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HISTORIQUE

Quénu et Landel, avec Hartmann, qui ont consacré à cette question le mémoire le plus important, considèrent les tumeurs villeuses comme une entité anatomo-clinique bien distincte, que certains caractères évolutifs ou histologiques permettent dans une certaine mesure de rapprocher à la fois de l’adénome et du cancer habituel du rectum, mais que singularisent par ailleurs une architecture très spéciale et les « particularités remarquables » de l’épithélium villeux. Il s’agit, d’après ces auteurs, « d’épithéliomes cylindriques présentant une remarquable tendance à garder, à un degré plus ou moins marqué, les caractères primitifs des éléments dont ils dérivent.… Ce sont des épithéliomas cylindriques particuliers, comparables par leur superficialité, la lenteur de leur développement et l'intégrité habituelle du système lymphatique à certains cancroïdes de la face, observés principalement chez les vieillards. » En résumé ce sont pour ces auteurs des tumeurs intermédiaires aux tumeurs

FrG. Là 14,

LAMBLING TUMEURS VILLEUSES DU RECTUM

Fig. 1. — Tumeur villeuse bénigne typique. Le contour est irrégulier ; la tumeur est nettement lobée et lobulée. L'aspect papillomateux de la surface est lié à l’agglutination par bouquets de fines villosités. La base d'implantation était à peine plus étroite que le corps de la tumeur.

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Fig. 2. — Villosités d’une tumeur bénigne. Remarquer l'absence de toute réaction adénomateuse. On a l'impression d’un plissement de l’épithélium aboutissant progressivement à la villosité définitive (Obs. 2).

Fig. 3. — Arborescence villeuse plus âgée ;

aucune réaction adénomateuse.

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Fig. 4. — Coupe oblique d'un bouquet de villosités ; aspect labyrinthique;

prédominance” des cellules muqueuses.

Fig. 5. — Aspect d’une coupe oblique vue à un grossissement plus fort. Revêtement des cellules mi-muqueuses, mi-protoplasmiques; remarquer

les nombreux capillaires des axes conjonctifs (Obs. 2).

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Fig. 6. — Zone de passage entre la muqueuse normale et la tumeur. La haute cellule épithéliale, fixant fortement les colorants, fait très rapidement suite à la

cellule purement muqueuse. Les glandes participent également au processus (Obs. 1).

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Fig. 7. — Zone de passage entre l’épithélium muqueux normal et le revêtement de hautes cellules foncées caractéristiques de la tumeur.

( Grossissement E — Obs. 1.)

Fig. 8. — Coupe intéressant la base d'implantation des villosités. Il est difficile

de distinguer parmi les images glandulaires celles qui appartiennent à des acini vrais et celles qui relèvent d’une coupe oblique des puits intervilleux (Obs. 19).

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Fig. 9. — Tumeur villeuse bénigne; dégénérescence secondaire limitée à certaines bordures épithéliales; les franges villeuses périphériques ont été en partie abrasées. Remarquer surtout l'importance de réaction adénomateuse (Obs. 20).

Fig. 10. — Tumeur villeuse dendritique d'emblée maligne, aspect général. Les

villosités superficielles ont été abrasées au cours de l'intervention; il n'existe aucune réaction adénomateuse dans le stroma (Obs. 35).

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Fig. 11. — Le début de la dégénérescence secondaire au niveau d’une villosité : modification nucléo-cellulaires, plissement de l’épithélium en une invagina-

tion profonde (Obs. 23).

Fig. 12. — Évolution maligne typique.

Remarquer surtout le bourgeonnement de l’épithélium villeux (Obs. 29).

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Fig. 13. — Tumeur villeuse dendritique ; développement de villosités dans l'intimité du stroma conjonctif.

Fig. 14. — Métastase ganglionnaire au cours d'une tumeur villeuse secondairement dégénérée; aspect d'épithélioma cylindrique glandulaire

(Obs. 22).

HISTOGÉNÈSE ET PATHOGÉNIE 33

bénignes et aux tumeurs malignes, voisines de l’adénome du fait de leur longue évolution purement superficielle et locale et de leur origine glandulaire très vraisemblable, et proches du cancer en raison des caractères histologiques de l’épithélium et de la possibilité d’une évolution franchement maligne.

Cette manière de voir a été adoptée par un grand nombre d'auteurs, notamment dans les pays anglo-saxons. Dans leur excellent Traité des Maladies du Rectum Goodsall et Miles, sans être aussi explicites, reconnaissent un état civil à peu près identique à la tumeur villeuse. Harrison Cripps en fait également une tumeur intermédiaire à l’adénome et au cancer, mais avec des considérations un peu différentes : histologiquement la tumeur villeuse est un adénome, mais elle se distingue de ce dernier par son plus grand volume, par un pédicule plus court et plus large, et se différencie du cancer par son développement superficiel, strictement muqueux.

À cette conception qui individualise la tumeur villeuse, s’oppose celle d’autres auteurs qui ne veulent voir dans cette dernière qu'une variété d’adénome un peu particulière du fait des excroissances villeuses qui s’insèrent sur sa surface. C’est à peu près textuellement l’opinion émise par G. Gant dans son Traité des Maladies du Rectum. De même H. Strauss classe les adénomes en deux groupes, les adénomes muqueux (Schleimpolypenadenome) et adénome villeux (villôsen Polypen, Zottenpo lypen). Kelsey, Fink et d’autres auteurs considèrent également les adénomes villeux comme des tumeurs bénignes, ne différant pas des adénomes ordinaires.

Enfin Rokitansky et ensuite Hauser, parmi d’autres auteurs allemands, démembrent plus complètement encore le groupe des tumeurs villeuses. Rokitansky envisage ces néoformations comme étant tantôt des tumeurs bénignes, tantôt des carcinomes à type dendritique qu’il appelle cancer villeux (Zottenkrebs). Hauser est plus explicite encore et décrit d’une part des cancers superficiels à structure villeuse, d'autre part des polypes villeux assimilables aux adénomes.

L'analyse de nos observations nous a amenés à une conception mixte, associant celles de Quénu et Landel et des auteurs allemands. Ainsi que nous l’avons exposé plus haut, nous distinguons

deux variétés de tumeurs villeuses : d’une part les tumeurs LAMBLING 3

villeuses bénignes, qui correspondent, à quelques légères différences près, à la description clinique et histologique donnée par Quénu et Landel; d'autre part, les tumeurs villeuses dendritiques, d'emblée malignes dans leur évolution, et qui s’apparentent à ce que- Rokitansky et Hauser ont décrit sous le nom de cancer superficiel, dendritique ou à structure villeuse.

11 nous semble done que la conception de Quénu et Landel n’est pas suffisamment compréhensive au point de vue histologique, puisqu'elle n’embrasse pas la totalité des tumeurs villeuses dans sa description. Par contre, Rokitansky et Hauser décrivent bien des tumeurs à caractères villeux, les unes bénignes, les autres malignes, mais ils leur refusent une individualité anatomoclinique et les considèrent comme de simples variétés d’adénomes ou de cancers. Or, à notre avis, les tumeurs villeuses bénignes et les formes dendritiques d’emblée malignes réalisent un mode de réaction histologique très particulier de l’épithélium rectal, tantôt bénin, tantôt malin, et constituent à cet égard un type anatomique et clinique qui mérite d’être individualisé à côté du processus adénomateux et de l’épithélioma à type glandulaire. Il nous reste à légitimer cette manière de voir dans les lignes qui vont suivre.

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