ZONE MOTRICE. GROSSES TUMEURS
Il est évident que les tumeurs qui occupent plusieurs départements de la zone motrice doivent se manifester par des troubles associés, propres à chacune des parties envahies : membies inférieur et supérieur (type cruro-brachial) ; membre supérieur et lace (type brachio-facial) ; langage, membre supérieur, et face (type brachio-facial, avec aphasie).
Les exemples de ces combinaisons abondent.
Albertoni et Brigatti, après des attaques d’épilepsie jacksonienue et généralisée, voient une paralysie progressive et lente envahir les membres supérieur et inférieur, en même temps que surviennent de la céphalée et de la névrite optique bilatéiale, (gliome du volume d'un œuf de poule, sur les régions motrices).
Pel et Korteweg : d’abord faiblesse des membres supérieur et inférieur, puis bras parésié et cuisse envahie, six mois après, atrophie des deux membres; il se joint des troubles de l’équilibre, et, par voisinage, de la paraphasie, et une déviation de la langue (gliome de 5 cm. sur 6 cm., sur la partie moyenne de la région rolandique; voir fig. 109 et 110).
Dans le cas de Kronlein, pour un gros tubercule du volume d’un œuf de poule, dans la partie moyenne et inférieure de P“, le bras et la face sont atteints.
Ces exemples suffisent, et il est inutile d’insister.
Il est plus important, pour la précision du diagnostic, de suivre I’ordre d'évolution, de progression, et le mode d' envahissement des centres voisins.
Dans le cas de Beevor et Ballance, la paralysie débuta au coude-pied. , un an avant leur opération, gagnant le membre de bas en haut; sept mois plus tard, la main droite est prise, et, très rapidement, toute l’extrémité supérieure; parole paresseuse; puis, surviennent des crises de vomissements, de la céphalée, de la névrite optique et de l’hébétude (gliome du volume d’une demiorange, dans la partie supérieure de la région rolandique).
De même Klippel et Jarvis, pour une tumeur de la partie supérieure des circonvolutions rolandiques et du lobule paracenlral, virent des tremblements et autres Lroubles débuter dans le pied , s’étendre à la jambe, puis au bras, et rester plus accusés au membre inférieur, où surviennent des névralgies violentes et une escarre.
Dans le cas de Wertheim, les troubles paralytiques occupent le membre inférieur droit, puis le supérieur; et, après un certain
temps, s’étendent au côté opposé, cle telle sorte que les quatre membres sont atteints (tumeur double, symétrique, dans les deux départements supérieurs de la zone rolandique).
Gomme exemples de types d 'évolution brachio-faciale ou faciobrachiale , je citerai les suivants : une malade de Gelos présente de l 'aphasie en mars 1900, avec pàrcilÿsie faciale ; en mai, le bras droit est tout à fait paralysé ; en août, la jambe droite est frappée; hémiplégique , elle meurt le 30 novembre. A l’autopsie, tumeur du volume d’une mandarine, qui a envahi toute la corLicalité motrice, et l’a détruite.
Jacobi, Gohl, et Winkler enlèvent une tumeur qui occupait le genou (commissure inférieure du sillon de Rolando), chez une femme, qui, en septembre 1897, après des crises convulsives caractéristiques, avait une monoplégie brachiale gauche ; en octobre, la langue se paralyse peu à peu, ainsi que la jambe, et elle devient hémiplégique.
Enfin, cas d’Eiselsberg, Hermanidès et Winkler : convulsions, il y a quatre ans, dans le côté gauche de la face , et troubles aphasiques-, les années suivantes, convulsions de la face et de la langue surtout; puis, celles-ci s’étendent au bras, à la jambe; les para- Igsies suivent la même marche (tumeur, ayant débuté dans la partie inférieure des circonvolutions centrales, pour envahir profondément les parties voisines de l’hémisphère) .
Presque toutes les tumeurs progressives et envahissantes aboutissent à la paralysie d'un côté du corps, avec ou sans participation de la face, avec ou sans aphasie; et le diagnostic, avec les hémiplégies des hémorrhagies et des ramollissements, ne peut se faire que par les caractères lents et progressifs de l’envahissement, et par les constatations de quelques-uns des signes du syndbome.
De plus, dans le dernier cas , les convulsions ne sont pas habituelles.
Il faut se garder de penser que les tumeurs qui produisent des hémiplégies occupent toujours la région motrice.
Dévie et Courmont ont constaté une hémiplégie , pour une tumeur du lobe frontal (région supérieure); de même Bruns, pour un néoplasme de la région supra-orbitaire .
Mills en a vu survenir une, pour une tumeur du lobe pariétal (occupant P1 et P2 et la partie moyenne de Pa, da ns la substance blanche).
Theohari a constaté la même hémiparalysie pour une tumeui des dernières temporales et de Yhippocampc.
GROSSES TUMEURS
Dans les deux premiers cas, on peut invoquer la compression de la zone motrice ou de Y expansion de la capsule interne ; dans ce dernier, il s’agissait d’une compression du pédoncule cérébral , ayant produit en même temps de Y hémianesthésie .
Tous ces faits montrent combien il serait désirable que l’examen anatomique des néoplasmes et des régions intéressées fût fait par coupes sériées, selon le mode usité par Déjerine1.
Les grosses tumeurs sont généralement de date ancienne , ou ont évolué rapidement ; elles se caractérisent, d’une part, par des paralysies étendues , complètes, profondes, par des hémiplégies avec participation de la face, et aphasie motrice', elles sont compliquées de contractures (main en griffe, bras fléchi; jambe en extension; pied en équinisme), et d 'atrophies musculaires, de troubles trophiques, etc. D’autre part, les céphalées sont violentes, paroxystiques, les vomissements répétés, la cécité est plus ou moins complète, Yinlelligence amoindrie, abolie, et le malade dans un état d 'hébétude et de torpeur. Bref, tous les signes du syndrome s’accusent de plus en plus, et des phénomènes de compression, du côté des nerfs de la base, font leur apparition (strabisme, perte de la vue, de l’ouïe, de l’odorat; paralysie faciale du côté de la tumeur).
Dans quelques cas, à certaines périodes de l’évolution, on croit à une paralysie générale, à cause des tremblements, de la faiblesse progressive, de la titubation, etc. (Rémond et Bauby). Quelquefois, il existe des crises de coma.
Les interventions, dans ces circonstances, voient leurs chances de succès diminuer de plus en plus. Cependant, même à ce degré, des opérateurs sont intervenus par la trépanation curative ou décompressive; Czerny a enlevé une tumeur de 205 gr., Stokvis et Korteweg une de 120 gr., ainsi que Wayenburg et Woestermann. Baudet, Guldenarm et Winkler, ont attaqué un néoplasme de 210 gr. sans réussir à l’enlever en entier2.
d. Albertoni et Brigatti, Rev. neurol., 1893, p. 323; Pel et Horteweg, Chic, nerv. de Chipault, 1902, p. 670 ; Krônlein, Trav. neurol. de Chipault, I, p. 107; Beevor et Ballance, id., I, 108; Klippel et Jarvis, Rev. neurol., 1901, p. 1027 ; Wertheim Chir. nerv., I, 681; Celos, Soc. anat., 1900, p. 1029; Jacobi. Gohl, etc., Chir. nerv., I, 679; Eiselsberg, id., p. 716; Dévie et Courmont, Rev. neurol., 1897, p. 442; Bruns, Rev. neurol., 1899, p. 139; Mills, Rev. neurol., 1902; Theohari, Soc. anat., 1897, p. 239.
2. Rémond et Bauby, Rev. neurol., 1893, p. 417; Diller, Rev. neurol., 1895, p. 479; Czerny Vierordt, Rev. neurol., 1895, p. 445; Stokvis, Wayenburg, Baudet {in Chipault, toc. cil.).
Conclusions.
Le vaste empire, occupé sur les hémisphères cérébraux par la zone sensitivo-motrice explique : que les manifestations des tumeurs qui s y développent présentent les variétés les plus nombreuses, et les allures les plus diverses.
Pour arriver à un diagnostic suffisant, il faut étudier avec soin, non seulement les divers symptômes moteurs et sensitifs qui les révèlent; mais encore considérer leur date d’apparition, — leur ordre d’évolution, — leurs rapports avec la topographie des
CENTRES CORTICAUX.
Et se souvenir constamment que les troubles sensilivo-mo leurs peuvent avoir une autre origine, souvent décelable, heureusement, par quelques symptômes spéciaux, en rapport avec la région où ils résident.