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LRS CONCERTS DE LA RUE, LE SOIU

liicnr blême du jour disparu à r occident. Une flamme remuante de bec de gaz, une flamme vacillante de bougie entourée de papier, c'est Tillumination de cette fête de coin de rue. Clarté suffisante pour faire remuer, s'allonger, se raccourcir les ombres, pour faire vivre, par saccades, le demi-cercle attentif des visages sérieux. Toutes droites, en cheveux ou en chapeaux, robes montantes, tailles fragiles, les seins haut nichés, les petites se tiennent fixes, les yeux sur le chef de rencontre, comme des cantairices qui vont chanter auprès d'un piano, comme des demoiselles de confrérie, dans une église.

Elles ne connaissent pas les notes qu'elles ont sons les yeux. Ces points noirs, ces barres, ces signes, c'est pour elles langage de mystère, comme un alphabet incompréhensible, ou ces creusements d'hiéroglyphes dans la pierre qu'elles ont pu voir et toucher, dans la salle basse d'un musée, un dimanche de pluie. Donc, elles lisent les paroles, elles écoutent la traînante voix du professeur, et ce sont les syllabes qui deviennent les notes. Elles chantent faiblement, d'abord, en une sourdine qui vibre à peine aux lèvres, elles se trompent, recommencent, suivent d'instinct la leçon. L'homme ne se lasse pas, emploie sans impatiences la méthode de ceux qui apprennent à siffler

des airs aux '^canaris; il chante tons les conplets, n'oublie jamais le refrain, revient an commencement anssitôt qu'il est arrivé à la Fui. I.es récitenses s'iiabitnent à la mélopée, obéissent à d'inexplicables mnémotechnies ; elles savent maintenant, elles élèvent la voix, osent les vivacités d'attaques, les lentes expirations, les inflexions sentimentales.

Les petites figures expressives s'animent dans une poussière de cendre et d or, dans une (grisaille lumineuse. La flamme de la bougie éclaire les paupières inférieures, les fines narines, les dents menues, le dessous du menton, croise les regards brillants. Sur les fronts levés des ombres passent en coups d'ailes d'oiseaux de nuit. Les petites mains, les feuilles des romances, sont de pâles taches tremblantes. Dans l'obscurité, le groupe mystérieux des robes noires est mystérieux et attirant.

En même temps que les détails se] précisent, les caractères et les manières d'être charnelles s'affirment. Des humbles chantent à voix basse, des fières suivent des yeux, la bouche durement fermée, avec des condescendances de mondaines, des violentes se manifestent à pleine voix insolente, des tristes, des mala droites, de compréhension difficile, cherchent, s'entêtent, suppriment des phrases, modulent irrégnhèrement, avec de brusques petits cris de gosier qui semblent accompagner des sauts d'oiseaux blessés. Des bouches ouvertes, des lèvres avancées, des prunefles qui bougent, hsant les vers, des gorges enflées et roucoulantes, des faces blanches, des nuques roses, des mains qui s'appuient et battent des mesures sur les épaules des amies, des tètes qui s'inclinent ou se renversent, de tous ces jeunes corps qui tressaillent et s'élancent, se dé(jage le symbole de la musique instinctive et de la rue qui chante.

Qu'importent les paroles? Efles sont ce qu'elles peuvent être dans la langue des romances de cafés-concerts. Ell

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célèbrent les sentiers des bois, les premiers lilas, les roses fanées, les robes blanches, les ronlades d'oiseaux, les baisers et les ivresses sous les tonnelles, les valses de bals publics, les déchirements des ruptures, les bonheurs des réconciliations. Ce sont les lamentables invocations à l'amant inconnu, frisé au petit fer, sensible et godailleur, celui qui est là, sur limage, en chapeau de paille, tenant des mains de femme, ou pleurant dans vm verre. La réalité le transformera bien vite, ce désiré du cœur, cet idéal compagnon de promenades, d'amour et de sommeil, mais les lithographies ne le représenteront pas en homme qui abandonne ou en brutal qui frappe. Qu'importe aussi la musique? Phrases usées, notes mécaniques, rythmes insipides, enroulements berceurs, oui! Mais toute cette convention fait battre ces cœurs inquiets, verse à ces cervelles avides un vin d'enivrement, repose et exalte toutes ces petites, déjà lassées par la vie, leur donne la tranquilhté, l'excitation nerveuse, l'oubh, le désir, tous les sentiments doux et cruels qu'elles ignorent, qu'elles sentent monter en elles comme des forces inconnues. Ces chants aigus, ces chants bas, ces vocalises fines, ces résonances graves, déjà meurtries, ces désaccords, ces notes fausses, et parfois ces purs unissons, c'est la voix navrée et mystique des pierres du faubourg, du travail sans espoir, du sexe pubère, des faibles perdus dans les foules.

Toujours, dans la ville de tumulte, sur les îlots qui divisent les vagues humaines, les maigres filles s'arrêteront, aux soirs lourds de l'été, et donneront à entendre les plaintes de leurs voix et les balbutiants secrets de leurs âmes de pauvresses. Écoutez les appels des sirènes anémiques, écoutez chanter les chloroses !

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