeurs-frontières 2.

j) Accès de sommeil prolongé. Automatisme ambulatoire,

PHÉNOMÈNES PROCURSIFS.

Ces manifestations, dont nous avons déjà parlé suffisamment à propos de la symptomatologie générale (voir p. 83), se sont montrées très fréquentes, dans les néoplasmes frontaux ; mais il ne semble pas que cette localisation ait une valeur constante *.

k) Ataxie frontale.

Bruns insiste avec prédilection sur ce symptôme, qu’il considère comme important. Dans un cas, il lui permit de faire le diagnostic du siège de la tumeur; le malade fut opéré, et guérit.

1. Dévie el Gauthier ( Arch . cle méd., 1900, II, p. 765). Les exceptions sont : un kyste hydatique de la région temporo-sphénoïdale, comprimant la partie postérieure du lobe frontal (Brault et Lœper), un sarcome de la région pariétale sous-corticale du volume d’une mandarine, s’étendant jusque sous la frontale ascendante (Touche. Soc. anat., 1899, p. 816). — Lannois et Porot (Lyon med., oct. 1902).

2. D’après une observation récente de E. Cornu (Iconogr. Salp., 1904, p. 107). On peut observer les mêmes troubles psycho-paralytiques , en cas de tumeur centrale du lobe frontal, intéressant les irradiations capsulaires. L’afTeclion, chez une femme de 36 ans, avait évolué en 15 mois; elle présentait : 1° des troubles moteurs : parésie et maladresse des membres; 2° des troubles psychiques : affaiblissement intellectuel progressif; 3° des troubles de la parole; et elle Unit par tomber dans un étal démentiel. A l’autopsie, tumeur du volume d’une noix, de consistance osseuse, logée dans le lobe frontal sur la pointe du noyau caudé, atrophie cérébelleuse et bulbo-médullaire. En raison de la parésie des membres, du tremblement marqué de la langue et des lèvres, des hésitations de la parole, on avait cru d’abord à une paralysie générale, compliquée d’hémispasme facial rebelle, sans crises apoplecliformcs et épileptiformes.

3. Cas récent de T. -P. Cawen. Sommeil de huit mois pour volumineuse tumeur des lobes frontaux. (. lourn . of. ment, sc., avril 1902, et Arch. de neurol., 1903, p. 442.)

TUMEURS DES LOBES FRONTAUX

Dans un autre cas, au contraire, il induisit Hitzig en erreur • •en raison des troubles ataxiques, celui-ci crut à une tumeur du cervelet trépana sur l’occiput; en réalité, il' s’agissait d’une tumeur du lobe frontal \ — Il existe d’autres faits semblables.

L ataxie frontale consiste, essentiellement , en un trouble de l équilibré, dans la marche et la station debout.

Le malade ne décrit pas aussi nettement des zigzags, ne titube ■pas de la meme manière que dans les lésions cérébelleusesmais, lorsqu’on le met debout, il oscille à droite et à gauche et il tombe, si on ne le retient. Il parait affecté d ’astasie-abasie, comme dans le cas de Gœnas (ostéome de la faux de la duremere, comprimant le lobule paracentral) et celui de Raymond, Alquier çt Courtellemont (kyste dermoïde du lobe frontal).

Dans d autres cas, il se sent attiré en arrière, comme le malade de Marcel Labbé1 2 (fig. 66, 67).

Noeli et Wernicke attribuent cette ataxie à une faiblesse des muscles du tronc.

C est aussi 1 opinion de Bruns, qui n'admet guère une ataxie vraie, mais une parésie des muscles du tronc, et quelquefois de la tête et du ■cou, qui trouble la démarche, et empêche de garder l'équilibre. Il rappelle que Munie a placé dans les lobes frontaux, les centres des muscles du tronc; et qu’il attribue le grand développement de ces lobes, à leur rôle dans la station debout. Horsley et Schôffer ont aussi placé le centre des muscles du tronc, chez le singe, sur la .première circonvolution frontale (circonvolution marginale) : on conçoit que, si une tumeur occupe cette région, elle agisse sur les deux côtés à la fois, et trouble l’équilibre à droite et à gauche.

D ailleurs, nous savons, d’après Oppenheim et Bruns, que les tumeurs de cette région, déterminent de l’emprosthotonos et de •l’opisthotonos. Dans un cas de tubercule géant du lobe frontal, Biuns vit survenir une torsion de la colonne vertébrale, durable •et tonique, à convexité gauche.

Il n’est pas toujours facile de distinguer l’ataxie frontale de I ataxie cérébelleuse’, Bruns insiste minutieusement sur les signes différentiels : mais il nous semble que, le plus souvent, le diagnostic sera basé sur les troubles concomitants. — Quoi qu’il en

1. Hitzig (Thérapeut. Woc/iens., 1896, et Rev. neurol., 1896, p. 521).

2. Cœnas ( Loire méd., 1895, et Rev. neurol., 1895, p. 299).— Marcel Labbé (Soc. anal., 1896, p. 702). Voir les observations de Lépine, Burr, Eiselberg, Patel et Mayet, Ballet (toc. cit.). — Raymond : sa malade avait des chutes par faiblesse des jambes; plus tard, démarche spasmodique (Rev. neurol., 1901, p. 635). A rapprocher le syndrome immobilité, indiqué dans un cas, chez l'homme, par Dor, et observé par les vétérinaires. (Soc. de med. de Lyon, 1902, et Th. Bcrgès, Lyon, 1904.)

CONCLUSION

soit, il semble que Y ataxie frontale doive être considérée comme un signe de localisation.

Conclusions.

Si nous jetons un coup d’œil d’ensemble sur la symptomatologie des tumeurs du lobe frontal, nous voyons qu’elle offreune complexité de manifestations plus grande qu'on ne le pense communément.

On observe, fréquemment, des crises convulsives d’ÉPiLEPSiR PARTIELLE OU d’ÉPILEPSIE GÉNÉRALISÉE, — des parésies, des PARA- LYSIES de diverses natures , suivies de contractures; elles sont lerésultat d’une action du voisinage , sur les centres moteurs, ou sur les irradiations de la capsule interne.

Dans quelques cas particuliers, les troubles moteurs sont spéciaux au lobe frontal (paralysies des mouvements du tronc, de la tète et du cou, de la tète et des yeux, de la pupille).

On constate aussi assez souvent des troubles du langage (paraphasies, paragraphes, anarthrie, aphasie motrice), — des troubles intellectuels variés : torpeur, psychoses, ataxie frontale.

Il est très important de tenir compte de Tordre d’évolution de ces symptômes :

1° Si les troubles psychiques ont débuté, précédé les troubles moteurs , la tumeur a un siège frontal;

2° Elle peut occuper la région motrice, s’ils sont consécutifs et dus à l’action de voisinage, sur la région frontale, de la tumeur rolandique.

3U Enfin, s’ils sont contemporains, accusés dans les deux sens, si on est en présence des troubles psyciio- paralytiqubs décrits par Brault et Lœper, la tumeur est à cheval sur les deux régions, ou dans la zone tout à fait limitrophe (tumeur- frontière) , ou encore a envahi profondément la substance blanche, jusqu’à atteindre lesexpansions motrices capsulaires.

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