LES FORMATIONS ÉPITHÉLIALES
L’indifférence et l’atypisme des cellules que nous venons de décrire est' souvent accidenté de formations diverses auxquelles personne ne refuse aujourd’hui le caractère de formations épithéliales. Elles apparaissent le plus souvent au sein des cordons de cellules indifférentes avec des formes cellulaires de transition très nette depuis la cellule épithéliale typique vers la cellule indifférente. Nous reviendrons plus loin sur les rapports de ces amas épithéliaux avec les cellules fondamentales. C’est là un point de la plus haute importance. Disons, dès maintenant, qu’il ne s’agit point d'éléments distincts et surajoutés. Ils doivent être considérés comme des éléments de même nature que l’ensemble des cordons de cellules indifférentes, mais ils n’ont pas été frappés d’atypisme comme les cellules qui
les entourent.
Les formations que nous avons rencontrées au cours de nos examens peuvent être ramenées à cinq types:
Des amas de cellules malpighiennes ;
Des globes épidermiques ;
Des figures d’épithéliomas à cellules basales;
Des pseudo-tubes glandulaires ;
Des tubes adénomateux.
Partout ces groupements ne présentent pas la même netteté; on rencontre souvent des formes de transition, à caractères imprécis, mais il nous a paru que les formations épithéliales de nos tumeurs mixtes pouvaient toujours se rattacher à un de ces cinq types.
I. LES AMAS DE CELLULES MALPIGHIENNES.— Souvent noyés au sein de cellules indifférentes, parfois noyés au milieu
Lo) >=
du tissu conjonctif, ils apparaissent en général avec netteté formant un bloc dont l’aspect homogène et la coloration tranchent fortement. Les cellules en effet, y sont plus volumineuses que les cellules indifférentes, elles sont de
forme régulièrement polygonales, parfois un peu allon-. vées et elles s’imbriquent régulièrement les unes les
autres. Le protoplasma y est plus abondant, très fortement coloré par l’éosine, quelquefois finement granuleux.
Le noyau à contour net est clair; il s’allonge dans le sens
de l’allongement cellulaire. La cellule paraît légèrement gonflée, à contours réguliers, les angles ne sont pas saillants et, d’une cellule à l’autre, on peut distinguer, dans l’espace intercellulaire régulièrement ménagé, des fila-
ments de passage aussi nets que ceux que l’on rencontre
dans les papillomes ou les épithéliomes de la peau: ce sont des cellules du type malpighien le plus précis.
La planche TI représente un bloc à forme semi-lunaire de cellules malpighiennes qui tranchaïit fortement par les caractères de ses éléments, l’homogénéité et la coloration rosée de l’ensemble sur les cellules indifférentes voisines.
Ïl n’en est pas toujours ainsi : à la périphérie de certains blocs malpighiens, les cellules prennent insensiblemeni l’aspect de cellules indifférentes. Elles s’écartent plus où moins les unes des autres, elles deviennent irrégulièrement polygonales et leur protoplasme, moins homogène, se trouve peu colorable et moins abondant. De leur angle’ saillant s’échappent de petits prolongements qui viennent s’anastomoser avec des prolongements analogues venus des cellules voisines, leur donnant ainsi un aspect pseudoconjonctif. Et on arrive insensiblement à la cellule atypique, à la cellule indifférente.
En certains points de nos préparations, les cellules malpighiennes s’applatissent, deviennent fusiformes, leur
R — 21 — noyau s’allonge dans le même sens que la cellule; les éléments s’imbriquent régulièrement, deviennent plus serrés et forment des bandes plus ou moins épaisses et longues rappelant absolument les couches superficielles de l’épiderme. Notre figure I de la planche IT représente un de ces aspects typiques d’épithélium pavimenteux stratifié; on y saisit facilement le passage des cellules malpighiennes polygonales, aux cellules stratifiées. Comme partout, cette transformation se fait sans aucun ordre et il ne faudrait pas s’attendre à trouver partout des figures rappelant la coupe d’un épiderme complet.
La différenciation cependant peut, dans certains cas, aller plus loin. La partie superficielle de ces cellules à disposition stratifiée peut présenter des éléments de plus en plus aplatis et aboutir à la dégénérescence cornée dont les éléments paraissent s’exfolier à la façon des parties superficielles de l’épiderme. Cette disposition est rare dans nos tumeurs mixtes et, le plus souvent, on ne trouve que quelques cellules en dégénérescence au centre d’un globe épidermique, mais on peut rencontrer des figures rappelant absolument la coupe d’un épiderme complet avec ses diverses couches et ses propriétés tinctoriales caractéristiques.
C’est une formation de ce genre, la seule que nous ayons rencontrée aussi nette,que nous avons fait reproduire dans la figure II de la planche II. On y voit une rangée de cellules régulièrement implantées sur une basale qui rappelle absolument l’assise basilaire de l’épiderme ; au-dessus une couche de cellules polygonales malpighiennes qui s’aplatissent et se colorent de plus en plus par l’éosine orange, pour aboutir à la couche cornée dont les éléments en voie de desquamation forment un amas au centre de la formation. Nous avons là la coupe d’un épiderme complet avec
De ro
ses propriétés tinctoriales qui mettent en évidence son évolution progressive vers la kératinisation. La disposition de cet épithélium bordant une cavité où s’accumulent ses produits de dégénérescence ne laïsse aucun doute sur sa nature: cette formation n’est aütre qu’un kyste épidermoïde. s
Des formations aussi typiques sont rares dans les tumeurs mixtes salivaires. On y trouve le plus souvent les éléments épars et disposés sans ordre d’un épiderme : blocs de cellules. polygonales malpighiennes, amas de cellules aplaties à disposition stratifiée sans rapport les uns avec les autres. Dans ces tumeurs, les matériaux d’un épiderme sont clairsemés et ne forment qu’exceptionnellement un organe différencié. Dans certaines ces éléments épithé- Baux malpighiens sont très abondants, dans quelques-unes il n’est pas un champ de microscope qui n’en contienne. Nous avons pu les mettre en évidence dans treize tumeurs mixtes sur les vingt-deux qui font l’objet de notre étude. Dans d’autres, ce sont des produits de dégénérescence de : l’épithélium malpighien qui sont prépondérants, et surtout les globes épidermiques.
II. LES GLOBES ÉPIDERMIQUES. — Dans beaucoup de nos tumeurs, ils sont nombreux, typiques, en rapport de continuité avec les amas malpighiens dont les cellules, de plus en plus allongées, se disposent coneentriquement autour de deux ou trois cellules cornées : la disposition écailleuse | en bulbe d’oignon, les filaments de passage, les réactions colorantes de la kératine qu’elles présentent, l’atrophie progressive de leur noyau et les cellules dégénérées du centre ne laissent aucun doute sur la nature de ces formations dégénératives épithéliales.
Parfois, ces globes ne sont qu’ébauchés, la disposition
SNS
concentrique des cellules allongées décèle leur nature, mais il y manque les cellules cornées centrales et l’aplatissement progressivement marqué vers le centre de ces éléments. Cè sont ces ébauches qui sont reproduites dans la planche IT.
La dégénérescence des éléments centraux de ces globes
2 . ’ ; P #2 n’est pas forcément cornée et nous avons rencontré sou-
vent à leur place des cellules élaborant de la matière colloïde. Dans la même tumeur, les deux sortes de dégénéres-
cence peuvent se trouver, témoignant ainsi des aptitudes
évolutives variées de ces néoplasmes.
Ces globes épidermiques se rencontrent le plus souvent en rapport de continuité parfaite avec les amas épithéliaux malpighiens reliés à eux par des éléments de transition; ils sont parfois nettement intra-épithéliaux. Ils sont, par contre, rarement isolés au milieu du stroma conjonctif qui peut présenter des formations fibreuses concentriques à
strates bien disposées, simulant à s’y méprendre des glo-
bes épidermiques, mais dont. on peut les différencier par leurs rapports avec les éléments conjonctifs et par leurs caractères cellulaires.
Ces formations dégénératives thétibtes sont fréquentes dans nos tumeurs mixtes parotidiennes. Nous les avons rencontrées dans onze tumeurs sur vingt-deux, avec des caractères précis indiscutables.
- III. LES FIGURES D’ÉPITHÉLIOMAS À CELLULES BASALES. —
C’est un caractère de plus qui témoigne de la nature des
éléments indifférents et qui, à nos yeux, à une grande valeur, bien qu’il ait été peu cité par les auteurs. Les cordons ou les amas de cellules épithélioïdes ont, en général, une limite imprécise et on assiste à la périphérie des tra-
. vées, à une dissémination des cellules indifférentes dans le