C. — Fibro-myxomes
Les obscrvc^tions de libro-myxome de la vessie sont fort rares ; la plupart dés auteurs en parlent en les confondant avec les myxomcs purs dans une description commune ; mais, si l'on veut les étudier de près, on n'en trouve guère d'observations concluantes. Je ne puis citer que les observations de Schatz (l),de Brennecke (2) et celle de Briquet (3). A ces cas, j'ajoute, pour mon compte, celui de l'observution 37.
Toutes ces tumeurs étaient pédiculées, à surface lisse, de con-
(1) SciUTZ. Arc/iiv. fiir GynàUologic, X, 1876.
(2) niiEKNECKE. CeiUralhl. fUr Gyiidl;. III S. 1879.
13) BiuQUET. Journ. de Se. Mcd. de Lille, 1890, vol. I, p. 40/ .
GROUPE ATAVIQUE. FIBRO-MYXOMES llo
sistance ferme ou assez molle. Les fibro-myxomes siègent sur la paroi postérieure de la vessie, tantôt auprès du col, comme dans robservation de Briquet, tantôt au niveau du bas-fond, comme dans notre observation. Petites, pour la plupart, venant même faire saillie à travers l'urèthre, comme chez la femme dont Brennecke a rapporté l'histoire, ces tumeurs peuvent parfois cependant acquérir un volume énorme ; c'est ainsi que j'ai vu, chez un homme de 55 ans, une énorme tumeur, plus grosse que la tête d'un fœtus, remplir toute la cavité de la vessie (obs. 79). Cette tumeur s'attachait, par un pédicule, large à peine d'un centimètre et long de deux centimètres, sur le bas-fond de la vessie à peu de distance de la base du trigone. Je ne saurais mieux faire, pour donner au lecteur ime idée exacte de cette tumeur, que de le renvoyer à la planche VII qui représente, chez un autre malade, un carcinome absolument semblable, au point de vue macroscopique, au fibro-myxome en question; ces deux tumeurs se ressemblaient à tel point que j'ai jugé inutile de les reproduire toutes deux. Je ferai remarquer, outre la petitesse relative du pédicule, l'absence d'envahissement de la paroi de la vessie : ce sont là d'excellentes conditions opérçitoires, qui démontrent que, même lorsqu'on se trouve en présence de tumeurs très développées, il est possible de guérir les malades par une intervention que justifie d'autant mieux l'espoir, en l'espèce légitime, de l'absence de récidive.
Histologie. — Les fibro-myxomes de la vessie ont été décrits pour la première fois par Schatz, qui les considéra comme des formes de transition entre les polypes villeux et les myxomes.
Je remarquerai, ici, comme pour les myxomes purs, que dans la vessie le tissu muqueux n'aifecte pas très volontiers la forme de cellules étoilées, mais bien plutôt celle d'éléments cellulaires arrondis, séparés par une grande quantité de substance amorphe granuleuse. Dans certains cas pourtant, comme l'a vu Briquet, et ainsi que le démontrent nettement quelques-unes de mes préparations, le fibro-myxome de la vessie présente l'aspect ordinaire à ces néoplasmes lorsqu'ils siègent dans d'autres organes.
116 TUMEUliS NIÎES DU TISSU CONJONCTIF
Les fibro-myxomes ne sont pas très vasculairos et on peut voir parfois qu'un grand nombre de leurs vaisseaux, ont des ])arois hyalines.
Groupe adiillo.
A. — Fibromes.
Il règne une certaine confusion au sujet des llljronies de la vessie. Rokitansky a décrit des fibromes noueux situés au-d(!ssous de la muqueuse vésicale. Ces observations paraissent fort contestables, et il me paraît juste dépenser, avec Klebs, que Rokitansky a décrit des lésions de la prostate, des nodules d'hypertrophie prostatique. En dehors de ces descriptions, on ne trouve dans les autours que des observations intitulées, lantùt polype fdjrcux, tantôt fibrome papillaire. La variété de ces dénominations indique combien le diagnostic histologique doit être diflicile dans certains cas. En fait, il y a des transitions infinies, depuis la tumeur pédiculée, dans laquelle la partie conjonctive de la masse néoplasique est si peu importante, qu'elle ne représente qu'une légère charpente soutenant la construction épithéliale, jusqu'à la tumeur formée presque complètement par du tissu conjonctif adulte, et simplement recouverte d'une couche épithéliale d'épaisseur variable.
Les vrais fibromes sont rares, je n'en ai vu que deux cas, le premier fut opéré par M. Bazy; le second, qui s'attachait en arrière de l'uretère droit, se présentait sous la forme d'une tumeur, grosse comme une petite noix, pédiculée et partagée en plusieurs lobes. A la coupe, ces tumeurs paraissent formées par un gros axe conjonctif dont les divisions s'épuisent vite, avi lieu de se continuer et de pousser à l'extrême leurs ramifications jusqu'à former des languett(;s microscopic[ues, comme nous l'avons vu dans certaines tumeurs épithéliales ; mais, je le répète, tous les intermédiaires existent entre ces types anatomiques.
Au point de. vue de la structure., ces fibromes, ou mieux, pour nous en tenir aux formes connues, ces polypes fibreux, ne présentent
GROUPE ADULTE. FIBROMES. ANGIOMES 117
d'autre particularité que l'existence fréquente de nombreuses fibres musculaires dans leur masse conjonctive.
La surface de ces tumeurs est revêtue par l'épithélium normal, un peu épaissi, de la muqueuse vésicale, dont le derme est confondu avec le stroma du néoplasme.
B. — Angiomes.
On trouve, dans les auteurs, trois observations étiquetées « angiome ». La première appartient à Gross (1), de Philadelphie. Cet auteur trouva, à l'autopsie d'une femme de 72 ans, qui avait eu des hématuries, une tumeur molle, spongieuse, dont la surface irrégulière ressemblait à un chou-fleur. M. Le Dentu a fait observer, au sujet de cette observation, que rien ne justifie le diagnostic angiome, et qu'il semble plutôt que la description se rapporte à un papillome. En effet, Gross ne donne pas la description histologique de sa tumeur.
La seconde observation est due à Broca (2), qui s'exprime ainsi : K Quoique les fongus de la vessie soient presque toujours cancéreux, ils sont quelques fois purement érectiles. J'en ai eu la preuve la plus concluante, en 1863, à la Salpêtrière. A l'autopsie d'une vieille femme atteinte depuis 10 ans d'hématurie, j'ai trouvé, dans le basfond de la vessie, une petite tumeur rouge, parfaitement circonscrite, nettement pédiculée, grosse comme une noisette, limitée à la membrane muqueuse et exclusivement constituée par un lacis de vaisseaux capillaires dilatés ».
Ce cas est contesté, parce que Broca n'a pas observé les granulations de Porta et parce que la tumeur n'était pas reliée au reste de l'organe par des ramifications vasculaires diffuses. Ces raisons ne me paraissent pas très concluantes, car un certain nombre d'angiomes, même de la peau, présentent les mêmes caractères négatifs que celui décrit par Broca dans la vessie.
La troisième observation d'angiome de la vessie est due à Lan-
(1) Gross. A practical treatise on llie uritiary orgaiis, 1851, p. 265.
(2) Broca. Traité des tumeurs, vol. II, p. 211.
118 TUMEl'nS NÉES DV TISSU CONJOXCTIF
glians. Elle est citée par plusieurs auteurs allemands qui donnent une indication bibliographique {]'irc/ioiv's Arc/i., 1886) que j'ai vérifiée n'être pas exacte.
J'ai observé une petite tumeur qui est un vrai angiome de la muqueuse vésicale (obs. 27). C'était un homme do G'i ans (pii présentait des hématuries ayant tous les caractères de spontanéité propres aux pissements de sang des néoplasiques. Les pertes de sang l'urout si abondantes que le malade, épuisé à roxtréme. et opéré pour ne pas le laisser périr sans avoir tout tenté, succomba pendant la chloroformisation, alors que la vessie venait d'être ouverte par M. Guyon. En examinant très attentivement la muqueuse vésicale, nous vîmes, à 2 cent, en arrière du trigone, entre les deux uretères, une très petite tumeur lisse, rouge violacé, molle, de la grosseur d'un pois, qui s'attachait à la vessie par une large base. Tout autour de ce petit néoplasme, la muqueuse avait une teinte violacée.
Au microscope, on voit que le corps de cette tumeur est formé par de larges capillaires sinueux avec des dilatations ampullaircs, séparés les uns des autres par un peu de tissu conjonctif : les vaisseaux s'avancent superficiellement jusqu'au-dessous de l'épithélium qui, dans les quelques endroits où il est conservé, présente la structure normale de l'épithélium de la vessie.
La structure angiomateuse de cette tumeur nous rond bien compte des terribles hémorrhagies qui tuèrent notre m;dado, mais d'autres tumeurs, petites aussi, et qui appartiennent aux classes histologiques les plus bénignes, aux tumeurs épithéliales typiques, peuvent également tuer par hémorrhagie. Nous reviendrons sur ces faits dans la partie clinique de ce livre.