MAR: UE
Cette phrase du mémoire de Curtis et Phocas de 1899, reflète bien la difficulté d’interprétation des cellules principales des tumeurs mixtes salivaires et la division qu’elle avait provoquée parmi les anatomopathologues et les chirurgiens. Des éléments conjonctifs il n’en était nullement question; tous étaient d’accord sur leur nature mais les cellules indifférentes étaient pour les uns des cellules conjonctives, pour d’autres des cellules épithéliales et des deux côtés des observateurs autorisés publiaient des arguments troublants pour la théorie adverse. Aujourd’hui, l’accord, semble-t-il, est presque fait. Les cellules indifférentes sont des cellules épithéliales pour la majorité des auteurs, même pour ceux qui ont chaudement défendu autrefois la théorie conjonctive. « [1 suffit donc de rappeler en quelques mots les faits de la cause, puisqu’aussi bien on peut la considérer comme jugée ».
I. THéorRtE coNJONCTIVE. — Lorsque, vers 1895, nous vinrent d'Allemagne les travaux de Kaufmann et de Volkmann sur les endothéliomes, les tumeurs mixtes de la parotide comme beaucoup de tumeurs à caractères imprécis leur furent attribuées. En France, deux travaux fondamentaux de Curtis et Phocas et de Bosc et Jeanbrau, vinrent ébranler les opinions des partisans de la théorie épithéliale. On voyait de l’endothéliome partout. Aujourd’hui on considère l’endothéliome proprement dit comme une tumeur peu fréquente des méninges, de la plèvre et du péritoine. ( Si l’on veut, en effet, accepter que le groupe histopathologique des sarcomes ne doit pas être confondu avec celui des tumeurs primitives des endothéliums, on est amené à considérer l’endothéliome proprement dit comme une tumeur d’un type bien précis et rare », telles sont les conclusions de Letulle à son sujet.
Pour ce qui est de nos tumeurs mixtes, il faut convenir que certaines préparations sont troublantes, comme en témoignent les figures de Bose et Jeanbrau, de Curtis et Phocas. Dans un tissu conjonctif, composé de fibres lamineuses, les cellules indifférentes l’infiltrant sur un ou plusieurs rangs, se mettent en communication directe avec les lumières des fentes lymphatiques. Elles les pénètrent et s’intriquent intimement avec les cellules endothéliales. La préparation prend une apparence « endothélioïde » indiscutable, d’autant plus trompeuse que les cellules épithéliales sont plus indifférenciées et paraissent naître de l’endothélium des fentes Iÿmphatiques proliféré.
Car le point, qui est peut-être à l’origine des erreurs d'interprétation de ces pseudo-endothéliomes, c’est bien la prolifération des cellules endothéliales qui tapissent les fentes lymphatiques. Comme le professeur Massabuau l’a établi dans son travail fondamental de 1907, cette prolifération existe. Nous ne la nions pas, au contraire, nous l’avons maintes fois constatée dans nos coupes. Les cellules endothélales perdent leur morphologie habituelle, elles se tuméfient, deviennent même cubiques et se multiplient; que la fente lymphatique soit pénétrée par des cellules indifférentes, les rapports sont tellement intimes qu’on peut s’expliquer la confusion des partisans de la théorie endothéliale.
Mais, dans presque tous les cas, nous avons pu établir la différenciation entre les deux éléments (observation n° V, observation n° VI, etc.). Les cellules endothéliales tuméfiées ne prennent jamais l'aspect polygonal, à angles effilés et à contours cellulaires aussi gonflés par un protoplasma abondant, des cellules indifférentes. Nous avons pu dans notre observation n° V, voir, à côté de fissures lymphatiques remplies de cellules néoplasiques, des fentes
AO du tissu conjonctif vides et dans lesquelles on ne percevait que l’endothélium de revêtement hypertrophié et proliféré. Le fait ne fait aucun doute, jamais nous n’avons pu saisir de filiation directe entre les cellules endothéliales et les cellules indifférentes et, en aucun point, nous n’avons pu voir dans ces figures le point de départ endothélial des cellules principales de la tumeur.
Dès lors, comment interpréter cette prolifération endothéliale. Elle doit être considérée comme un phénomène
de réaction des fentes lymphatiques à l’égard des cellules
néoplasiqués. Sous l’influence de l’invasion de ces fentes par les cellules principales de la tumeur, ces espaces sont distendus, tiraillés et leur endothélium irrité réagi+ en proliférant. Le même phénomène est observé d’ailleurs pour les cellules fixes du tissu conjonctif. Ce fait n’est pas spécial aux tumeurs mixtes parotidiennes ; il s’observe dans tous les carcinomes et représente un processus de défense du tissu conjonctif contre toute invasion, qu’elle soif microbienne ou néoplasique.
Donc, on ne peut trouver dans les fentes lymphatiques le point de départ des travées cellulaires; ces pseudo-endothéliomes ne sont que des processus de propagation Des infiltration des cellules néoplasiques.
IT. La véorie ÉrIrHÉLrALe. — C’est la vieille théorie française qui a triomphé. En 1907, le mémoire fondamental du professeur Massabuau a été le point de départ de travaux importants qui se sont rattachés à la nature épithéliale des cellules indifférentes. Lenormant, Rubens, Duval et Cottard, Chevassu, Heuilly et Bæœckel, Nadal à propos de tumeurs mixtes de la région cervico-faciale, ont donné raison aux idées défendues autrefois par Malherbe Perrochaud, Pitance, Collet, de Larabrie et Berger. En
Allemagne Wilms et Ribbert, en Angleterre Wood, adoptent les mêmes opinions. Tous ces auteurs sont d’accord sur .la nature épithéliale sinon sur l’origine des cellules indifférentes.
Nous ne reprendrons pas tous les arguments qui ont contribué à rallier à cette théorie la totalité des auteurs. La revue critique du professeur Massabuau les expose dans leurs détails avec une telle clarté qu’il n’y a rien à reprendre.
À la lueur des idées récentes et avec l’interprétation que nous donnons aux figures de pseudo-endothéliome, qui ont troublé un instant les partisans les plus convaincus de la théorie épithéliale, comme Chevassu, l’étude détaillée de nos préparations a confirmé notre opinion: en aucun endroit, nous n’avons eu à hésiter sur la nature des cellules des travées. 2
S'il est difficile et même dangereux de juger de la nature d’une cellule d’après son simple aspect, comme nous le confirmait récemment encore le professeur Vialleton, au cours des nombreux entretiens qu’il à bien voulu nous accorder sur ce sujet, on doit être frappé malgré tout par la forme des éléments cellulaires des travées qui, même dans les points où ils se rapprochent le plus des celjules conjonctives, présentent toujours quelques caractères de différenciation. Nous avons exposé, en étudiant les rapports de ces cellules avec le stroma, ces carastères d'fférentiels et nous nous dispensons d’y revenir. Nous reconnaissons d’ailleurs, que cet argument aurait peu de valeur s’il prétendait à lui seul trancher la question de nature de ces cellules ; il n’est pas moins vrai qu’il existe et que s’il imfirme une théorie, c’est la théorie conjonctive.
On a voulu chercher le point de départ de la prolifération dans les endothéliums lymphatiques. 11 n’existe pas,