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LA FEMME COLOSSE

Bons cliieiis savants, chiens sans niches, Lonlous, barbets et caniches En monstaches de (jfognard.

Ce soii' feront rexercice , Conscrit à l'air de sancisse, Marqnise au minois niignard.

En attendant, h^s artistes, La marquise sans batistes, IjC fusillé sans émoi, Les pénitents sans capuces.

Au soleil cherchent leurs puces.

Monsieur, comme vous et moi.

0 l'air lamentable que tu joues.

Depuis quel lon^ temps je le connais Cet air dont tu dégonfles tes joues, Lamentable lancier polonais !

Que t'importe la mode qui passe.

Chanson, quadrille, valse, polka!

Pour toi c'est toujours la même basse Immuable comme ton schapska.

La clarinette au bruit de fritures.

Le vaniteux cornet à pistons.

Que t'importent leurs fioritures Dans tous les rythmes et tous les tons!

Tu souffles ta vieille ritournelle Malgré clarinettes et cornets.

Souffleur de l'harmonie éternelle, Paciflque lancier polonais.

Polonais trombonant, je t'estime.

Bon Polonais, Polonais touchant.

Doux Polonais résigné, victime Qui n'as que cinq notes dans ton chant.

Mais avec ces cinq, sur ton trombone,

En agitant de vagues plumets,

Tu fais ta partie, et c'est la bonne.

Puisque je m'en souviens à jamais.

Dignes de ce qu'on voit dernère le panneau !

C'est l'avorton dont la caboche semble une outre; L'éléphantiasique avec sa jambe en poutre;

Le centaure, crétin au muiie de jumard; L'enfant ayant pour bras des pinces de homard;

Quelque monstre enfin, vrai, faux; car on les imite. Puisqu'une infirmité fait bouillir la marmite.

On entre. On sort. De là le nom : un eiitresovL. Et chacun pour deux sous vient y bénir son sort.

Car le plus laid se voit des formes triomphales Devant ces stropiats et ces hydrocéphales.

TYPES DES FÊTES FORAINES

Parmi les nasillants hautbois Des vieux orgues de Barbarie, Vire sous la verroterie

La cavalerie

Des chevaux de bois.

Virez, virez à perdre haleine,

Bons chevaux chantés par Verlaine.

Après lui point je ne dirai Votre étrange et soûlant supplice Où dans les délires on glisse,

La moelle en délice,

Le cœur chaviré.

Virez, virez à perdre haleine, Bous chevaux chantés par Verlaine.

Chevaux au ventre toujours plein.

Dans vos yeux fixes se reliète Le réve où la bonne en toilette

Se pâme et halète

Près du piou câlin.

Virez, virez à perdre haleine.

Bons chevaux chantés par Verlaine.

Bons chevaux qu'il a si bien dits.

Que par vous au ciel il se case.

Et portez-le, comme un Pégase

Aux ailes de gaze,

Dans son Paradis.

Virez, virez à perdre haleine, Bons chevaux chantés par Verlaine,

Avcz-vous des amis par là? Moi, j'ai les miens. Voici le bout du champ de foire. Une bagnole Au hublot de laquelle un oiseau rossignole. C'est là que mes amis campent : des Bohémiens.

Vous les reconnaîtrez à leur teint noir de haies Et doré cependant comme entre chair et cuir, A leur pas si léger toujours prêt pour s'enfuir ; Vous les reconnaîtrez surtout à leurs yeux pâles.

Vous lirez dans ces yeux de loups, jaunes et gris. L'amour du changement, l'horreur du sédentaire, Et la soif de nouveau qui par toute la terre Fait rôder à jamais ces éternels proscrits.

Et vous serez jaloux de leurs maisons en toile. Sans racines, sans murs, sans âtre et sans verrou, Mais dont le toit flottant toujours par quelque trou Filtre au front des dormeurs le baiser d'une étoile.

HENRY CÈARD

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