CHAPITRE VII
Pronostic
Le pronostic des ostéomes est dominé par ce fait : les ostéomes sont des néoplasmes bénins. Bénins, ils le sont histologiquement. Roger l’a parfaitement résumé. « Jamais, anatomiquement, on n’y retrouve de monstruosités cellulaires; jamais, cliniquement ils ne progressent par infiltration des tissus voisins; enfin jamais, au point de vue évolutif, il ne se produit de métastases, ni de récidives, après extirpation complète. »
Mais il ne faut pas oublier que la tumeur est un néoplasme, et comme tel douée d’un pouvoir d’accroissement lent, continu, progressif. De plus la tumeur siège dans une région très dangereuse : entre le crâne et l’orbite. A l’étroit dans le sinus frontal, elle pousse ses prolongements vers l’orbite où elle produit de graves troubles fonctionnels au niveau de l'œil, et compromet fortement l'esthétique du visage, maïs sans danger pour la vie du malade, — ou, vers l’intérieur de la boîte cranienne où elle entraîne des accidents compressifs ou infectieux rapidement mortels.
Le pronostic, bénin en lui-même, fatal par son évolution, dépend donc entièrement de l’heure de l’inter-
vention chirugicale, donc de la précocité du diagnostic. Autrefois, avant les progrès de la chirurgie moderne, la proportion des guérisons opératoires était peu élevée parce que l’on opérait trop tard. Berlin avait 38 % de morts. Gerber lui-même, sur 48 malades opérés, en a perdu 12 d’abeès cérébral et de méningite, complication la plus fréquente à cette époque. Goyanes a pu compter, dans 26 cas recueillis dans la Hittérature médicale, 7 morts par méningite ou abcès du cerveau, 15 guérisons et 4 opérés perdus de vue. Ces auteurs opéraient des tumeurs volumineuses qui avaient souvent envahi plusieurs os de la face et nécessitaient des délabrements énormes au cours de l'intervention avec mise à nu des méninges : le défaut d’asepsie faisait le reste. Ces désastres nous expliquent que Lagrange envisage comme une éventualité plus rare la terminaison fatale des sujets abandonnés à euxmêmes. Il ne trouve que deux cas de mort sur dix observations d’ostéomes abandonnés à eux-mêmes, et 1l l'explique par l’accoutumance facile du cerveau à la compression. Panas, à la suite de plusieurs échecs, s'était fait le défenseur farouche de l’abstention, comme Berlin et Knapp. .
Mais aujourd’hui, où l’asepsie permet des opérations très étendues sans de trop grands risques opératoires, et où surtout la radiographie permet de déceler les ostéomes dès leurs premières manifestations, il faut toujours opérer, et le plus tôt possible. Les ostéomes peu développés se laissent plus facilement extirper. Cette conduite permet de transformer un pronostic fatal en un pronostic toujours excellent.