II. —— Observations
OBsERVATION I.
(Guixarp, 1898.)
Femme, 35 ans, célibataire. Depuis l’âge de 20 ans, elle porte dans l’aine gauche une tumeur du volume d'un œuf de poule dont elle fit la découverte par hasard, sans avoir éprouvé de douleur. Huit à neuf ans plus tard, la tumeur commença à descendre vers la grande lèvre. A ce moment, au-dessus de cette tumeur, on en à trouvé trois ou quatre autres, de voiume variable, et qui tendaient à présenter la même migration que la grosse.
Toutes étaient successivement apparues comme si elles étaient
sorties du ventre, très petites d’abord, plus grosses ensuite. Le
a MEL
point où elles apparaissaient, qui correspond à l’orifice externe du canal inguinal, était toujours très sensible; la malade éprouvait toujours là comme une fatigue.
Ces tumeurs ont continué à s’accroître en nombre et en volume et à descendre plus bas, dans la grande lèvre, sans que la malade s’en soit autrement préoccupée.
En 1896, les règles disparaissent; les tumeurs deviennent douloureuses et augmentent de volume. A plusieurs reprises, chaque jour, la malade éprouve des tiraillements dans les aines, des élancements dans la grande lèvre, avec irradiation dans la cuisse. De tout temps, l'influence de la menstruation sur les tumeurs a été manifeste : celles-ci grossissaient, devenaipnt douloureuses avant l’apparition des règles. Ces symptômes ne disparaissaient qu'après elles.
Etat actuel. — Malade debout : la grande lèvre gauche pend, débordant de beaucoup la droite, s'appliquant à la face interne de la cuisse gauche à la manière d’un serotum volumineux. Malade couchée : les cuisses écartées, on vôit également pendre la lèvre gauche, qui a une grosse extrémité inférieure, la forme d’une poire, et retombe au-devant de la région anale. Elle cache la vulve, excepté la région clitoridienne et les deux tiers supérieurs de la lèvre droite. Aucune allération de la peau autre qu’une légère dilatation du réseau veineux. Lorsque l’on écarte la tumeur en dehors de façon à voir l’orifice vulvaire, on constate que le pli constituant la petite lèvre n’est pas effacé, sauf à la partie tout à fait postérieure. A la palpation, on constate que la tumeur est constituée par une série de nodosités, au nombre de cinq à six, d’un volume allant de celui d’un pois à celui de la pomme d’api; les contours sont arrondis; les plus grosses sont lobulées. Certaines d’entre elles sont fusionnées, d’autres, au contraire, sont reliées entre elles par des tractus fibreux; elles sont mobiles, dures, mais présentent cependant lorsqu'on les touche une certaine dépressibilité. Elles sont indolentes. Aucun prolongement intraabdominal de la tumeur. Le col utérin est petit, conique et régulier.
Antécédents. — Réglée à 15 ans. Les règles, très régulières jus-
mes
qu'à 18 ans, s’interrompent pendant un an et demi, puis, de 27 à 28 ans, les règles disparaissent toutes les années du mois de novembre au mois de mars. Pendant ces périodes, il n’y a jamais eu de phénomènes douloureux du côté de la tumeur. À partir de 28 ans, les règles ont été normales jusqu’en novembre 1896, époque où elles ont cessé de se montrer. La malade aurait toute Sa vie été anémique.
Le Professeur Terrier porte le diagnostic de fibrome du ligament rond.
Opération (Hartmann, 2 févr. 1897). — Chloroforme. Masse constituée par les tumeurs incluses dans une gaine fibreuse s'arrêtant au niveau de l'orifice inguinal. Les tumeurs apparaissent d’un blane grisâtre. Enucléation successive de toutes les tumeurs.
L'ensemble de ces tumeurs est réuni en une sorte de grappe irrégulière, Les plus petites sont à la partie supérieure et vont jusque dans le canal inguinal, se continuant avec le ligament rond, et ayant là le volume d’un grain de chenevis. D'autre part, une sorte de pédicule vient se fixer à l’épine du pubis.
Réunion par première intention. Suites opératoires simples. Cicatrisation complète. Le 1°” avril, la malade se plaignait encore de douleurs $ourdes au niveau du canal inguinal.
Examen de la pièce. — Poids, 160 grammes. Enveloppe fibreuse, résistante, qui semble formée par l'épanouissement du ligament rond. À la portion inférieure, six lobules indépendants les uns des autres, pour la plupart réguliers et lisses. Au-dessus de cette sorte de grappe, une tumeur grosse comme le petit doigt, irrégulière, présente une enveloppe celluleuse spéciale. Enfin, à la partie supérieure de la pièce, rattachée au reste de la tumeur par une membrane fibreuse, existe une tumeur bilobée, irrégulière, mobile, également pourvue d’un revêtement celluleux qui peut glisser sur elle. Le ligament rond, un peu aplati, du volume d’une plume d’oie, se dissocie pour jeter sur l’enveloppe fibreuse commune des tractus fibreux assez grêles et peu nombreux, qui constituent comme des points de renforcement. Sur le trajet de ce tractus, on peut voir dans la partie supérieure de la pièce de petites tumeurs variant du volume du pépin à celui du noyau de cerise.
Le Gaz. 3
race
Toutes ces tumeurs sont dures. Aucune n’est molle et fluctuante. A ja coupe, tissu compact, fibreux, très serré. Dans les gros lobules, petits orifices comparables à des piqûres d’épingles.
Examen microscopique (Prof, Cornil). — Fibromyome. Dans les petits lobules, les noyaux de fibres musculaires lisses apparaissent, confluents. On ne voit pas de tissu fibreux. Sur les coupes de lobules plus volumineux, le tissu conjonctif «et les fibres musculaires se groupent en nodules fibromyomateux. En certains points, les fibres musculaires sont très tassées les unes contre les autres. Dans les plus gros lobules, le tissu fibreux prédomine. Chacune de ces tumeurs présente une enveloppe fibreuse, continue, régulière et épaisse. Les vaisseaux ont une paroi propre. Dans les gros lobules, il existe des lésions très avancées d’endartérite. Sur les ‘apillaires, prolifération abondante de l’endothélium. En certains points de la coupe, près de la membrane d’enveléppe principalement, grandes vacuoles dont la paroi reproduit la structure des capillaires. On peut, d’ailleurs, trouver dans une même coupe tous les stades intermédiaires entre les capillaires normaux et ces vacuoles. Cependant, quelques vacuoles ne montrent pas de paroi propre. D'autres ont une paroi incomplète, d’autres enfin présentent un endothélium proliféré à côté d’un endothélium normal. Presque toutes contiennent des masses granuleuses; aucune ne contient de pigment sanguin.