TUMEURS NÉES DU TISSU MUSCULAIRE
Myôrnes.
Les auteurs se sont jusqu'à présent fort peu occupés de cette variété de tumeurs de la vessie, qui présentent cependant un intérêt considérable pour le chirurgien. Les myôrnes, en effet, sont des tumeurs qui n'ont pas de tendance à envahir les tissus voisins et qui souvent sont justiciables d'une opération radicale; je sais bien, et je dirai plus loin, que les résultats opératoires obtenus, jusqu'à ce jour, ne sont pas très brillants, et combien la récidive est à craindre ; mais je crois qu'on est autorisé à dire qu'une plus complète connaissance de ces néoplasmes imprimera à la pratique chirurgicale de l'avenir une orientation nouvelle et meilleure.
Les niyômes sont des tumeurs rares. Je n'ai pu en étudier, personnellement, qu'un seul exemple, que je dois à l'obligeance de M. Hartmann; mais j'ai recueilli dans les différents auteurs, jusqu'à 21 observations. Leur intérêt me paraît justifier le tableau ci-joint qui résume ces observations. Dans ce chapitre, je ne parlerai que de l'anatomie pathologique des myômes.
Aspect macroscopique. — Les myômes se développent tous aux dépens des éléments musculaires de la vessie ; seulement, tandis que les uns restent inclus dans l'épaisseur même des parois du réservoir, les autres, au cours de leur évolution, parviennent dans l'intérieur de la cavité ; enfin, dans une troisième catégorie de cas, les myômes se développent à l'extérieur de la vessie et deviennent des néoplasmes vraiment excentriques. Il nous semble qu'on est en droit, au point de vue du siège et de l'évolution des myômes, d'établir une comparaison entre la vessie et l'utérus.
En me fondant sur ces analogies je pourrais diviser les myômes de
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la vessie en cavitaires, interstitiels et e.rceiitrir/iies. Cotto classification paraît satisfaire à la fois ranatoniie patliolno-ique, la clinique et le traitement opératoire ; il ne faut pourtant pas perdre de vue que, comme cela arrive dans ruténis, les myùmes ne sont interstitiels que pendant un certain temps, et que leur (■vulution les porte presque toujours du côté de la cavité de l'organe où ils viennent proéminer en repoussant la muqueuse. Au point de vue exclusivement chirurgical il faut donc distinguer : i" d(^s tumeurs ([ui font saillie dans l'intérieur de la cavité de la vessie et qu'il faut attaquer de ce côté ; ce sont les vrais myômes cavitaires, pédicules ou sessiles, et 2° des tumeurs qui, nées dans les parois de la vessie, s'accroissent dans les tissus périphériques; ce sont les myônips excentriques, analogues aux corps fibreux sous-péritonéaux et (jn'il faudra opérer sans ouvrir la cavité vésicale.
Les myômes cavitaires se présentent sous la forme de tumeurs pédiculées ou sessiles, faisant saillie dans l'intérieur de la cavité vésicale : dans les cas que j'ai réunis, on trouve 4 tumeurs pédiculées, affectant la forme de végétations, et 11 tumeurs sessiles.
Le plus souvent ces mj^ômes siègent dans la paroi postérieure de la vessie, à peu près aussi fréquemment au niveau du lias-fond que sur le trigone ou aux alentours du col. Plus rarement encore, on trouve ces tumeurs sur la paroi antérieure.
Là surface de ces tumeurs est lisse ou lobulée à larges lobes, ressemblant beaucoup à celle des fibro-myômes de l'utérus. Dans 3 cas, la tumeur était recouverte de villosités. La consistance des myômes est ferme, leur tissu, dur, crie à la coupe comme celui des néoplasmes analogues de l'utérus ; ce n'est qu'à la suite de transformations régressives que les myômes deviennent mous ; et dans ces cas, on peut les trouver ulcérés ; ou encore, ainsi que^'olkmann l'a constaté, il peut s'en détacher des fragments que le malade expulse pendant la miction.
Il est intéressant de connaître les rapports des myômes avec les parois de la vessie. Lorsque ces tumeurs sont pédiculées, le pédicule, entouré par la muqueuse, contient du tissu conjonctif et des fibres musculaires qu'on a vues (Belfield) reliées à la couche musculaire de la vessie sous forme de tractus.
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Lorsque les myômes affectent une apparence sessile, ils sont en rapport direct avec la tunique musculaire de la vessie et tout particulièrement avec la couche la plus interne de cette tunique, qui semble en être le plus souvent le point de départ. La muqueuse est soulevée par la tumeur et amincie par distension. Aussi bien du côté de la muqueuse que du côté de la musculeuse de la vessie, les myômes sont souvent entourés par du tissu conjonctif lâche : ces tumeurs se trouvent ainsi encapsulées et on peut les décortiquer comme on décortique un fibro-myôme de l'utérus. Dans certains cas, la muqueuse vésicale est non seulement amincie, mais encore altérée dans sa structure : on l'a vue ulcérée (Volkmann, Eve) ou même être le point de départ d'un épithélioma qui envahit secondairement le myôme sous-jacent. Je me réserve d'ailleurs de revenir sur ces faits, qui sont aussi intéressants avi point de vue clinique qu'au point de vue pathogénique.
Comme les libro-myômes utérins, les myômes de la vessie pouvent présenter un mode de développement excentrique. On a publié deux cas de ces myômes excentriques : le premier en date est celui de Belfield, le second est le cas de Polaillon et Legrand.
En 1881 Belfield trouva, à l'autopsie d'une femme de 50 ans, une petite tumeur, de la grosseur d'une noix, attachée à la face extérieure de la paroi latérale gauche de la vessie ; quatre brides minces rattachaient cette tumeur à la tunique musculaire de la vessie. L'examen microscopique fit voir qu'il s'agissait d'un myôme très peu vasculaire, formé par des fibres musculaires lisses, disposées en faisceaux, séparés les uns des autres par une petite quantité de tissu conjonctif.
MM. Polaillon et Legrand ont publié, en 1888, un remarquable exemple de myôme excentrique de la vessie dont le poids atteignait 3200 grammes. On avait porté pendant la vie le diagnostic de tumeur polykystique del'ovaire, avec quelques réserves sur la possibilité d'un fibro-myôme de l'utérus, bien que la tumeur, qui remplissait le ventre, parût indépendante de la matrice. M. Polaillon pratiqua la laparotomie, trouva une énorme tumeur pédiculée, et l'extirpa en fixant son pédicule à la paroi abdominale. Le résultat