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LES MASSACRES

CARTE GÉOGRAPHIQUE partielle des VlLAYETS D'ADANA et D'ALEP

Les premières journées du carnage à Adana.

Résumé des lettres des i er , 2, 3 et 4 avril 1909, ' adressées par H. Terzian,

au journal « Jamanak* * :

Le matin du 1 er avril le marché d' Adana présentait une animation extraordinaire. De nombreux Turcs et Kurdes armés de massues, de grands gourdins, de faux et autres armes, se promenaient de long en large. Nous autres, Arméniens, nous prévoyions un malheur; aussi deux heures après nos magasins étaient fermés, nous étions rentrés chez nous. Au début, des soldats de l'infanterie et de la cavalerie circulaient, des notables turcs et arméniens tâchaient de nous persuader de rouvrir les magasins. Soudain, à quatre heures, une terrible fusillade éclate et les soldats s'en vont rejoindre leur garnison. La première victime qui tombe sous le feu meurtrier fut M. David Ourfalian, qui avait essayé de rétablir le calme : il fut tué dans le marché même. Dès ce moment l'effroi s'empara de tout le monde. Des milliers de Turcs qui s'étaient réunis au palais du gouverneur s'élancèrent dans les quartiers armé-

(1) Journal quotidien arménien paraissant à Constanlinople.

niens. M. H. Chadriguian qui se trouvait au palais même fut assassiné à son tour ; on va à l'assaut des hôtels, passant au fil de l'épée des centaines de voyageurs tous originaires de Hadjine.

Le pillage commence à 8 heures. Sur les boutiques appartenant à des Turcs, on avait placé au préalable un écriteau « Magasin Islam » qui y est encore aujourd'hui. Les magasins arméniens sont ouverts et dévalisés. De la croisée de ma chambre je distinguais des milliers de Kurdes et des fellahs arabes courant dans les rues chargés de butin.

Le massacre est à son plus haut degré d'intensité. Des milliers et des milliers de coups de fusils détonnent à nos oreilles, s'approchant de nous de plus en plus. De nombreux Arméniens à demi nus et blessés nous demandent un refuge, les cadavres remplissent les rues. Dieu! quel spectacle affreux!

Le soir arrive, mais le crépitement de la fusillade n'en continue pas moins pour cela. Nous autres Arméniens nous nous défendons du haut de nos maisons avec de vieux fusils. Le lendemain, au matin, une grande partie du quartier arménien était littéralement maséacrée, pillée.

L'attaque, ce jour-là, fut plus terrible que la veille, on dit que de nombreux soldats ayant leurs officiers en tête, ainsi que des agents de la police se sont mis du côté des massacreurs : on a vu des fusils Martini entre les mains des Kurdes ; qui est-ce qui peut les leur avoir procurés ?

Il n'y avait plus moyen de résister ; désespérés, nous avons couru nous réfugier â l'abri du drapeau français dans l'église des Jésuites ; nous étions dans la cour, car l'église était débordée ; on était telle-

ment nombreux qu'il n'y avait pas moyen de remuer. Nous étions près de 3.000 personnes chez les Jésuites, un millier à l'Église évangélique, quelques centaines à l'établissement des missionnaires américains, une centaine chez M. Yanco Arthémi, drogman du Consulat russe, de sorte que nos maisons étaient vides.

Cependant on voulait nous attaquer quand même et pour cela on tirait des coups de fusil sur l'édifice des Jésuites, deux personnes furent blessées. Il y en eut quelques-unes aussi chez les Américains. Le consul anglais de Mersine eut le courage et la témérité de parcourir la ville accompagné de quelques soldats seulement. Ce fut son cheval qui le premier reçut un projectile, le consul fut lui-même blessé, à son tour, au bras droit. Nous en fûmes tous profondément touchés, car il le fit pour défendre notre cause.

Le deuxième jour, vers le soir, une fumée épaisse envahit Adana, nous comprîmes qu'on incendiait la ville. Les quartiers arméniens brûlèrent toute la journée ainsi que la nuit suivante, et tout fut réduit en cendres,

La population est affamée, elle demande du pain, plusieurs personnes se sont évanouies ; j'ai perdu aussi mon petit ange Krikoris-Raffi qui est mort de faim le troisième jour.

Le soir du troisième jour nous priâmes un des notables de la ville, Osman bey, d'intervenir pour faire cesser les massacres, dés drapeaux blancs de reddition furent hissés mais la populace qui ne corn* prenait rien à ces signaux de paix, continua de plus belle ses atrocités. Des centaines de blessés et de

morts encombraient la place où nous nous tenions. — A dix heures du soir quelques notables arméniens se rendirent sous la protection de quelques notables turcs chez le gouverneur. Après de longs pourparlers, ils nous revinrent. Les troupes régulières reparurent de tous côtés au son du clairon; mais la fusillade quoique ralentie continua ainsi que l'incendie à faire des victimes jusqu'au matin du quatrième jour.

— Le quatrième jour nous étions hors de danger ; mais les pertes tant humaines que matérielles étaient cent fois plus considérables que ce que nous pouvions supposer. Il y avait des mares de sang partout... Plus de la moitié des maisons arméniennes étaient brûlées, les magasins des musulmans étaient indemnes, grâce à l'écriteau dont je vous ai déjà parlé. Les sauvages se réjouissaient de leurs faits et gestes et appelaient cela de la valeur et de la bravoure... Les cafés entourant le palais du gouverneur sont pleins de turcs qui prennent du café et fument leur narguilé se racontant leurs actions barbares, en ricanant ; tandis que leurs victimes, des veuves, des orphelins et de tous petits enfants se lamentent et pleurent dans les églises.

Les écoles nationales sont transformées en hôpitaux, nous avons plus de 500 blessés à y soigner, les médecins et les pharmaciens se prodiguent pour soigner les malades. Des milliers de cadavres gisent dans les rues, les victimes arméniennes sont ramassées et jetées pêle-mêle dans des tombereaux à gadoues et de là jetées dans le fleuve...

Adana est perdue, Adana est massacrée, Adana est en cendres, il n'y a presque plus d'arméniens dans la

ville et les environs... Ce qui est à remarquer, c'est que l'on n'a pas touché aux grecs, on a même surveillé leur quartier. Le massacre était donc ordonné expressément contre les Arméniens.

On ne sait pas au juste les pertes d'hommes, mais on les évalue déjà à 15.000 au minimum (1). Les pertes matérielles s'élèvent à plus de vingt millions de Livres turques (460 millions) de francs. Le massacre d'Adana est unique dans l'histoire par sa fureur et ses conséquences.

Le second massacre d'Adana.

Résumé d'une lettre publiée par le « Jamanak » du 21 mai 1909.

Adana, le 18 avril 1909.

Le premier massacre commencé le 1/14 avril, avait duré cinq jours. Les pertes humaines s'élevaient à 20.000, l'incendie avait déjà détruit la plus grande partie des maisons et magasins arméniens, quand les autorités locales sans remords daignèrent enfin

(1) Près de 600 grecs ont été massacrés aussi par erreur ou par mégarde, ce sont des orthodoxes, des chaldéens, syriens et autres. La perte matérielle est évaluée à 300.000 livres (soit 6.900.000 frs).

mettre un terme aux troubles. Le peuple s'était réfu-* gié affamé et dénué de tout, dans les églises et écoles arméniennes, dans l'église arméno-eatholique et dans la salle des protestants arméniens. — La municipalité locale se chargea de distribuer le pain quotidien, juste de quoi ne pas mourir de faim. Les églises étaient tellement bondées de monde qu'une épidémie était à craindre, et les autorités obligeaient le monde à se disperser ; mais malheureusement le peuple avait perdu confiance, d'autant plus qu'une feuille locale « lttidal » surexcitait les Turcs contre les Arméniens et donnait ainsi lieu à craindre un second massacre. Le calme dura ainsi quelques jours dans cet état incertain. Dimanche, le 12/25 avril on a pu circuler librement dans les rues, malgré les observations injurieuses que lançait la basse populace. Dans l'après-midi, vers les 9 heures à la turque, un trouble important commença du côté du marché. La frayeur des Arméniens était inénarrable, parce que, cette fois-ci, ayant été désarmés par le gouvernement, il leur était impossible de se défendre comme il faut ; aussi tout le monde se réfugia dans les églises, prêt à être égorgé comme des moutons. La fusillade s'accentua, les bachi-bozouks et les soldats arabes des environs vinrent se joindre à la populace. La frayeur dans les églises était indéfinissable, les lamentations, les pleurs et cris des femmes et des enfants fendaient le coeur. D'un côté la fusillade continuait, d'autre part les flammes attaquaient tout et montaient vers le ciel. Tous les endroits où les Arméniens se réfugiaient étaient livrés au feu. L'école de Mouchegh, l'église Saint-Étienne étaient environnées de flammes ; ceux qui s'y trouvaient essayèrent alors de

fuir, pour sauver leur vie espérant pouvoir aller s'abriter à l'église des Jésuites ; mais malheureusement des bachi-bozouks armés de fusils Martini avaient cerné les édifices, et tous ceux qui avaient mis le pied dehors étaient fusillés à bout portant. C'est pourquoi il y avait un monceau de cadavres de femmes, enfants et jeunes gens devant St-Étienne et l'école Mouchegh. Après que le feu eût accompli son œuvre destructive, tous ceux qui eurent le malheur de rester vivants, virent devant eux, le lendemain, le spectacle terrifiant d'un charnier de corps humains carbonisés.

Oui, ces cadavres à demi-carbonisés étaient ceux de leurs frères, de leurs chers parents, de leurs amis; oh! inconscience humaine, oh! tyrannie monstrueuse! Les arméniens restés vivants s'étaient réfugiés en dernier lieu dans l'église des Jésuites, dans la salle des protestants et chez M r Chambres, sujet anglais. Les bourreaux impitoyables qui ont surpassé Néron, riaient du malheur des Arméniens et pour bien accomplir leur programme jusqu'au bout, y mirent aussi le feu. Les Arméniens essayèrent en vain de sauver l'église des Jésuites, mais il n'y avait pas moyen d'organiser les secours nécessaires, car des balles tombaient dru sur eux et deux personnes moururent. Ainsi cette église fut aussi dévorée par les flammes, et le dernier espoir des Arméniens disparut à jamais. A l'approche de la mort terrible, tout ce monde suppliait, priait à genoux et chacun donnait un dernier baiser à ceux qui lui étaient chers, avant la séparation éternelle. — La peur des flammes décida ces pauvres gens à sortir de là et à courir mourir ensemble au palais du gouverneur, Qn

ne pourrait décrire que bien imparfaitement la désolation des femmes et leurs cris désespérés. Tous sans exception, vieillards, femmes, enfants, jeunes gens eurent donc recours aux autorités ; malheureusement pendant le chemin à parcourir les soldats et les agents de police fouillaient ces malheureux, sous prétexte de chercher des armes, et faisaient ainsi disparaître leur argent et leurs montres, tout comme ces bandits qui dévalisent les cadavres .

La vaste salle du palais n'avait pas de place libre, tant on y était serré ; les employés du gouvernement et les bachi-bozouks lauçaient des regards sournois qui désespéraient davantage ce pauvre peuple.

Nous restâmes une heure durant dans cet état, et nous pûmes voir de là que les agents de police démolissaient l'arc de triomphe dressé le 11/24 Juillet 1908 en l'honneur de la Constitution.

Un instant nous eûmes peur, croyant que l'ancien régime était revenu, surtout quand le vali ordonna au peuple de crier par trois fois : « Vive le Sultan ». C'était la première fois que je voyais un être qui se disait un homme et qui se moquait du malheur humain ; je veux parler du Vali d'Adana, ce monstre qui est un des organisateurs et chefs des massacres d'arméniens. Tous les arméniens, désespérés se trouvaient dans une misère noire et le vali souriait du haut de son palais. Ce fait m'a rappelé Néron qui s'amusait à organiser impitoyablement des incendies et des massacres. — Après quatre heures d'attente dans les jardins du palais, ordre fut donné aux arméniens de se disperser, mais où ? Il ne restait plus de maisons arméniennes, les églises étaient brûlées. — Le consul anglais qui eût connaissance de ces faits

David effendi Ourfalian

Première victime des événements d'Adana (1909)

s'en occupa par dévouement pour venir en aide à ces malheureux, il les casa provisoirement chez les frères Tripani et chez les fabricants allemands à l'extrémité de la ville.

Actuellement 25.000 personnes sont sans abri ; l'insécurité est complète, quoique les soldats venus de Salonique aient inspiré un peu de confiance. — La

situation est intolérable. — ; Arrivez au secours!

Comme je vous le disais la population campe en dehors de la ville, le gouverneur Foblige à y entrer, malheureusement on n'est pas sûr de l'état des choses. — Les arméniens qui se promènent seuls sont molestés. Hier le gouverneur et le conseiller militaire ont engagé ceux qui avaient des vignobles à y retourner sans plus de retard. Un arménien a eu l'audace de leur faire observer que l'insécurité régnait dehors et qu'hier même quand on allait aux vignes, on a assassiné son camarade et que lui-même l'a échappé belle. Le commandant lui a crié à la face : « Tais-toi imbécile, pareille chose ne peut arriver, la sécurité est rétablie ».

Le plus grand coupable des massacres d'Adana est ce commandant ; il paraît que c'est lui-même qui avait organisé aussi ceux de Marache, 13 ans auparavant.

Les autorités font des efforts depuis hier pour ramasser les meubles et objets pillés. Nous avons assisté à une scène amusante dans le quartier Yéni- Mahallé, qui met à nu les raisons des massacres d'Adana. — On a fait des recherches dans la maison d'un certain hodja (lettré) Cheïkh Ali; l'officier chargé de cette mission a dû fouiller la terre. On y a trouvé beaucoup de marchandises pillées. L'officier se retournant vers le hodja lui a fait des remontrances

et Fa admonesté ; le hodja lui a répondu avec un sangfroid étonnant: « De quel droit me faites-vous des remontrances y le gouvernement a or donnè y nous lui avons obéi ».

L'officier a arrêté le respectable hodja et Ta coffré pour que d'autres secrets ne se divulguent pas.

N'est-ce pas que les arméniens sont les fauteurs des troubles ? Répondez, ô monstre de Djevad Bey, vous et vos traîtres consorts*

Vazkène.

Massacres de Bahdjé, Osmanié, Islahié et Hassan-Beyli.

Lettre publiée dans le « Puzantion ».•*, du 13/26 Mai 1909.

Aïntab, le 3 Mai,

Mercredi le 1/14 Avril il nous est arrivé des nouvelles d'Osmanié, que d'après les ordres du sultan on commence à massacrer les guiavours dans Adana et pour cela les Rédifs de l'endroit sont appelés sous les armes ; sur ces nouvelles l'appétit sanguinaire de la populace s'excite terriblement. Les rédifs d'ici réclament en disant : « du moment qu'il faut massa- « crer les guiavours il faut d'abord exterminer ceux « d'ici et aller ailleurs après » , la populace demande

(1) Journal quotidien arménien paraissant à Constantinople.

aussi des armes et va faire des réclamations à la gendarmerie.

— Le commandant essaye de résister, mais voyant qu'on s'en va dévaliser la garnison, il condescend au désir de la populace ; il fait une distribution d'arxnes et de munitions de guerre, en inscrivant leurs noms.

La basse classe ainsi armée, se rue sur les maisons arméniennes, elle massacre, pille et brûle tout. Ceux qui échappent au feu sont massacrés avec des tortures;

inouïes Le bruit des événements d'Osmanié se

répand très rapidement, partout il règne une fureur fanatique ; une populace de quelques milliers d'indi-* vidus se jette sur les villages Kharni, Lapachli, Entilli, Keller, Sarilar, etc., etc., ils massacrent tous les habitants arméniens de ces endroits. Il ne reste plus que des femmes et des enfants de dix à douze ans.

La bande se rue le 3 avril, vendredi sur la petite ville de Bahdjé centre du kaza. Le curé Vahan et M. Boghos membre du tribunal local ont recours au caïmacam, ils implorent des secours et son aide devant cette nouvelle situation, le eaïmacam les rassure leur disant qu'il n'y aurait rien par là. Mais, il n'oublie pas d'envoyer estafette sur estafette au gouverneur d'hlahié lui faisant croire que les arméniens s'étaient révoltés marchant sur Bahdjé* On dirait que le gouverneur d'Adana, de triste mémoire avait donné le mot d'ordre de répéter partout cette même phrase. Cette circonstance est reconnue et controuvée par le substitut de Kadir Pacha, de Mar^che, un certain Moustafa Effendi qui eût connaissance du fait et qui se trouvait circonstantiellement à Islahié, il peut en témoigner. Enfin le massacre de Bahdié,

commence au moment ou l'abbé Vahan se trouvait chez le caïmacam. Le précédent mujti de l'endroit, Ismaïl Effendi, un vrai monstre, soulève la populace par ses discours la dirigeant lui-même contre les arméniens qui se trouvaient dans leurs magasins ou chez eux. Les arméniens épouvantés courent se réfugier chez des dames missionnaires allemandes, mais ces dernières, sous le coup des menaces de la populace furieuse gardent les portes fermées et tous ces pauvres malheureux tombèrent victimes de la fureur sauvage : Le caïmacam se décide à aller protéger les missionnaires. Le curé Vahan et M. Boghos désespérés se réfugient dans une mosquée. Un moment après le caïmacam revient avec le mufti, il propose au curé de les conduire auprès des missionnaires, le prêtre consent, mais à peine a-t-il mis le pied dehors qu'on lui tire un coup d'arme par derrière qui le fait tomber, il lève les bras au ciel mais un deuxième puis un troisième coup l'achèvent. Voyant qu'il respirait encore on lui tranche la tête et on se la jette du matin au soir comme une balle avec force horions et force blasphèmes, tandis que son corps est jeté dans des lieux. M. Boghos a été massacré de la même façon. Des détenus arméniens sont tués dans le gouvernorat de Bahdjé. Pendant ces événenements tragiques le village arménien Hassan-begU était encore tranquille on avait appris les faits d'Osmanié mais on ignorait ceux de Bahdjé^.

C'est seulement vers le 2 et 3 avril que des groupes armés y apparaissent, mais ils ne faisaient pas encore irruption pour que d'autres groupes qui tra-

(1) Bahdjé du Caza de Boulaaik. (Voir la carte.)

vaillaient aux alentours puissent se joindre à eux ; en attendant ils occupaient leur temps à interrompre les communications et ils faisaient croire aux pauvres habitants de Hassan-beyli qu'ils étaient réunis là pour leur protection, mais les arméniens ne pouvaient pas ajouter foi à leurs assertions et ils restaient sur le qui vive. Enfin, de tous les environs et même du coté de Marache des groupes compacts, nombreux, formaient une armée munie de fusils Mauser et Martiny et se ruaient comme un torrent sur le village. Les arméniens opposaient une résistance désespérée repoussant durant deux jours les attaques de cette horde de vandales ; mais la populace furieuse réussit à pénétrer dans le village, du côté faible du quartier Kala et prenant position elle tira sur les maisons ; en vain de courageux jeunes gens arméniens essayent à plusieurs reprises de les déloger, leurs efforts sont inutiles ils sont obligés de rebrousser chemin pour rentrer chez eux. L'incendie prend de grandes proportions, les arméniens abandonnent tout pour se sauver dans les montagnes, mais les balles les poursuivent et la plupart tombent, atteints.

Cependant chez M. Guiragosse, un des notables du village, on ignorait ce départ et l'on résistait encore.

A la nuit, apprenant qu'il n'y avait plus personne dans le village, on fait de même. Le matin, la populace n'ose pas attaquer cette demeure des lions et la fusillade continue jusqu'à midi, mais voyant que personne ne répondait de l'intérieur, on croit à un piège. Enfin sur les ordres du maudit mufti de Bahdjé et de l'officier Kel Agha, deux personnes s'avancent vers la maison et constatent qu'elle est délaissée et font des signaux à la populace qui s'y rue, pille et

LES TUfcCS ONT PASSE LÀ..

brûle totit ce qui restait debout dans ce riche village arménien.

Un spectacle navrant règne actuellement dans les montagnes. Les fuyards effrayés, mis et affamés ne savent où donner de la tête. La mère cherche ses eh* fants, les enfants se lamentent loin des parents, des créatures impitoyables poursuivent ces ttialheùrèux avec une sauvagerie farouche, souillent les belles vierges, les fiancées ou épouses et massacrent les hommes. Les femmes vertueuses supplient leurs maris de les tuer de leur propre main et de ne pas les abandonner aux passions brutales de ces forcenés; quelques-uns exécutent leur supplique puis se suicident eux-mêmes auprès de leur épouse.

Les trois prêtres du village sont tués, l'abbé Nersès reçoit une balle qui l'étend, mais comme il a encore un souffle de vie on lui casse les dents, et on lui écrase la tête à l'aide d'une grosse pierre. Sa fille toute effrayée va se jeter dans les bras de sa mère, mais les monstres étouffent la malheureuse femme et emportent la jeune fille. Elle se trouve actuellement chez Abbasoglou Ali, kèhia du village Kaypac, où on l'a mariée de force. La fille d'Ohannès Agha du village d'Entilli a été aussi enlevée et se trouve chez le fils de Arpali Huyuk Kessadjiklbo. Ce que nous écrivons est connu de tous, mais il y a bien d'autres faits qui passent inconnus. Ils ont tué le prêtre Ohannès, en remplissant de poudre sa bouche et en y mettant le feu. Quant à un nommé Serkis qui était un policier, on l'a amené sur la place publique d'Osmaîiié et Ton a affiché que chacun devrait manger un morceau de sa Chair ; des centaines de cannibales se raient sur le malhèureux, et lui coupent les morceaux

de chair à l'aide de leurs couteaux, le pauvre manyr expire enfin au milieu de tortures inouies.

— L'homme ne sait pas où il vit. Est-ce parmi les anthropophages du fond de l'Afrique, ou des loups ou des bêtes féroces? Une partie des survivants arméniens est arrivée à Marache et à Findidjak après des difficultés effrayantes, mais une multitude de 4000 femmes et enfants éprouvés se trouvent amoncelés à Bahdjé (1) n'osant pas s'aventurer loin des habitations, le D T Shepherd qui en revient, fait prévoir que ceux qui ont échappé au sabre et au feu peuvent devenir les victimes de la dysenterie si on ne les retourne pas dans leurs villages ; car l'air de Bahdjé est infect actuellement...

A. N. Nazar.

La défense de Hadjine

Lettre des sœurs arméniennes catholiques de liramaculée Conception de Hadjine.

Hadjine, le 13/26 mai 1909.

Très honorée et aimée Mère Supérieure,

Le 4/17 avril le samedi de Pâques, nous étions occupées par la préparation des robes des écolières poûr la procession qui devait avoir lieu le lendemain.

Il était neuf heures à la turque environ quand on entend des coups de feu du côté du marché.

Tous les chrétiens les armes à la main accourent

(1) Le mufti de Bahdjé, eause de tant de pertes d'hommes et de la ruine de tant de familles, a été enfin pendu à JErzine, avec une de uz aine de feamdits de sa trempe, em décemUrè 1989.

immédiatement de ce côté là. Quelques musulmans ont été blessés, il y a eu des tués, les chrétiens n'ont rien eu. (Il est indiscutable que le premier coup a été tiré par un turc). Les boutiques furent fermées de suite, les musulmans qui n'occupent qu'une soixantaine de maisons, conscients de leur infériorité sur les chrétiens, et persuadés qu'ils ne pourront les massacrer comme ils le désiraient, se sont enfuis vers les villages musulmans avoisinants, où les villageois s'étaient déjà préparés pour organiser un massacre. Quant à nous, nous avons immédiatement remis nos élèves à leurs parents.

Les citoyens chrétiens, voyant ce qui les menaçait se sont lancés le lendemain vers les montagnes environnantes pour résister, en cas d'attaque aux musulmans. Ils nous ont surveillés pendant quatre jours. Le cinquième les sauvages ivres de sang ont cerné les monts et la bataille a commencé.

Les assaillants comprenaient plus de 12.000 individus ; dans leurs rangs se trouvaient des canailles de la pire espèce. Jusqu'au soir nous étions abasourdies par le crépitement des armes, notre sang figeait. Les appels de nos guerriers improvisés « au secours, au secours ! » nous glaçaient d'épouvante : comment pouvait-on résister avec de vieilles armes et si peu d'hommes, contre 12.000 canailles bien armées ? Aller aux appels déchirants des nôtres, c'était s'exposer gratuitement aux balles de l'ennemi.

Les nôtres vaincus commencent à reculer, déjà ensanglantés; d'autres tombent morts baignant dans leur sang, et sont enterrés dans les antres des montagnes. Il ne reste plus d'espoir de donner la chasse à l'ennemi.

Nos guerriers préfèrent donc rentrer chez eux et mourir à côté des leurs.

Ils nous reviennent désespérés et mornes. Le télégraphe ne fonctionne plus pour les chrétiens, l'ennemi est si serré et dense qu'un oiseau ne pourrait franchir ses rangs. Malheureusement il ne se trouvait dans Hadjine ni gouverneur, ni juge pour réclamer protection. Que devenir ?

Nous étions donc condamnées à nous préparer à la mort, à teindre de notre sang les sabres ennemis, à recevoir dans nos flancs les balles de leurs fusils ou à brûler vivantes dans les flammes.

L'ennemi avance, il est déjà aux pieds des montatagnes, il a formé ses barricades et protégé par cet abri il fait pleuvoir du plomb sur notre ville. Le sifflement des balles mêlé aux cris sauvages des assaillants remplissent les airs ; la fumée qui s'échappe des armes à feu empêche le soleil de venir jusqu'à nous. Dieu ! quelles journées terribles nous avons passées alors! Quelle plume pourrait décrire les pleurs, les gémissements et le tohu-bohu général ?

Nos hommes rentrés en ville, ont eu l'ingénieuse idée de perforer les murs qui séparent les maisons, ils ont placé des veilleurs pour empêcher l'ennemi d'envahir la ville. Ces gaillards s'encourageaient mutuellement. Les balles pleuvent drû, on est trop exposé dans les maisons où le danger est grand. Chacun quitte son chez soi se sauvant au milieu des balles vers les églises. Quel spectacle navrant, de voir des mères leur bébé au bras, et traînant de leur main libre d'autres enfants en bas-âge; ils pleurent tous effrayés en cherchant vainement un refuge. La nuit est tombée, une clarté lugubre éclaire Hadjine,

nous remarquons par nos croisées que ce sont les maisons des vignobles qui flambent avec des craquements sinistres.

Le septième jour, l'ennemi est à Saint-Serge (Saint-?Sarkis) où se trouve notre vignoble. C'est là qu'il campe mais, par bonheur il ne Tapas totalement dévasté, notre campagne est devenue cependant inhabitable.

La même nuit les conduites d'eau de la ville ont été coupées et au moment où l'on essayait de détruire la canalisation du côté resté indemne, nos vaillants défenseurs ayant aperçu des ombres remuer dans l'obscurité, ont tiré dessus et sont parvenus à les mettre en déroute.

Les habitations ne valaient plus rien, les vitres étaient trouées et cassées, nous sommes descendues dans les sous-sols, nous étions quatre sœurs dans le même lit et protégées par une seule couverture et nous pleurions chaudement. Notre maisonnette et notre église étaient bondées, on n'entendait que des pleurs de toutes parts. On lance des dépêches pour demander du secours, mais comme réponse il n'y a que des mensonges. Aujourd'hui des soldats vont arriver, demain les secours arriveront, etc. etc. Enfin on a eu recours aux consuls de France et d'Angleterre, leurs réponses sont plus consolantes ; malheureusement il y a 4 jours à marcher pour arriver jusqu'à nous. Nos ennemis sont forts et leur nombre augmente de jour en jour, des baçhi-bozouks qui prennent des cartouches à, la garnison nous visent continuellement.

11 est minuit, soudain on frappe violemment à la porte de la cour, nous la faisons ouvrir, c'est un veilleur de nuit qui nous crie tout essoufflé. « Eh !

LES TUffCS ONT PASSE LA..

les femmes, préparez vite de l'eau, on a mis le feu à la ville». L'effroi s'empara de nous et les pleurs redoublent d'intensité. Oh ! mon Dieu, est-ce vraiment le jugement dernier ? Il n'y a plus moyen de fuir, il faudrait se préparer à brûler vifs, nous nous serrons et nous crions en disant « mourons toutes les quatre ensemble, passons au trépas ensemble ».

Le danger le plus imminent était le feu, c'est celà qui nous effrayait le plus, d'un autre côté les balles pleuvaient sans cesse.

Les supplications et les lamentations se sont élevées jusqu'au ciel et ont remué la clémence divine, Dieu a tourné les yeux de notre côté... Le feu s'est éteint tout seul, après avoir détruit trois maisons seulement. Ici la miséricorde de Dieu s'est révélée très clairement.

A cet effet, les kurdes honteux, redoublèrent leur fureur, ils employèrent tous les moyens imaginables pour entrer dans la ville ; ils incendièrent le couvent de Saint Jacques.

Notre peur augmente de jour en jour, les nôtres épuisent leurs cartouches, ils n'ont presque plus de poudre et il n'y a pas d'espoir de secours.

Voici le douzième jour arrivé, jour pendant lequel l'ennemi était probablement décidé à entrer coûte que coûte dans la ville pour massacrer, incendier et piller tout, quand un colonel nous est arrivé de Missis avec 380 soldats réguliers. Il a dispersé et mis en déroute l'ennemi tenace, il a pénétré en ville et nous a tous tranquillisés...

Vos très humbles Sœurs de l'Immaculée Conception.

N.B. — Quoique nous ajoutions que le calme règne on a toujours peur et l'on est soupçonneux, car le gouvernement emprisonne les chrétiens et leur fait subir des tortures.

Les Mêmes.

Détails sur l'Incident de Missis

Cette petite ville historique paya très chèrement son tribut à la bande armée musulmane, puisque de tous ses habitants arméniens, il ne reste plus qu'un seul, un boulanger. Le reste a été impitoyablement massacré, brûlé vif. Les maisons arméniennes, l'Eglise et l'Ecole normale ont été réduites en ruines, au point qu'on ne reconnaîtrait plus leurs emplacements.

Les atrocités qu'on y a commises sont indéfinissables, on ne peut pas les narrer à la plume, ni les dépeindre au pinceau, le Djihoune aussi, fleuve muet, a charrié de nombreux cadavres. On ne peut que pleurer au récit de ces massacres volontaires exécutés avec une férocité tenace et infatigable. Laissons raconter le seul et unique survivant arménien de Missis, ce boulanger dont nous avons fait mention si haut; c'est un résumé d'un article publié parle journal « Jamanak » de Constantinople, en date du 5 février 1910, sous le titre « Une heure et demie à Missis et signé par M me Archagouhi Théotik.

Après une description de Missis en ruines, des quartiers incendiés et de la tristesse que le voyageur

chrétien ressent dans cet amas de maisons incendiées dont tous les propriétaires ont été immolés par l'islam furieux ; il y est dit : ,

« Nous rencontrons enfin après avoir erré longtemps dans ces démolitions, le seul arménien d'une ville morte ; c'est un boulanger, unique survivant de tous les arméniens qui vivaient paisiblement dans la jolie petite ville de Missis, si agréablement située. Nous le harcelons de questions ; il consent à nous raconter les yeux mouillés de larmes amères et la mort dans l'âme, l'histoire lugubrement triste du massacre des arméniens et de la destruction de leurs biens, ajoutant qu'il est l'unique survivant sauvé comme par miracle.

Et quel était ce miracle ? Ecoutez ce qu'il nous a dit ce malheureux boulanger.

11 nous a montré non loin de Missis une colline, aux pieds de laquelle se trouve une caverne très profonde et terriblement noire. C'est à grande peine, dit-il, que j'ai pu m'esquiver du massacre général des arméniens de Missis et me précipiter sans hésitation dans les profondeurs de ladite caverne. Les assassins armés jusqu'aux dents me poursuivaient, mais ces sbires n'ont pas osé y pénétrer, ils ont eu peur. Cependant dans le but de m'étouffer par la fumée, ils brûlèrent des branches d'arbre et de la broussaille à l'orifice même, puis ils bouchèrent l'entrée à l'aide de grosses pierres et la murèrent. Je tremblais de tout mon corps, sentant le trépas approcher rapidement. Quel n'a pas été mon étonnement de voir à un moment que les pierres étaient démolies? J'ai su plus tard que des tziganes ambulants qui traversaient le pays, ayant appris qu'un

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gttiaçour s'y étâit réfugié, avaient enlevé les pierres dans l'intention d'y pénétrer et de dévaliser le cadavre de cet infidèle ; mais craignant les ténèbres ils s'étaient éloignés. Il y avait déjà troisjours que j'étais dans ma cachette souterraine et je n'en pouvais plus, il fallait affronter le jour et même risquer sa peau. Quand je suis sorti de là caverne les massacres avaient pris fin depuis longtemps, il tie restait plus d'arméniens. C'est ainsi que cet homme demeuré vivant au milieu de tant de morts, ses compatriotes. Tristes souvenirs !

Il continuait ainsi l'histoire douloureuse de Missis ; 80 maisons ont été incendiées, l'Eglise et l'Ecole détruites, plus de 35 arméniens ont été immolés comme des moutons, car il n'existait pas un seul édifice appartenant à une nationalité étrangère où l'on put se réfugier. De tous côtés, des champs et l'espace vide autour de la ville, et comme habitants rien que des Islams !

Il nous indiquait des démolitions et des ruines. Ici se trouvait la demeure de Terzian, disait-iJ, en montrant un amas de ruines près du marché ; 200 arméniens y réfugiés ont paraît-il fait une légitime défense jusqu'au bout, mais ils ont été réduits en cendres par les flammes du feu que la horde y a mis. Là-bas, disait-il en signalant une construction d'un seul étage tout près des rives de Djihoune, 50-60 arméniens dépourvus d'armes, ont été immolés sans défense, au milieu de tortures inouïes. Le sol et les murs sont baignés du sang des innocents.

Il continue ainsi de nous narrer les innombrables supplices subis par ceux-ci. Il nous raconte l'odyssée

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d'une héroïne arménienne ; elle eut le courage suprême de nouer ensemble les mèches de cheveux de ses huit fillettes, pour qu'elles ne puissent pas se sauver pendant l'incendie de la maisonnette et courir le risque de tomber entre les mains des sanguinaires et subir des avanies bestiales. Elle a préféré les voir mourir ensemble à côté d'elle-même.

Nous n'avons pas pu écouter la suite des histoires lamentables, tant nous étions émotiohhés.

(Signé) : Théotik.

N. B. — Des cas pareils de courage fou sont signalés un peu partout. Des mères malheureuses ont tué leurs enfants pour qu'ils ne soient pas immolés par des mains turques ou kurdes.

— Monsieur Sourène Bartévian dans son livre intitulé « Les Terreurs de Cilicie » Imprimé à Constantinople en langue arménienne, raconte plusieurs cas qui donnent à réfléchir. Entre autres, voici la traduction d'un passage de son chapitre « Les Rescapés », page 157 de son ouvrage.

« La nuit, nous étions assis dans l'obscurité à la « porte du Séminaire, en compagnie de l'Abbé Ars- « laniam Une dizaine de femmes malheureuses « étaient assises sur une natte devant nous. L'abbé « leur adressait la parole pour les consoler et leur « relever le moral. Tout-à-coup il se tourne vers « moi et me chuchotte à l'oreille.

— « Ces femmes pendant leur exode ont jeté leurs bébés dans le fleuve Dihoune ».

Je frémis de tout mon corps.

« Comment cela se peut-il, mon père, c'est incroyable?

— Alors l'abbé fait parler la plus bavarde de ces femmes, elle nous raconte ainsi le terrible événement.

« Nous sommes parties nuitamment de notre village, pour nous sauver à travers les champs de blé en rampant, et entrer dans Adana... Les assassins étaient à l'œuvre partout. .. Si l'on nous avait entendues , ils seraient venus nous égorger de suite... comment faire entendre raison aux enfants. . .? Ils pleurnichaient, ils criaient dans nos bras... il a été impossible d'agir autrement... 11 fallait les sacrifier ou bien mourir tous ensemble... Nous longions le Djihoune... et dans un moment de frayeur et de terreur nous avons jeté les petits dans le fleuve et nous avons pu sauver notre vie...

J'écoute tout effrayé et pétrifié l'horrible histoire que cette pauvre hère balbutie machinalement peut-être pour la centième fois... et je me soulève pour crier avec indignation :

« Femme! qu'est-ce que vous dites, est-ce qu'une mère peut commettre une telle monstruosité ? »

La femme se tourne de mon côté et à travers la lumière blafarde de notre pâle lanterne, elle me répond simplement :

« Ne dites pas cela Monsieur... la vie est très douce à un moment pareil... Vous ne le savez pas... Ne jugez pas ainsi. »

Les Massacres à Abdi-Oglou

Publié par « VAzatamart* » du 10/23 Juin.

Adana, le 1 er juin 1909.

Il y a eu de très graves troubles dans le village Abdi-Oglou, qui se compose en grande partie de familles arméniennes. Le village prend son nom du richard arménien Abdi-Oglou Hagop. Les organisateurs des massacres sont Kibar-Oglou Mehmed et Ismaïl, deux frères.

Le premier jour des massacres, Mehmed et Ismaïl reçoivent des deux fils de Hagop 400 livres turques, ainsi que les quatre bracelets de leur sœur Loussapère, à condition de les protéger contre les agresseurs. Cependant ils enlèvent Loussapère et la conduisent à Missis, ils amènent avec elle son mari, sa mère et des proches parents, leur promettant de les protéger.

Le lendemain, les émeutiers se transportent à Missis. Là Mehmed se retournant vers Sarah lui propose de l'épouser et menace Loussapère d'épouser son frère Ismaïl. — Sarah repousse la proposition, alors Mehmed furieux la jette par terre et la tue avec son bébé d'un an. — Loussapère,

(1) Journal quotidien arménien, paraissant à Constantinople.

LES TURCS ONT PAèSJÉ LA..

résiste comme Sarah ; devant tant d'audace Ismaïl écume de rage et arrachant son bébé de ses bras, le jette contre le mur, mais malgré sa douleur maternelle, Loussapère résiste quand même; là dessus Timmonde créature lui tue son autre fils Ohannès, mais elle résistait toujours opiniâtrement; alors pour se venger d'elle, Ismaïl là massacre et l'achève. — On fait aussi convertir par force à l'Islamisme le mari de Loussapère, Krikor et son frère Sétrak. — Le gouverneur de Missis qui est un brave homme prend ces deux derniers sous sa protection et leur fait enlever leurs turbans.

Malheureusement ce gouverneur est envoyé à Ma* rache par un ordre du vali. Là dessus Mehmed et Ismaïl trouvant le champ libre, retournent à Âbdi- Oglou, ils enlèvent tout le bétail, volent les 600 livres du pauvre Hagop et tuent Krikor et Sétrak.

Massacre de Chadriguine

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