INTRODUCTION
Durant notre année d'Internat dans le Service de notre Maître le Docteur Bensaude, nous avons été frappé du nombre de tumeurs rectales et rectosigmoïdiennes adressées à la consultation avec: le diagnostic d’adénome ou de cancer du rectum, alors que lenr aspect clinique, bien souvent, et leurs caractères histologiques, toujours, les difjérenciaient de l’une et de l’autre de ces néoformations. C’est ainsi que nous avons appris à connaître les tumeurs villeuses et que sur les conseils de M. Bensaude, nous nous sommes attaché à leur étude.
Nous avons ainsi groupé trente-sept observations de tumeur villeuses ; les unes ont été recueillies à la consultation et dans le service de Gastro-entérologie de M. Bensaude, à l'hôpital Saint- Antoine. D'autres proviennent du service du Professeur Lecène, à l'hôpital Saint-Louis. Enfin nous devons à l’obligeance de nos deux Maîtres d’avoir pu utiliser les documents qu’ils avaient personnellement réunis dans leur clientèle particulière.
L'étude de ces observations nous a confirmé la fréquence relative des tumeurs villeuses contrairement à l'opinion classique. En effet, nous ne trouvons mentionnés, dans les mémoires français de ces trente dernières années, qu'une douzaine de cas au maximum, et dans toute la littérature médicale que 150 observations environ depuis la publication princeps de Quain en 1854. Cependant M. Bensaude insistait déjà depuis longtemps dans son enseignement clinique. et contrairement à l'opinion classique, sur la fréquence méconnue de ces néoplasies.
En outre, la confrontation de l’évolution clinique et de la constitution histologique de ces tumeurs nous a amené à proposer une
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classification difjérente de celles des auteurs. En efjet nous avons constaté d’une part des tumeurs villeuses bénignes, dont les caractères correspondent à ceux de la description classique, mais qui semblent, plus souvent qu’on ne l’a dit, évoluer vers la dégénérescence maligne, et d'autre part, des tumeurs villeuses dendritiques, d’emblée malignes, vraisemblablement distinctes des précédentes, mais que leur architecture essentiellement villeuse et leur évolution clinique spéciale autorisent à classer dans un même groupe anatomo-clinique, et à distinguer formellement du cancer glandulaire.
Dans un premier chapitre nous aborderons l'étude clinique d'ensemble de la tumeur villeuse de façon à bien en isoler le tableau. Nous étudierons ensuite les aspects histologiques de ces trois variétés de tumeurs et nous légitimerons la distinction que nous proposons ; nous tâcherons de situer leur place dans le cadre nosologique, la tumeur villeuse bénigne, surtout vis-à-vis de l’adénome et la forme dendritique, à côté de l’épithélioma cylindrique d’origine glandulaire.
Les caractères histologiques de ces tumeurs une fois précisés, nous rappellerons dans un chapitre d'ensemble la symptomatologie et l’évolution propres à chacune d’elles, et nous discuterons leur pronostic.
Au chapitre du diagnostic nous réserverons une importante place à la biopsie. Nous avons en effet largement utilisé cette épreuve, souvent à plusieurs reprises chez le même malade ; et, comme dans un grand nombre de cas nous avons pu compléter cette étude histologique fragmentaire par un examen microscopique de préparations plus étendues prélevées sur les pièces opératoires, ùl nous a été possible de préciser, en ce qui concerne ces tumeurs en particulier, les limites au delà desquelles il serait vain de demander à cette méthode des précisions que, par sa nature même, elle ne peut nous fournir. Cette question mérite à notre avis de retenir l'attention.
Enfin nous avons pu juger, chez plusieurs de nos malades, des effets de la radium- et de la radio-thérapie, ainsi que de la valeur de la fulguration. L'intervention chirurgicale retiendra particulièrement notre attention et nous exposerons brièvement les indications des diverses techniques opératoires qui méritent d’être retenues.
L'importance relative de notre statistique pouvant nous exposer à une critique préjudicielle concernant la valeur des faits que nous rapportons, nous croyons utile de résumer en quelques lignes, dès