ANATOMIE PATHOLOGIQUE MICROSCOPIQUE
Nous suivrons les: descriptions de Mlle Gauthier-Villars, dont la thèse de 1927 et l’article des Annales d'Anatomie pathologique de 1928 constituent la dernière mise au point de ce chapitre.
Les tumeurs métastatiques des ovaires peuvent se présenter sous deux aspects :
a) Les unes offrent une structure glandulaire; on ÿ Constate de nombreux tubes à bordure cellulaire unistratifiée, avec du mucus dans la lumière du tube, et en plus ou moins grande abondance dans les cellules bordantes dont certaines ont l’aspect en « chaton de bague » décrit par Krükenberg.
b) Les autres n’offrent pas d’aspect glandulaire. L'élément conjonctif y domine sur les élements épithéliaux. Les cellules tumorales sont grosses, rondes, bourrées de mucus qui refoule le noyau et l’aplatit contre la paroi cellulaire : c’est l’aspect typique des cellules de Krükenberg.
Ces cellules se présentent tantôt isolées, tantôt groupées en amas pleins, séparés par des fibrilles conjonctives. ©) Enfin, 1l est de ces tumeurs qui présentent une structure mixte. On y trouve, suivant les points, l’un ou l’autre des aspects précédents.
Voyons maintenant l'étude analytique des divers éléments de la tumeur.
4° Le stroma est, dans son ensemble, analogue au stroma ovarien normal, constitué de cellules fusiformes, disposées en tourbillons, surtout denses au pourtour des éléments épithéliaux. On a exagéré, au début, l’importance de ce stroma; on à d’abord pensé, avec Krükenberg, qu'il était l’élément essentiel de la tumeur : fibro-sarcome. Or, les cellules con-
Ah
jonctives qui le constituent sont normales de forme, de dimensions, de dispositions, d’affinités colorantes. Dans ce tissu conjonctif, les lésions nécrotiques sont très fréquentes : ce sont des plages où la structure fibrillaire disparaît pour laisser un réticulum infiltré de globules rouges, parfois dépourvu de toute structure. Neumann (1924) explique la production de ces foyers nécrotiques par l’accroissement rapide de ces tumeurs dont la vascularisation deviendrait alors vite insuffisante.
2° Les éléments normaux de l'ovaire : épithélium germinatif, formations folliculaires, ne sont pas toujours retrouvés sur les coupes.
Quand il arrive de les rencontrer (moitié des cas) ils sont tout à fait normaux.
3° Les cellules épithéliomateuses. — Nous avons vu qu’elles sont :
tantôt isolées ou groupées en amas pleins; tantôt groupées autour de cavités arrondies, donnant à la coupe un aspect glandulaire.
Dans le premier cas, c’est l’image classique de la tumeur de Krükenberg; dans le second cas, ce sont des tubes d’aspect glandulaire qui infiltrent le stroma de l'ovaire.
Ces cavités glandulaires sont tapissées de cellules épithéliales cylindriques régulières, à noyau central. C’est leur analogie avec les cellules rencontrées dans les épithéliomas digestifs qui permit à Schlagenhaufer d'établir la nature secondaire de ces tumeurs.
La coexistence, sur une même coupe, dans 37 cas (Mlle Gauthier-Villars), des deux aspects, montre qu’il s’agit de formations de même nature.
Comment expliquer ce polymorphisme des éléments épithé- Haux ?
On à parlé de la fragmentation des tubes glandulaires par une prolifération conjonctive exagérée.
Frank! (1920) parle d’une « tendance propre » de ces cellules épithéliales au polymorphisme. En somme, cette diversité d’aspects reste inexpliquée.
BÉTONEZ
Quoi qu'il en soit, la caractéristique essentielle de ces cellules épithéliomateuses est leur teneur en mucus.
Si l’on pratiquait, pour toutes les coupes d’épithélioma de l'ovaire, des colorations au muci-carmin — par exemple, selon la technique simple, donnée par Langeron dans son Traité de
Microscopie — on différencierait facilement les tumeurs mé-
tastatiques (Mile Gauthier-Villars).
Les cellules isolées, dites en chaton de bague, sont très riches en mucus; tout le corps cellulaire en est gonflé, de coloration rouge vif par le muci-carmin, aplatissant le noyau contre la paroi cellulaire.
Au niveau des formations tubulées. les cellules bordantes sont sans mucus, mais la lumière du tube en contient une masse plus ou moins importante.
On rencontre encore du mucus, sous forme de traînées, dans les foyers nécrotiques du tissu conjonctif.
Neumann (1924) a proposé, de ces différences, l’interprétation suivante :
Toutes ces cellules sont d’origine digestive, donc susceptibles de sécréter du mucus. Groupées autour d’une cavité centrale, elles le déversent dans cette cavité; isolées dans un tissu conjonctif dense, elles ne peuvent excréter, et le mucus les distend. Cette distension pourrait aller, dans certains cas, jusqu'à la destruction de la cellule : le mucus se répand alors dans les mailles du tissu conjonctif.
4° Eléments histologiques inconstants. — On a signalé, dans la lumière des lymphatiques, des cellules épithéliales qui ne paraissent pas présenter de mucus. Ce sont des cellules mal limitées, à noyau souvent mitotique.
Les anatomopathologistes ne leur attribuent pas de signification spéciale.
5° Lésions de la trompe et de l'utérus. — Elles paraissent assez fréquentes et sont de diagnostic facile sur les coupes colorées au mucCi-Car min.
Elles siègent loin de la muqueuse, en pleine charpente conjonctive. |
Assailly 8
PATHOGENIE
Par quelle voie l’ovaire est-il atteint ?
Comment expliquer cette localisation élective, souvent isolée ?
1° La voie sanguine. — Elle n’est soutenue par personne. On ne voit pas, en tout cas, comment elle expliquerait la localisation élective sur l'ovaire.
2° La voie lymphatique, défendue par Schmorl, Glockner, Pfannenstiel, malgré des arguments sérieux, est à peu près abandonnée.
Sans doute, les ganglions lombaires sont très souvent envahis et l’on constate des embolies lymphatiques fréquentes dans le parenchyme ovarien et utérin. Maïs alors on devrait avoir aussi souvent chez l’homme des métastases au niveau du testicule, comme le fait remarquer Rosenstirn.
3° La voie transpérilonéale directe est la plus généralement admise aujourd’hui.
On peut admettre, ou bien que la première métastase est péritonéale et se fait dans le Douglas, l'ovaire n'étant envahi qu’ensuite, ou bien que la tumeur primitive, ayant atteint la tunique séreuse de l’estomac, essaime des cellules dans la cavité péritonéale, où elles vont se fixer sur le seul organe dépourvu de revêtement séreux et déclive (impfimplantation des Allemands). |
Krause a apporté à cette théorie une contribution expérimentale intéressante : il injecte dans le péritoine de cobayes adultes une dilution d'encre de Chine, et, longtemps après,
2 CR Ce
il retrouve des particules de la substance colorante dans les coupes histologiques de l'ovaire.
L’ovaire «est donc envahi de la périphérie vers le centre, ce que prouve, d’ailleurs, l'examen des coupes, qui montre les lésions allant en s’atténuant de la périphérie vers le centre.
L’ovaire, ainsi envahi, jouerait le rôle de foyer primitit vis-à-vis de l'utérus et de la trompe.