‹ Les Tumeurs Ovariennes: Dites de KrükenbergChapitre 8 sur 27 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Dès 1864, Cruveilhier décrit, dans son Traité d'anatomie pathologique, un cas de tumeur maligne bilatérale des ovaires « associée » à un épithélioma digestif.

Le travail princeps de Friedrich Krükenberg est de 1895. A propos de cinq observations, l’auteur fixe les caractéristiques anatomiques de ces tumeurs : grosses masses solides conservant la forme générale de l’ovaire, volumineuses, blanchâtres, lisses, bosselées de petites formations kystiques. Il s’attache essentiellement à la description histologique

Au milieu d’un stroma conjonctif plus ou moins dense, d'aspect sarcomatoïde, présence de grosses cellules à protoplasma clair, homogène, avec un noyau le plus souvent refoulé sur un côté de la cellule « comme le chaton d’une bague ».

« Malgré leur aspect franchement épithélial, dit-il, ces cellules semblent bien appartenir au stroma même dans lequel elles sont enchâssées; c’est pourquoi j’appellerai ces tumeurs fibrosarcoma mucocellulaire: »

Il s’agit donc, pour Krükenberg, de fibro-sarcome primitif.

Souligoux et Deschamps, à la Société d'anatomie, en 1901,

publient une observation dans laquelle ils ne font qu'émettre sans y insister l’hypothèse de la nature secondaire de ces tumeurs.

. C’est en 1901 que Krause insiste pour la première fois sur la nature métastatique constante des tumeurs décrites par Krükenberg. Il montre qu'il s’agit de carcinomes ovariens secondaires à des carcinomes digestifs et il s'attache à l'étude des voies d’envahissement de l’ovaire; pour lui, il y a greffe des cellules cancéreuses par voie transpéritonéale directe.

nee

Schlagenhaufer, en 1902, pose la question sur le terrain clinique. À propos de 79 cas, dont 8 personnels, il conclut qu’une double tumeur solide des ovaires commande l’examen complet du tube digestif.

Leriche, dans sa thèse de 1906, sur la « résection de l’estomac cancéreux », signale la fréquence des métastases annexielles après la gastrectomie (16 cas, dont 2 personnels).

Le développement de la chirurgie abdominale, les interventions plus nombreuses sur l’estomac et l’appareil génita: féminin, vont donner à ces faits, d’abord étudiés par curiosité, tout leur intérêt pratique.

Un article de Lenormant, paru dans la Presse médicale de 1910, constitue le premier travail d'ensemble français sur la question. |

En 1911, c’est la thèse de Metzger, où il est rassemblé 283 cas de cancers ovariens métastatiques.

-La thèse de Bardy en 1943. |

Puis, ce sont des observations isolées avec des descriptions histologiques où l’on ne retrouve pas toujours les aspects décrits par Krükenberg, et où l’on discute sur la voie suivie par l’envahissement néoplasique : sanguine, lymphatique, transpéritonéale.

Les ouvrages classiques, comme le Traité de gynécologie de Forgue et Massabuau (1927) et le Traité de thérapeutique chirurgicale de Lecène et Leriche (1926), accordent quelques développements à la question.

En 1927, la thèse de Mile Gauthier-Villars constitue la dernière mise au point de l’étude anatomo-pathologiqué de ces tumeurs.

ETIOLOGIE

Fréquence. — Elle est assez difficile à apprécier. Une statistique récente de Rau (1922) donne les chiffres suivants

Pour 86 cancers gastriques, 9 localisations ovariennes:

Pour 8 cancers du côlon, 1 localisation ovarienne;

Pour 30 cancers des voies biliaires, 3 localisations ovariennes;

Pour 36 cancers du sein, 9 localisations ovariennes.

Mais les lésions des ovaires peuvent être seulement microscopiques; d'autre part, beaucoup de cas rapportés dans les statistiques sont douteux, parce qu'incomplets, et l’on ne pratique pas systématiquement la recherche de ces métastases. i

Inversement, un examen plus systématique des pièces opératoires qualifiées « cancers primitifs de l’ovaire » permettrait plus souvent de rapporter ces tumeurs à leur véritable cause.

SIÈGE DE LA TUMEUR PRIMITIVE. — Sur les 365 observations rapportées dans la thèse de Mlle Gauthier-Villars (1927), nous trouvons :

Estomac, 247 observations:

Intestin grêle, 8:

Côlon-cæcum, 31;

Rectum, 14;

Voies biliaires, 17; Appendice, 1.

Dans 47 cas, cette notion manquait.

L’esitomac est de beaucoup le siège le plus fréquent du can-

MUST pee

cer primitif : environ 75 à 80 p. 100 des cas dans la moyenne des diverses statistiques.

L'intestin vient ensuite (côlon surtout) : dans 16 p. 100 des cas environ (Fargue et Massabuau).

Enfin, en dehors du tube digestif, il est un organe dont le cancer donne assez souvent des métastases ovariennes : c'est le sein.

ÂGE D'APPARITION. — Il est très variable. Des cas sont signalés chez des enfants, des vieillards.

Comme pour la plupart des cancers, c’est de 40 à 50 ans qu’on les observe surtout.

Cependant, la période d'activité génitale parait assez prédisposer aux localisations ovariennes : 93 observations de 31 à 45 ans sur 219 cas (Metzger).

L'association à la grossesse n’est pas rare. 20 fois sur 350 observations (Mile Gauthier-Villars). La grossesse donne un coup de fouet à l’évolution maligne et arrive rarement à terme.

CAUSES PRÉDISPOSANTES. — Pour Stone, la greffe des cellules cancéreuses par voie intrapéritonéale est facilitée par la position déclive des ovaires; d’autre part, il s’agit d'organes dépourvus de revêtement séreux et souvent ulcérés en surface.

La localisation plus fréquente des lésions sur l’ovaire droit serait en rapport avec la direction générale en bas et à droite de la racine du mésentère (Mlle Gauthier-Villars).

Page 1