‹ Les Tumeurs Du Ligament Rond De L'UtérusChapitre 14 sur 38 · THÉORIES ACQUISES · texte numérisé non relu

THÉORIES ACQUISES

a) THÉORIES DE L'HÉTÉROTOPIE. — Ces théories font intervenir l’ectopie, ou les modifications morphologiques du tissu adulte : muqueuse ou péritoine, à la suite d’un processus d’inflammation chronique.

u. Théorie muqueuse. — Cullen affirme que la majorité des adénomyomes dérive de la muqueuse utérine adulte. Son ar- gument principal est l'identité de structure et de fonction. Il a essayé de démontrer la continuité des éléments adénomyomateux et de la muqueuse utérine (55 cas positifs sur 73). De plus, la continuité a pu être démontrée expérimentalement par injection de liquide coloré. La cause en serait la salpingite modulaire (R. Meyer, sur 31 cas d’inflammation chronique, a trouvé dans 28 cas la présence d’un processus d’évagination épithéliale).

B. Théorie séreuse. — À cause de la fréquence des localisations extra-génitales de l’adénomyome, l’origine de l’adénomyome serait une métaplasie des cellules endothéliales du péritoine en cellules épithéliales cubiques. Cette métaplasie se ferait à la suite d’une inflammation.

y. Ces deux théories précédentes ont été réunies par Meyer sous le nom d’hétérotopie épithéliale bénigne inflammatoire. Pour Meyer, du fait de l’inflammation chronique, l’épithé- Hum acquiert un pouvoir infiltrant. Cet envahissement serait un processus de cicatrisation qui dépasserait son but.

Ô. Théorie de l'hétérotopie non inflammatoire. Dans cette théorie, les hormones ovariennes jouent un rôle primordial. Ce rôle a été mis en valeur par Robinson. 11 se base sur les. réactions de l’adénomyome au moment de la menstruation et de la grossesse. Pour Robinson, le rôle directeur des hormones pourrait s'exercer sur tous les épithéliums d’origine cœlomique, qu’il s'agisse du péritoine ou de l’épithélium utérin et tubaire. Cette théorie est:la plus extensive. Elle englobe la genèse de tous les adénomyomes, même ceux du ligament

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rond et de l’ombilic, car il existe à ces endroits des restes péritonéaux.

Quelques auteurs ont incriminé le traumatisme dans la genèse. Mais dans un tiers des cas observés, les malades n’ont pas eu d’enfants et nient tout traumatisme.

Pour Artusie et Kitai, la cause essentielle de l’adénomyomatose serait l'hyperrégénération de.l’épithélium et du stroma de la muqueuse utérine.

« Tous ces facteurs ne doivent pas être considérés comme agissant seuls. Bien au contraire, ils peuvent agir simultanément, et leur ensemble donne une explication très satisfaisante du phénomène de l’hétérotopie épithéliale. Celle-ci, ainsi étayée de nombreux arguments, peut être tenue avec vraisemblance comme la lésion causale de l’adénomyomatose » (Michon et Comte.)

b) THÉORIES DES GREFFES : à

a. Greffes par reflux du sang menstruel dans les trompes (Sampson, Lauche, Donald), — Le sang menstruel contient des cellules épithéliales desquamées et même des fragments de muqueuse. Ces fragments se greffent au niveau du follicule rompu. Il se forme là un kyste, qui, du fait de son augmentation de volume au moment de la menstruation, se rompt et se greffe au péritoine. Cette théorie, basée sur les recherches expérimentales de Jacobson, n’explique pas les adénomyomes du ligament rond. Sampson s'efforce de démontrer que ceuxci sont secondaires à une endométriose pelvienne ou simplement utérine. Ils se propageraient par voie veineuse ou lymphatique. Ceci nous amène à la théorie suivante.

B. Greffe par métastase vasculaire où hystéro-adénose métastatique (Alban). — Pour qui connaît la puissance d'absorption du péritoine, l'hypothèse de Sampson du transport par les lymphatiques le long du ligament rond et jusque vers l’aine d’une endométriose péritonéale, due elle-même à une greffe par reflux menstruel, ne semble pas invraisem-

blable,

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Mais alors nous serions obligés de reconnaître que l’adénomiose se propage par métastase. Il serait bien extraordinaire alors de ne trouver ces tumeurs que dans des endroits où il peut exister des restes péritonéaux. |

Il est possible d’opposer à la conception pluraliste, qui, pour chaque localisation, envisage une origine spéciale, des théories univoques aptes à expliquer à elles seules toutes les localisations.

a) Explication pluraliste. — On admettrait pour l’utérus la théorie muqueuse, pour les cornes et le ligament rond la théorie wolffienne, pour les locations péritonéales la théorie séreuse, et pour les cicatrices de laparotomie la théorie des greîtes.

b) Explications univoques. — On peut choisir alors entre la théorie congénitale ou dysembryoplasique et la théorie de l’hétérotopie épithéliale acquise.

Il est évident qu'une explication pluraliste ne satisfait pas l’esprit pour expliquer la pathogénie de tumeurs, qui, bien qu'elles siègent en des points éloignés, ont pourtant une structure semblable.

La théorie wolffienne nous paraît devoir être rejetée. Les pseudo-glomérules et peut-être le glomérule vrai de Chevassu ne sont que des saillies du tissu cytogène. De plus, cette théorie n’explique qu’un petit nombre d’adénomyomes. On peut également se demander pourquoi on ne trouve les adénomyomes que chez la femme! il est étonnant que des vestiges du corps de Wolff chez l’homme ne puissent donner une prolifération endométriale. On doit remarquer que les débris du corps de Wolff trouvés à l’autopsie sont plus souvent à gauche qu'à droite, et que les tumeurs qui nous occupent sont au contraire plus fréquentes à droite.

La théorie mullerienne dysembryoplasique expliquerait tous les cas; mais pourquoi, alors, les adénomyomes ne se

La

développent-ils pas dès la puberté, au moment ou les hormones ovariennes agissent sur la muqueuse utérine ?

Les deux origines muqueuse et séreuse de l’endométriome correspondent à des localisations différentes, représentant en somme deux formes d’un même processus (hétérotopie épithéliale bénigne de Meyer). Pour expliquer l'unification de ces processus sous le même nom et expliquer le pourquoi de la métaplasie de l’épithélium péritonéal en cellules endométriales, on doit faire intervenir l’origine commune des éléments épithéliaux de l’utérus, de la trompe..…., dérivant de l’épithélium cœlomique. Les éléments remaniés par l’inflammation et ramenés à l’état de tissus non différenciés peuvent obéir à l’action des hormones ovariennes. Vue sous cet angle très large, l’hétérotopie, due à des facteurs inflammatoires ainsi qu'à des facteurs hormoniques, explique toutes les localisations. HE

La théorie des greffes est séduisante à première vue, mais son explication des localisations extra-inguinales ne repose que sur des hypothèses. |

Personnellement, nous choisissons la théorie de l’hétérotopie épithéliale. Par elle, nous pouvons expliquer la formation d’un endométriome extra-inguinal chez une femme porteuse d’une hernie, qu’elle contient à l’aide d’un bandage. Cet appareil provoque une irritation des débris épithéliaux qui peuvent se trouver dans le ligament rond. N’existe-t-1l pas, souvent, au sein de ligament rond, un canal séreux, vestige embryonnaire, que l’on retrouve souvent sur les coupes du ligament, au point où il pénètre dans la tumeur ?

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