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HISTORIQUE

L’histoire des néoplasmes prostatiques est de date récente. Ce n’est pas à dire que l’on ne retrouve dans les traités écrits au siècle dernier des observations intitulées squirrhe de la prostate ; observations très nombreuses d’ailleurs, qui indiquent que la différenciation des tumeurs de la prostate avec ce que nous nommons actuellement hypertrophie de la prostate n’était pas faite.

Pour J.-L. Petit, pour Chopart, Desault, Brodie, etc. squirrhe de la prostate signifie induration de la prostate, et je ne sais guère que certaines observations d’E. Home (1) rappelant, d’une façon vague, il est vrai, l’ensemble symptomatique du cancer prostatique.

L’histoire du cancer de la prostate est esquissée d’abord par Lallemand qui le différencie de l’hypertrophie, puis par Velpeau dans son article du Dictionnaire en 30 volumes ; Mercier, Civiale et Nélaton lui consacrent quelques lignes ; Cruveilhier et Lebert dans leurs traités d’anatomie pathologique en signalent l’existence tout en

(1) Home. Glande Prostate, Traduction française. Paris, 1824.

insistant sur son extrême rareté ; enfin, Béraud dans sa thèse d’agrégation en publie six cas authentiques.

Mais en somme tous ces auteurs se contentaient d’affirmer que le cancer de la prostate se rencontre de temps en temps.

En Angleterre et en Amérique, Langstaff publie la première observation authentique en 1817. John Adams en 1853, Gross, de Philadelphie, en 1856, consacrent à cette affection quelques lignes en faisant remarquer d’ailleurs que le petit nombre de cas publiés leur interdit l’essai d’une description exacte. C’est à Thompson (1) que revient le premier l’honneur d’avoir rassemblé tous les cas authentiques connus et d’en avoir tiré les éléments d’une description que beaucoup d’auteurs se sont contentés depuis de paraphraser ; la première édition de Thompson date de 1858 ; dans la 6e, publiée il y a un an à peine, l’auteur n’a fait que quelques changements insignifiants.

En Allemagne, l’étude des néoplasmes prostatiques a suivi la même marche. Rokitansky, Foerster, du côté des anatomistes, Emmert et Pitha en tant que chirurgiens, s’accordent à regarder le cancer comme très rare ; Rollet après en avoir publié une observation esquisse une étude symptomatologique .

En 1866, O. Wyss (2), publie dans les archives de Virchow, un travail d’ensemble, fondé sur les dix-huit observations de Thompson, deux observations person-

(1) Diseases of the Prostate. Londres, 1886, 6e édition.

(2) O. Wyss. Die bôsen Neubildungen der Vorsteherdrüse. Arch. von Virchow,, 1886.

nelles avec examen anatomo-pathologique et huit observations recueillies dans diverses publications ; j’ajoute que la question a été reprise dans ce pays par Socin (1) dans son article du manuel de Pitha et Billroth, et d’une „ façon plus succincte par English dans la Real Encyclopædie (2).

Jusqu’en 1869, nous n’avions en France que les quelques lignes des traités de chirurgie et les courtes pages du traité de Civiale (3). A ce moment, Jacques Jolly fit paraître dans les Archives générales de médecine un excellent mémoire (4), fondé sur quarante observations certaines plus cinq douteuses. Ce mémoire est certainement ce qui a été fait de plus complet sur la matière. Depuis, la question a été traitée par M. Jullien dans le Dictionnaire pratique ; dans le Traité des maladies des voies urinaires de MM. Voillemier et Le Dentu et M. Letarouilly (5) en a fait même le sujet de sa dissertation inaugurale. Ce dernier auteur n’a d’ailleurs consacré que quelques pages à son étude qu’il fait suivre de deux observations inédites que nous rapportons plus loin, et passe sous silence une vingtaine d’observations publiées, surtout en Angleterre, depuis le mémoire de M. Jolly.

Telle est en résumé l’histoire de l’étude du cancer de

(1) Pitha et Billroth. Handbuch der chirurgie , III Bd. 2 Theil.

(2) Eulenburg. Real Encyclopædie fur allgemeine Heilkunde, Bd. XII.

(3) Civiale. Traité des maladies des organes génito-urinaires,

t. II.

(4) Jolly. Archives de médecine, 1869.

(5) Letarouilly. Thèse de Paris, 1883.

la prostate, mais je dois signaler cependant quen Angleterre, on vient d’envisager la question à un nouveau point de vue; Spanton (1), puis Reginald Harrison (2) * assistant à l’évolution de cancers nettement diagnostiqués n’ont pas craint d’intervenir activement et se sont demandé si une opération chirurgicale n’était pas permise au moins pour rétablir le cours de Turine ; Fenwick (3) tout dernièrement enfin, frappé de la fréquence des obstructions intestinales a proposé une opération palliative précoce, la colotomie soit iliaque, soit lombaire. Je m’expliquerai plus loin sur la valeur du traitement chirurgical tout comme je vais tâcher de montrer que les descriptions, classiques jusqu’ici, ne répondent pas toujours à la réalité des faits.

(1) Spanton. Lancet, 1882, 1. 1.

(2) Reginald Harrison. Disorders of the urinais organs. Londres, 1886.

(3) Fenwick. British medical Journal, octobre 1887.

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