CHAPITRE III
Étiologie. — Pathogénie.
10 Étiologie. — L’étiologie des tumeurs végétantes de l’ovaire, comme celle des tumeurs kystiques du même organe, n’est encore qu'imparfaite ment connue (1).
Le début de la maladie est difficile à préciser, car la tumeur ne s’accuse par des symptômes bien nets que si son volume est déjà considérable. C’est alors seulement que la tumeur est constatée et que l’on peut fixer l’âge des malades atteintes de ces néoplasies.
Age. — « D’après les notes de Peaslee, Spencer Wells, Kœberlé, J. Clay réunies par Olsliausen, il y avait sur 966 femmes atteintes de kystes de l’ovaire 32 femmes en dessous de 20 ans, 266 entre 20 et 30 ans, 298 entre 30 et 40, 213 entre 40 et 50, et 157 au delà de 50. Voilà pour les kystes de l’ovaire.
Ernst Cohn (2), sur 600 ovariotomies pratiquées par Schrœder en l’espace de neuf ans, a trouvé 100 tumeurs malignes de l’ovaire dont 52 kystes végétants (glandulaires et papillaires) et deux kystes dermoïdes carcinomateux.
Dans nos observations où l’âge est mentionné sur trente tumeurs végétantes de l’ovaire, nous en trouvons 6 de 20 à 30 ans, 4 de 30 à 40 ans, 13 de 40 à 50 ans, 4 de 50 à 60 et 3 au delà de 60 ans. Ici comme dans la statistique d’Olshausen, le maximun se rencontre entre 40 et 50 ans.
Nous n’avons pas trouvé dans la littérature médicale un seul cas de tumeur végétante avant la puberté; pourtant quelques auteurs ont vu
(1) Schrœder. Maladies des organes génitaux de la femme. Trad. Manceaux, p. 384.
(2) E. Cohn. Les tumeurs de mauvaise nature de l’ovaire. Zeitschrift fur Qeburtshulfe med gynœkologie, Heft 1.
des kystes de l’ovaire chez des enfants de 12 ans, 8 ans, 3 ans, 5 ans et même de 15 mois. L’appétit génésique ne prédispose pas à la dégénérescence des ovaires, puisque les statistiques d’Olshausen mentionnent 730 femmes mariées et 510 célibataires.
Fréquence. — Il est difficile de connaître d’une manière utile le degré de fréquence des tumeurs végétantes de l’ovaire. La statistique de Colin relève sur 600 ovariotomies 500 kystes de l’ovaire et 100 tumeurs malignes, or sur ces 100 cas il n’existait que 52 observations de tumeurs végétantes; la proportion est donc de 1 pour 12. Sur 47 tumeurs, Malassez et de Sinéty ont rencontré 7 fois des végétations, ce qui fait une proportion de 1/7. Poupinel, sur 152 kystes de l’ovaire a observé 24 kystes végétants ou papillomateux, ce qui domine une proportion approximative de 1/18.
La bilatéralité semble être la règle pour les kystes végétants de l’ovaire, tandis que la dégénérescence simplement kystique attaquant simultanément les deux ovaires est rare. Sur 500 ovariotomies, Spenser Wells ne l’a faite que 25 fois des deux côtés dans la même opération .
2° Pathogénie. — D’après Waldeyer, le kyste de l’ovaire, le kyste végétant, le kyste proliférant et le papillome ovarien sont des tumeurs d’origine épithéliale et se développant aux dépens de l’épithélium superficiel ou épithélium glandulaire. Pendant la vie foetale et durant les premières années de l’enfance, cet épithélium envoie dans le stroma ovarien des prolongements tubulés. Ces tubes dits de Pflüger s’étranglent de distance en distance pour former les follicules, de de Graaf et les ovules. Toutefois ce ne sont pas les follicules à la maturité qui fournissent les tumeurs en question, mais les tubes de Pflüger ; en un mot il faut qu’il persiste chez l'adulte des restes de ces éléments tubulés ou bien qu’il se forme de nouveaux tubes de Pflüger pour expliquer le développement des tumeurs kystiques de l’ovaire.
Les deux hypothèses peuvent être soutenues, en effet, en faveur de la première. Slavjansky (1) a trouvé des tubes de Pflüger légèrement kystiques dans l’ovaire d une femme de 30 ans. En faveur de la seconde Koster (2) a trouvé chez des femmes de 32 à 37 ans, et chez des
(1) Slavjansky. Bull, de la Soc. anat. de Paris , déc. 1873.
(2) Virchow. Hirsch' scher Jahresher, über, 1872. Bd 1, p. 52.
vierges de 16 à 17 ans, des enfoncements de l’épithélium glandulaire dans le stroma ovarique; à l’extrémité de ces enfoncements on trouvait des follicules naissants et en dessous de l’épithélium des jeunes follicules plus avancés.
Malassez et de Sinéty sont arrivés aux mêmes résultats. Schrœder (1) dit encore : « qu’il me soit permis de faire remarquer que le kyste de l’ovaire est congénital, mais non pas uniquement dans ce sens qu’il provient delà persistance de tubes foetaux qui, en se développant vont lui donner naissance ; mais on trouve assez souvent chez e nouveau-né de petits kystes congénitaux pouvant atteindre lagroslseur d’un pois et qui,pendantles années d’enfance, restent petits pour ne grandir que plus tard ».
Telle est la pathogénie de ces tumeurs. Comment peut-on avoir ensuite un kyste, ou bien une tumeur végétante on même une tumeur ovarienne ouïes cavités kystiques sont comblées par des productions nouvelles?
Les cellules des tubes glandulaires situées au centre se ramollissent, tombent dans l’intérieur delà poche, tandis que les parois donnent des tubes glandulaires nouveaux.
Le kyste est donc constitué; il comprend une enveloppe conjonctive, tapissée d’épithélium ; qu’elle va être maintenant son évolution? Tout cela dépend de la prédominance de développement que prendra l’un des éléments qui vont concourir à la formation des tumeurs végétantes.
(1) Loc cit., p. 395.