RAPPORTS DE LA TUMEUR AVEC LA PAROTIDE
Les tumeurs mixtes parotidiennes sont toujours nettement encapsulées. Elles sont entourées d’une coque conjonctive, plus ou moins épaisse, qui les sépare du parenchyme glandulaire ou des tissus environnants.
Au début de leur évolution, leur sitüation par rapport à la glande est variable. Certaines peuvent être incluses dans la parotide et entourées de toute part par du tissu glandulaire qu’elles refoulent excentriquement. Généralement, elles apparaissent à la surface de la glande dans laquelle elles se sont creusé une niche; il se peut d’ailleurs qu’elles aient été primitivement intraglandulaires tant que leur volume le leur a permis. D’autres fois enfin, elles paraissent indépendantes de la glande qu’elles ont refoulée en avant, en arrière ou en haut, comme si elles avaient pris naissance dans l’atmosphère cellulo-graisseux de la loge.
Quoi qu’il en soit, nous avons toujours vu, dans nos examens, le tissu néoplasique nettement séparé du tissu glandulaire par une large capsule conjonctive formée de tissu fibreux.dense. Les acinis glandulaires sont parfois normaux au voisinage de la tumeur; généralement, ils sont comprimés, les cellules sont tassées, les lobules ont un volume restreint. Les acinis sont le siège d’un processus atrophique très net qui peut aboutir à la disparition com-
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plète de la glande. Mais jamais nous n'avons pu constater d’infiltration néoplasique dans les acinis, ni de début d’évolution néoplasique de la glande. En somme, la tumeur affecte avec la parotide des rapports exclusifs de contiguité.
On a signalé (Massabuau), au sein du tissu glandulaire, des nodules de tissu lymphoïde, véritables amas ganglionnaires intraparotidiens.
LES ÉLÉMENTS CONJONCTIFS
Les formations conjonctives des tumeurs mixtes parotidiennes sont constituées par un tissu conjonctif polymorphe. Il est aujourd’hui parfaitement connu et sur sa nature tous les auteurs sont d’accord.
Dans ces tumeurs, plusieurs formes de tissus, d’origine mésodermique, sont représentées avec une inégale fréquence: le tissu muqueux et le tissu cartilagineux prédominent, les tissus osseux et adipeux sont très rares.
. Le tissu muqueux se présente en larges bandes ou placards, à éléments bien caractérisés: cellules étoilées très nombreuses par endroits, à protoplasme peu coloré, à noyau arrondi où ovale au sein d’une substance hyaline plus ou moins abondante. Les îlots de cartilage sont souvent du cartilage hyalin avec des cellules nettement encapsulées en voie de prolifération. En d’autres points, apparaît du tissu conjonctif adulte tout à fait typique; parfois ce tissu est le siège d’une infiltration œdémateuse, prenant l’aspect d’un tissu myxomateux, constitué par des cellules étoilées et un réticulum très serré au sein d’une substanee fondamentale amorphe. Quant au tissu fibreux, ce sont souvent de larges bandes fibreuses traversant la prépara-
Ésbes tion et provenant de la capsule qui envoie des ramifications à l’intérieur.
Tous ces tissus peuvent se rencontrer dans une même tumeur, mais ils présentent un caractère fondamental que nous retrouvons dans tous les éléments des tumeurs mixtes, c’est l’atypisme de leur disposition. En aucun endroit franchement séparés des zones voisines, les plages ou les bandes des différents éléments connectifs, s’intriquent, se pénètrent sans ordre, disparaissent par endroits pour apparaître en d’autres, et passent d’une forme à l’autre soit brusquement, soit insensiblement, par l’intermédiaire de tissus mal différenciés. Partout, c’est le chaos, mais partout c’est l’intimité, la pénétration étroite.
Ces formations conjonctives font partout preuve d’une activité évolutive intense. N’élaborant nulle part un «tissu ordonné » les cellules conjonctives prolifèrent avec une tendance marquée à la « désorientation ». En certains points, elles dessinent du fibrome, en d’autres du myxome ou du chondrome, représentant autant d’évolutions néoplasiques. Maïs cette évolution reste partout bénigne (nous n’étudions que la tumeur mixte pure) : microscopiquement ces cellules ne présentent, en aucun point, les caractères des cellules sarcomateuses ; macroscopiquement ces tumeurs conservent longtemps les attributs des tumeurs bénignes. a
Ces éléments conjonctifs sont doués d’une activité proliférative propre. Si, dans les tumeurs épithéliales le tissu conjonctif est envahi et étouffé par la prolifération des éléments épithéliaux, dans nos tumeurs mixtes, il n’y a pas de'‘subordination d’un tissu à l’autre. Les éléments connectifs prolifèrent autant que les éléments épithéliaux. Ils vivent, avec les formations épithéliales, en une sorte d'équilibre et n’ont pas la valeur d’un simple stroma.
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Ces tendances, que nous retrouverons aussi marquées dans les éléments épithéliaux, permettent de caractériser ces tumeurs et nous verrons l’importance de ces notions
pour éclairer leur nature et leur pathogénie si discutées. :
LES CELLULES DITES INDIFFÉRENTES er
L'intérêt de l'étude des tumeurs mixtes parotidiennes a, jusqu’à ces derniers temps, résidé dans les éléments cellulaires que l’on retrouve dans toutes ces tumeurs et sur la nature desquelles, en dernière analyse, ont porté toutes les discussions.
Ces cellules, appelées cellules indifférentes par Bosc et Jeanbrau, cellules épithélioïides par Curtis et Phocas, cellules principales par Veau, sont des éléments volumineux de 12 à 20 # de diamètre et de dimensions à peu près égales. Ils sont irrégulièrement polygonaux, à contours souvent denticulés ou épineux, à angles saillants, au niveau desquels ils entrent en contact avec les cellulds voisines ressemblant, en certains points, à des cellules conjonctives. Le protoplasme, généralement bien teinté, renferme de petites granulations, mais conserve un aspect homogène. Assez souvent cependant, il paraît condensé à la périphérie de la cellule, ménageant autour du noyau central une auréole claire. Ce noyau occupe, en effet, toujours le centre de l’élément, il est volumineux, à contours bien arrondis, bien coloré et présente en général un filament chromatique bien délié. Les figures de division n’y sont pas nombreuses et on n’y rencontre pas les mytoses atypiques si fréquentes dans les carcinomes. Si, en certains points, ces cellules sont serrées les unes contre les autres, en d’autres elles paraissent se dissocier, laissant entre ellès un
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espace intercellulaire clair. Cet espace peut entourer complètement les cellules ou incomplètement, quand celles-ci entrent en contact au niveau de leur angle saïllant. Il est rempli d’une substance hyaline et on n’v distingue pas de filaments unitifs jetés d’une cellule à l’autre.
Ces éléments se groupent au sein du tissu conjonctif de façons bien différentes dans une même tumeur. En général, ce sont des amas cellulaires parfois très volumineux. parfois au contraire constitués par quatre ou cinq celluies, à contours irréguliers et diffus. Ils forment des cordons et des travées plus où moins épais et divisés, découpant à l'infini la trame conjonctive. En d’autres points, ils se disposent par îlots dans les alvéoles du tissu conjonctif : cette disposition alvéolaire se rencontre souvent dans nos tumeurs et certains auteurs ont voulu y voir une démonstration de l’origine glandulaire de ces éléments.
À la périphérie de ces groupements cellulaires, les éléments s’infiltrent souvent dans le tissu conjonctif, parfois ils le pénètrent sur plusieurs rangs, parfois sur un seul en file indienne. En certains points les éléments semblent s’égréner dans la trame, se mélangeant aux cellules conjonctives. C’est Ià une disposition sur laquelle nous reviendrons car sur elle repose un des principaux arguments de la théorie endothéliale. |
Le caractère principal de ces groupements cellulaires réside dans la diversité de leur disposition, partout l’atypisme le plus absolu. La plus grande variabilité peut exister d’un champ microscopique à l’autre et toutes les figures que nous venons de décrire, peuvent se rencontrer dans une même tumeur. Nous retrouvons dans les cellules indifférentes le même caractère de disposition que dans le tissu conjonctif, c’est encore une disposition chaotique.