Les types de Québec [microforme]
Dans les quartiers St-Sauveur et St-Roch, il n’est pas, croit-on, de type plus populaire que Cogq-Bo-Bi-Li. C’est un individu âgé.
de 47 ans, laid et d’une originalité qui frise la folie. Né dans la vieille capitale même, ila toujours vécu avec ses parents, dans une oisiveté à peu près complète. Il n’a jamais franchi le seuil d’une école ; et une fois seulement, celui de Ja prison. Dans sa jeunesse et jusqu'à ces dernières années, il agissait comme ‘ pilote de bœufs”’ entre la traverse de Lévis et le marché aux animaux, au Palais ; et comme tel, il acquit une certaine popularité dans un cercle assez étendu. Depuis quelque temps, il ne fait rien et a établi ses quartiers généraux au poste de police No. 8, à St-Sauveur, où il fait un sujet récréatif pour les habitués. Les . policiers lui donnent généreusement, et avec son coucher chez son père, il ne manque de rien. Coq est renommé pour ses réparties vives mais très vulgaires. Ainsi, il ne soigne pas sa conversation avec les prêtres auxquels il offre à manger la même chose qu'aux autres de ses connaissances.
Ilse figure qu'il est gendarme et il lui arrive parfois d’user de son poing formidable, sur un poivrot récalcitrant qui refuse de le suivre au poste.
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ALEXANDRE GIROUX (Fanfan)
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ALEXANDRE GIROUX alias FANFAN GIROUX
est âgé d'une cinquantaine d'années. Il est né dans la Côte Ste-Geneviève, Il travailla comme débardeur jusque vers 1880,alors qu'il se mit à trainer un peu de la même façon que Tiquenne, C’est un de ses frères qui fut tué lors de la grève des débardeurs, au Cap Blanc, il y a quelques années, Il fréquente les marchés et se plaît à ramasser des déchets qu'il exhibe avec gloire en paradant sur les boulevards. De tous les détraqués, il est le plus populaire parmi les enfants, parce qu'il ne leur fait pas de mal. Si jamais il arrive à un touriste de voir une vingtaine de gamins groupés à la porte d’une boutique, qu'il jette un regard au delà de la vitrine,ct il appercevra Giroux qui cherche un refuge contre les attaques de la gente éco:
lière. Il travaille parfois pour les particuliers, mais lorsqu'il a gagné dix sous, il ne va pas plus loin, et prend le même chemin que Tiquenne.
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ETIENNE BLAIS (Tiquenne.)
PS mis ETIENNE BLAIS (TIQUENNE)
est certainement le type le plus saillant de notre époque. Il y a quelque vingt ans, il était pâtissier chez M. Hossack, à la Basse- Ville. Il quitta cet emploi pour aller dans les chantiers d’où il revint peu après, absolument propre à ne rien faire autre chose que ce dont il s’occupe aujourd’hui. Tiquenne est à la fois original et déclassé. À New- York, où dans quelqu'autie grand centre, il figurerait avec avantage dans la galerie des tramps heureux et philosophes. On dit qu’autrefois, c'était un garçon fort spirituel ; mais, il est évident que l'amour de la dive bouteille lui en a fait perdre beaucoup. Il a un système particulier de demander laumône. Il se présente et vous demande de lui prêter un sou jusqu'à vendredi. Dès qu’il en a cinq dans sa main, Vite, il entre dans une aub2rge, et fait là ses placements qui lui valent de détenir le record sur le calendrier du recorder. On lui prête nombre de ripostes spirituelles. Par exemple, un jour que le Recorder venait de lui donner trois mois de prison, il fit remarquer au magistrat que pour une “ pratique” de la cour, il devrait se montrer plus “flush” et ne lui donner qu’un mois ; sans compter, ajouta Tiquenne, que vous allez probablement vous ennuyer de moi. Uneautre fois, le juge lui ayant demandé quel était son état.
Tiquenne répondit :‘ Je suis assez bien, merci, et vous ? ”
Chaque fois qu'il arrive à la prison, c’est une réjouissance générale parmi les prisonniers, auxquels il fait faire l'exercice militaire avec des quartiers de bois en guise de fusils. C’est que Tiquenne a été soldat ; oui,
Nan. pee
un vrai soldat avec des boutons jaunes, un vrai fusil et une baïonnette. Mieux que cela, il a été au feu, ayant fait la campagne du Nord-Ouest, comme soldat dans le 9me bataillon. Il a fait le salnt aux balles des ennemis, et peut-être plus souvent à la cantine. Partout où il passe, il fait rire par ses discours fantastiques et ses récits comiques. Il est très en vogue dans les magasins de la Basse-Ville. Il régale les commis de son boniment, puis passe le chapeau. On ne l’a jamais vu en colère, ni morose. C’est un type unique. Feu M. le curé Plamondon Yayant rencontré sur la rue, il- lui fit un petit sermon. La bouche épuisse, Tiquenne s'excusa, disant qu'il était légèrement fatigué, ayant veillé un petit corps en compagnie d'amis, la nuit précédente. ‘ Prends garde, malheureux, lui dit M. le curé, tu me trompes.” ‘“ Non, répliqua Tiquenne, je vous le jure. Nous avons veillé un petit corps, mais c'était un petit quart de bière !...”
DL LAQN 100 Allah
DANIEL CARQN (Loutarde
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