CHAPITRE IV
Etiologie
La recherche des causes de la formation des ostéomes du sinus frontal est décevante. Nous verrons que deux points seulement sont certains : la production chez des sujets jeunes (15-45 ans) et la concomitance fréquente d'inflammations chroniques subaiguës de la muqueuse sinusale. Mais cela n’est pas fait pour nous surprendre, nous qui venons de voir longuement que les ostéomes sont des tumeurs dysgénétiques, c’est-à-dire provoquées par un vice de développement dû à une cause inconnue (semblable probablement à celles qui président au développement de toutes les tumeurs), c’est-à-dire encore survenant au moment de l’activité ostéogénique maxima du squelette et déclanchées par une lente irritation d'intensité faible.
De la lecture des divers cas d’ostéomes publiés se dégage tout d’abord un fait certain : la plupart des tumeurs osseuses s’observent chez des sujets jeunes. Nous pouvons citer les statistiques suivantes, que nous choiïsissons parmi les plus importantes. Chauvel, sur 17 cas, relève 8 sujets de 10 à 20 ans, 2 de 20 à 30, 5 de 30 à 50 et 2 au-dessus de cet âge. Sur
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50 cas relevés par Tchilinghiroff, on compte 32 malades âgés de 15 à 25 ans, 8 de 25 à 35 et 10 au-dessus de 35. Killian étudie 29 cas : dans 21 de ces cas, la tumeur est apparue entre 10 et 20 ans ; dans les 8 autres, entre 20 et 30. Hucklenbroich, dans ses observations, arrive aux mêmes pourcentages : D fois la tumeur apparut entre 10 et 20 ans, 6 fois entre 20 et 30, 3 fois entre 30 et 40, 2 fois au-dessus de cet âge. Les chiffres de Gerber sont tout aussi démonstratifs, mais il a réuni une statistique plus impor-
tante : 50 cas.
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Mais il est à noter que l'observation concernant une malade de 74 ans se rapporte en réalité à une exostose traumatique ; aussi sa dernière catégorie est-elle très probablement moins importante qu'il ne le signale.
Toutes les autres observations dont nous avons pu prendre connaissance concernent des malades dont l'âge est compris le plus fréquemment entre 15 et 30 ans. Nos trois malades étaient âgés respectivement de 18, 42 et 38 ans ; mais cette statistique personnelle est trop faible pour avoir quelque valeur.
Les ostéomes du sinus frontal se rencontrent donc pour la plus grande part (70 %) chez des sujets jeunes, en pleine adolescence : entre 15 et 25 ans. Mais ces dates ne concernent que l’âge auquel a été consta-
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tée la tumeur : si l'on songe au développement très lent de l'affection, on voit que l’on peut considérer que le début de la formation de l'ostéome se produit au moment @e la puberté, en pleine croissance, en pleine activité du squelette. Ce qui étaye bien la théorie de l'origine embryonnaire d’une catégorie d'ostéomes, el rapproche singulièrement ces tumeurs des ostéomes épiphysaires ou exostoses de croissance.
Dans sa statistique, Gerber mentionne aussi le sexe du malade : il arrive aux pourcentages de : 58 % pour les hommes et 42 % pour les femmes. Roger arrive à des résultats identiques. Nos trois malades étaient des hommes. En réalité, pas de prédominance pour un sexe particulier. D'ailleurs la question est de peu d'intérêl.
L'étiologie de l'affection étant fort obscure, on a tenté d’incriminer l’éternelle syphilis, la tuberculose, les maladies dyscrasiques comme la goutte, la diathèse arthritique, etc... En fait les ostéomes surviennent chez des sujets en excellente santé, sans tares organiques, chez lesquels l'examen somatique le plus complet et les réactions de laboratoire ne parviennent à inettre en évidence aucun stigmate.
Les premiers auteurs qui ont étudié la question en ont rapporté la cause à un traumatisme. On trouve en effet dans beaucoup d'observations publiées la notion d’un traumatisme antérieur. Miadowski attribue 10 ostéomes orbitaires sur 17 au traumatisme. Tchilinghiroff trouve le traumatisme 11 fois sur 60 observations ; Lagrange 28 fois sur 150, soit 18 %. Gerber ne trouve cette cause signalée que 11 fois sur
GAUSSE
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84 cas. Dubar 5 fois sur 33. Roger 1 fois sur 15 seulement. Sur nos trois malades, deux avaient subi un choc sur le rebord orbitaire sept ans et 9 mois auparavant. Nous sommes tentés de ne voir là que des coïncidences et non pas des relations de cause à effet entre le trauma et la production de l’ostéome. En effet, les traumatismes signalés sont souvent de trop minime importance pour pouvoir produire quelque effet sur le sinus frontal protégé par le rebord orbitaire. De plus quel est l'individu qui n'a pas reçu dans sa jeunesse un choc plus où moins violent sur l’arcade sourcilière ? Le malade a le droit de rapporter sa maladie à l'accident antérieur, mais le médecin doit voir plus loin.
Bornhaupt déclarait qu'il était inadmissible de faire intervenir les inflammalions sinusiennes dans l'étiologie des ostéomes, car « il s’agit en général d'individus jouissant d’une santé florissante ». Au contraire, Hucklenbroich observe que 37,5 % des cas sont compliqués de sinusite. Gerber également. Nous sommes de l'avis de ces derniers auteurs. En effet on peut relever de nombreuses observations où 1il est mentionné qu'à l'acte opératoire le peu de cavité sinusienne qui n'était pas comblé par la tumeur était rempli de pus. Témoins les cas d’Ardenne, de Bonyer, de Lagrange, de Liaras, de Hamilton et de Bornhaupt lui-même. De plus nous avons appris à connaître, en dehors des empyèmes du sinus frontai, ces inflammations subaiguës des muqueuses sinusales, qui évoluent à bas bruit, à l’occasion des fortes inflammations des fosses nasales, chez des sujets très bien portants,