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CHAPITRE V

TUMEURS DU LOBE PARIÉTAL

Les fonctions dn lobe pariétal et données anatomo-cliniques. — Tumeurs des lobules pariéLaux supérieur et inférieur; monoplégies de voisinage; les troubles de la sensibilité profonde, retentissement sur les centres des membres supérieur ou inférieur; — L’Apraxie; — Blèpharoptose.et déviations de la tête et des yeux. — Tumeurs du lobule et du pli courbe : l’hémianopsie, l’aléxie, l’agraphie et l’aphasie sensorielle. — Grosses tumeurs. Synthèse.

Les recherches que nous avons faites sur les tumeurs du lobe pariétal nous permettent de dire ; qu'en l’état actuel de nos connaissances, elles peuvent être diagnostiquées, dans la plupart des cas, avec une sûreté assez grande, assez constante, pour permettre une intervention hâtive, seule réellement efficace.

De fait, nous voyons Raymond, dans une de ses cliniques, en présence des symptômes offerts par le malade, affirmer l’existence d’une tumeur pariétale, et Mills suggère à Keen une intervention, qui réussit pleinement.

Au point de vue qui nous occupe, il convient de distinguer, dans le lobe pariétal, trois parties :

1° Le lobule pariétal supérieur, à large implantation sur la moitié supérieure de la pariétale ascendante, et son annexe de la face interne de l’hémisphère, le lobule quadrilatère.

2° Le lobule pariétal inférieur, qui. en avant, se fixe par un pied étroit sur l’extrémité inférieure de la pariétale ascendante. — La scissure interpariétale sépare les deux lobules.

3° Le lobule du pli courbe et le pli courbe.

L’expérimentation et, plus encore, la clinique montrent que le lobule pariétal supérieur a des fonctions en rapport avec les phénomènes de la sensibilité tactile , et surtout avec la sensibilité profonde.

TUMEURS DU LOBE PARIÉTAL

Le lobule inférieur et le pli courbe jouent, en outre , un rôle important dans les fonctions du langage, en particulier dans la vision des mois , et par conséquent dans la lecture et I’écriture. — Aussi bien que les lésions destructives des hémorragies et des

Fig. 1 13. — Lobules pariétaux, et sillon inter-pariétal. Face postérieure et externe de l'hémisphère gauche (Déjerine).

D, gyrus rectus d’Ecker ; — Fj, F2, F3, lr0, 2e et 3e cire, frontales ; — f2. 2’ sillon frontal ; — F3 (c) cap de la 3° cire, frontale; — Fa, cire, frontale ascend. ; — Gsm, Gyrus supra-margin. ; — i, sillon de l'insula; — la, insula antérieure; — io, sillon inter-occipital ; — Ip, iusula postérieur; — ip, sillon inter-pariétal; — ipo, incisure pré-occipitale; — ipop, incisure pariétale de l'opercule; — / , incisure de Jensen ; — K”, épieron inférieur de la scissure calcarine ; — Oj, 02, lr“ et 2* circonv. occipit. ; — 02, 2° sillon occipital ; — 0F3, partie orbitaire de la 3e cire, front. ; — OpF3, opercule de la 3e cire, front. ; — OpP, opercule pariétal; — OpR, Opercule rolandique; — P,, lrc cire, pariétale; — P2, 2S cire, pariétale ; — Pa, cirepariétale ascendante; — Pc, pli courbe; — PI, Pûle de l’insula; — pF3, pied d'insertion de la 3' cire, front.; — po, scissure pariéto-occipitale ; — por, sillon post-rolandique; — pri, sillon prérolandique inférieur ; — prs, sillon prérolandique supérieur; — ^d, pli anastomotique profond du sillon interoccipital; — ^G^ „G2, premier et deuxième plis verticaux de Gromier; — rP2, pied d'insertion profond de la cire, pariétale inférieure; — i:p, pli de passage interrompant la scissure de Rolando ; — R, scissure de Rolande ; — S, scissure de Sylvius; — S (v), branche verticule de la scissure de Sylvius: — T[, T2, lr0 et 2" cire, temporales; — fj, sillon parallèle ou Pr sillon temporal; — t, branche verticale du sillon parallèle ; — Tp, circonv. temporale profonde; — ip, sillon temporal profond.

ramollissements, les tumeurs de cette région de l’encéphale font apparaître certaines variétés oT aphasie sensorielle ou de compréhension. Celles-ci offrent alors quelques caractères distinctifs.

D’autre part, nous savons que l’existence, au voisinage du pli

TUMEURS DU LOBULE PARIÉTAL SUPERIEUR 2;jl

courbe, des irradiations optiques, explique que sa lésion entraîne parfois des hémianopsies (fig- 126, 128).

Dans ce même pli, ou à son voisinage, Grasset et Landouzy ont placé un centre pour les mouvements associés des globes oculaires (centres directeurs du regard de Grasset, centres sensoriomoteurs postérieurs de J. Roux), et un autre pour les mouvements

simultanés de la tête et des yeux.

Enlin, le releveur des paupières et aussi Y orbiculaire , organes protecteurs de l’œil, seraient, dans certaines conditions, soumis à l’action de cette partie du cortex , dont la lésion expliquerait, d’après Landouzy , Chaufïart, Lemoine, Surmont et Herten, l’apparition de certaines blépharoptoses (Ptosis cortical).

Le diagnostic topographique des néoplasmes pariétaux se déduit de ces données anatomo-cliniques.

Tumeurs du lobule pariétal supérieur (P ').

La manifestation la plus caractéristique des tumeurs du lobule pariétal supérieur réside dans des troubles de la sensibilité, surtout de la sensibilité profonde'.

Il s’y joint des troubles convulsifs et par alg tiques, pour peu que les néoplasmes soient rapprochés de la pariétale ascendante, ou assez volumineux pour la comprimer.

Un bel exemple de cette symptomatologie, nous est fourni par Bruns, qui observa, chez un malade âgé de de cinquante-cinq ans, des troubles de la sensibilité dans la moitié droite du corps, surtout dans te membre supérieur, caractérisés par la perte des sensations tactiles et douloureuses, et du sens stéréognostique et de position des doigts et, plus tard, par des douleurs névralgiques : en même temps, il y avait impotence du bras droit, parésie de la jambe, titubation. Dans une période ultérieure, la tumeur progressant, il y eut une hémianopsie droite totale, des symptômes d 'aphasie sensorielle, et un ptosis de l’œil droit. Il s’agissait d’un fongus de la dure-mère, ayant détruit le lobule pariétal supérieur gauche. Bruns était arrivé au diagnostic en remarquant que la tumeur progressant avait produit : en avant, de Y hémiparésie

I. Oppcnheim s’exprime ainsi : « C’est dans celle région que les troubles sensitifs sont ordinairement le plus accentués, en particulier, les troubles de la sensibilité profonde et de la sléréognose, auxquels s’associent des phénomènes ataxiques, et c’est un élément du diagnostic localisateur, très important ». [Die Gesclmulste der Gehirns, p. 116, 1902.)

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droite-, en arrière, de Y hémianopsie-, et, en bas, de Y aphasie sensorielle. Le pli courbe n’était pas atteint, puisqu’il n'existait pas d'cilexie' .

Le cas de Raymond est remarquable par l'analyse délicate et précise qu’il en présente dans ses Leçons cliniques. Il s’agit d’un employé des postes, qui eut d’abord des engourdissements dans la main gauche, et qui, ne pouvant faire le mouvement d’opposition du pouce, devint d’une maladresse insigne dans le triage des lettres; chez lui, la sensibilité profonde surtout était atteinte; et ses troubles s’accentuèrent de plus en plus, jusqu’à faire perdre à la main les notions de poids, de position, de température; jusqu à la rendre hypoesthésique et ataxique, dans les mouvements. Les signes classiques d’une tumeur s’étant peu à peu développés. Raymond n hésita pas à en fixer le siège dans le lobule pariétal supérieur . Il existait, en même temps, une paralysie associée des mouvements de latéralité des globes oculaires2.

Dans l’observation de Mills et Spilier, survinrent, par accès, des sensations de picotements, de lourdeur, des phénomènes ataxiques, dans le bras droit surtout; puis, la sensibilité cutanée s’altéra dans toutes ses formes, et lesens musculaire se perdit : il s’y joignit un peu de parésie du membre, de l’amnésie verbale, etc. — Keen, le diagnostic étant posé, opéra, et enleva un endothéliome kystique, comprimant l’écorce de P1; le malade guérit peu à peu, et, trois mois après, était dans son état normal a.

Les tumeurs du lobule quadrilatère [Precuneus), dépendance du lobule pariétal supérieur, située à la face interne de l’hémisphère, s’annoncent par des troubles de compression du centre visuel (cuneus) et du cervelet sous-jacent, c'est-à-dire par de 1 hémianopsie et des symptômes cérébelleux. Oppenheim en rapporte et en ligure un bel exemple dans son Traité (p. 125, fig. 18).

Si la tumeur est petite, superficielle, voisine de la région motrice, et met en jeu l’hyperexcitabilité du cortex, on peut voir survenir uniquement des crises d’épilepsie généralisée, à accès fréquents, comme dans le fait de Magalhaès Lemos (fig. 114); mais, là encore, le diagnostic topographique eût été possible, en raison de Yaura toute spéciale que présentait le malade : il éprouvait, chaque lois, des fourmillements , un engourdissement, une sensation motrice de la jambe; il eut, parfois, des hallucinations, qui

■I. Bruns (Arch. de neurol. , 1890, II, p. 493).

2, Raymond ( Cliniques , V, 1901, p. 121).

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