CHAPITRE II
'^desïï^l'r^T*^"'"' P*' '^ prédominance t:nèTj:' ''' '^;^' Phénomènes in-
Quand la logique présente le plus haut degré de perfection qu'elle puisse atteindre en nous, les phénomenés d arrêt, d'inhibition concourent évidemment à 1 harmonie finale ; une théorie ne se développe, une croyance ne se forme que par la désintégration, l'absorption et la défaite des théories, des croyance^, des Idées qui ne peuvent s'harmoniser avec elle. Mais précisement parce que l'inhibition est très bien faite, elle passe inaperçue. Supposons, au contraire, que la lutte se prolonge, que l'action d'arrêt ne puisse s'exercer rigoureusement. Aussitôt nous voyons bien plus nettement 1 influence inhibitrice des phénomènes intellec uels, nous assistons aux combats que se livrent, dans un même esprit, les idées de force peu inégale des croyances diverses, des théories scientifiques ou p^ilo! sophiques. Nous voyons aussi en bien des cas comment le contraste concourt efficacement à faire naître et a maintenir l'harmonie, comment en d'autres cas une lutte d opmions peut durer toute une vie, sans roubler sensiblement, quand elle porte sur un poin spécial, 1 harmonie générale de l'esprit. On a reproche a Auguste Comte de ne pas laisser de questions ouvertes. Il aurait pu douter sur plusieurs points sans cesser d'être un grand systématique.
nufr?rr'"''rK '" ''"'" ^^""^'^^ ^'^^^^^ -nuire a 1 équilibre intellectuel qui s'établit alors non
par la systématisation d'idées et de sentiments tendant vers une fin unique mais par l'équivalence de forces opposées agissant en sens inverse. Mais ce n'est pas, ici, de cette opposition que résulte l'équilibre, car les intelligences qui le présentent se classeraient difficilement dans les intelligences logiques. Il se trouve dans la constitution d'un certain nombre d'habitudes intellectuelles, et dans la réalisation d'une personnalité intelligente qui domine et dirige les idées opposées, sans pouvoir se décider entre elles, mais en les éprouvant également, en les appréciant, en organisant les conditions de leur lutte. Les idées qui se combattent sont ainsi soumises à des lois logiques supérieures qu'elles reconnaissent toutes deux.Elles sont comme deux combattants dans un duel que présiderait un être supérieur. Ils veulent triompher mais suivant certaines règles et admettent qu'il est des façons de vaincre qui seraient déshonorantes et qu'il ne faut pas employer, que le directeur du combat empêcherait. L'esprit est pour les idées comme la société pour l'homme, une sorte de providence assez mal venue. On a remarqué, dans un autre genre de luttes, que les philosophes, les artistes qui se combattaient à une époque avec le plus d'acharnement, appartenaient à la même société, à la même civilisation, au même milieu dont ils portaient l'empreinte l'un et l'autre, et que, en somme, les différences qui les séparaient et les animaient l'un contre l'autre, paraissaient de loin peu de chose au prix des concordances fondamentales dont ils ne s'apercevaient pas. La société future est là pour recueillir ce qu'il y a de bon dans chacun d'eux ou pour donner raison à l'un et laisser l'autre disparaître. Même sort arrive aux croyances qui
LES ESPRITS LOGIQUES
se disputent I empire d'un cerveau. Elles sont opposees sur quelques points mais elles appartiennent a un „,eme ordre de conceptions, et elles portent toutes deux non seulement le sceau du temps qui les a produites ou les a vues florissantes mais encore l'empremte spéciale de l'esprit qui les a nourries. Elles
sont des sœurs ennemies et leur lutte même, pour occuper a même place dans une intelligence, nous révèle leurs analogies et nous prouve, dans bien des cas, une harmonie supérieure à laquelle elles se rapportent toutes deux, en qui elles ont leur origine et leur fin Si, par exemple, nous hésitons entre la théorie qui fait de leffor un composé de sensations musculaires et celle qui la rapporte à un courant centrifuge directement P-çu par l'esprit, cette lutte d'idées suppose en
de conn!" ''''' ^"^^ ''''^''> '^ systématisation de connaissances assez nombreuses et de théories
psychologiques sans laquelle nous ne nous intéresserions pas à la question et ne la comprendrions même
1 une e?tT •. "' ™''"'^"^ ^"^ "'^"^ --««ons I une et 1 autre idée aux mêmes lois logiques et si
mTti?r'''' ""'"* ^"''"' '''''' déterminerlâ systél mat.sat.on en un sens précis des données de l'expérience déjà recueillies, immédiatement l'idée erroni cédera la place et disparaîtra. Elles supposent donc 1 harmonie générale de l'esprit et sont en lui comme deux plaideurs dans une société organisée devant magistrat qui représente le pouvoir coordonnateur De même qu il peut y avoir pas mal de procès dans un pays sans que l'anarchie s'en suive, de même un es prit peut exercer souvent sa puissance d'inhibition après un conflit plus ou moins vif. sans que sa log que générale en soit sérieusement atteinte.
l'arrêt des idées
Mais c'est, on le comprend, à certaines conditions. Le conflit ne trouble pas sérieusement Tordre à la condition qu'il ait cet ordre pour fin et aussi qu'il soit soumis à une organisation supérieure qui le dénouera ou qui, tout au moins, en préviendra les conséquences fâcheuses. Nous trouverons, en effet, des conflits violents dans les esprits illogiques. Pour qu'ils se produisent dans un esprit harmonisé, les conditions que nous venons d'indiquer sont nécessaires. Ils révèlent à la fois un certain manque d'équilibre et le besoin de voir cette imperfection disparaître. En ce cas, il arrivera parfois même, assez naturellement, que le besoin de la logique fera reconnaître les défauts des croyances et des idées, éveillera les conflits et en multipliera le nombre parce qu'il permettra de remarquer un grand nombre de petites contradictions qu'un esprit ordinaire garderait inaperçues. Les idées qui ne s'harmonisent pas ne viennent pas toujours au contact l'une de l'autre et ne se heurtent pas nécessairement. Il n'est pas diiïicile de trouver chez un grand nombre de personnes des croyances contradictoires qui vivent en paix — tels, dans une société, des individus d'intérêts opposés et de caractères tels qu'ils en viendraient aux mains s'ils se rencontraient, mais qui ne sont pas mis en contact et s'ignorent réciproquement.
Selon l'allure habituelle de la lutte, selon que l'issue en sera prompte ou restera douteuse, selon que l'harmonie se rétablira plus ou moins vite par l'accord survenu des idées ou bien, au contraire, que le trouble subsistera avec une tendance à la réapparition succes-
LÉS ESPRITS LOGIQUES
sive des idées opposées, nous aurons le type d'arrêt ou le type de contraste. Le premier plus près de l'harmonie, le second plus voisin de l'illogisme.
Le type d'arrêt est celui des intelligences investigatrices, ouvertes, qui restent maîtresses d'elles-mêmes, ne se laissent pas entraîner aisément, n'abandonnent pas légèrement, et en poursuivant une idée qui passe, leurs vieilles habitudes intellectuelles. Elles ne sont pas à la merci des impressions, et résistent aux séductions d'une théorie nouvelle, comme aussi à l'influence maussade des préjugés, mais cependant leur équilibre n'est pas assez parfait pour que rien ne le trouble, et soit que les circonstances le veuillent, soit que l'harmonie mentale reste naturellement inconsistante à la superficie, elles ont plus souvent que les esprits de logiciens ou d'équilibrés à montrer visiblement leur pouvoir d'inhibition. Un fonds d'idées solides et compactes avec une imagination qui vagabonde volontiers, un esprit ouvert aux nouveautés et une sensibilité intellectuelle vive qui rend promptement compte des contradictions et ressent vivement l'opposition ou l'illogisme sont d'excellentes conditions du type. Inversement, la souplesse trop grande de l'esprit ou bien, au contraire, la raideur qui ne laisse rien de nouveau y pénétrer, l'insensibilité, l'imperméabilité de l'intelligence qui ne permet pas d'apercevoir ou de sentir les oppositions se concilient beaucoup moins aisément avec lui.
La prédominance de l'inhibition marquée et voulue nous donne des types assez variés, d'un côté les « lutteurs », de l'autre les réfléchis, les sceptiques.
l*arrAt des idées
Chez les premiers l'inhibition est la conséquence d'une croyance ferme, d'une conviction profonde qui est souvent heurtée par les idées que le milieu suggère à l'esprit, par les opinions des autres. Naturellement, elle suppose certaines qualités de caractère, mais ces qualités peuvent être spécialisées. Il est des gens qui, assez accommodants dans les circonstances ordinaires de la vie, montrent particulièrement leur combativité quand il s'agit de défendre leurs théories et leurs opinions. Ici encore, l'mtelligence nous apparaît comme un élément essentiel du caractère ayant sa valeur et sa forme particulières. Il en est d'autres, à l'inverse, des équilibrés, des logiciens, des spécialisés, savants, poètes, hommes d'affaires, etc., qui ne se laissent pas effleurer pas les idées contraires des autres, ils ne les reçoivent pas chez eux, ne s'y attachent pas et n'ont pas à les combattre ni à exercer sur elles leur faculté d'inhibition.
Ce caractère de combativité de l'intelligence produit les discuteurs, les critiques. Il s'en trouve un peu partout qui paraissent ne s'intéresser à leurs idées qu'en tant qu'elles peuvent leur servir à repousser les idées des autres, qui ne prennent bien conscience de leurs propres croyances (ce qui se produit d'ailleurs normalement chez tous, mais avec des heurts moins sensibles) que par la discussion vive et la lutte acharnée. Ce sont des tempéraments d'opposition et de lutte, et il est quelquefois très intéressant de voir comme cette combativité intellectuelle s'accompagne d'une difficulté réelle à passer aux actes. Tel révolutionnaire acharné, remarquable entre tous par la violence de ses polémiques, a toujours montré quelque hésitation à passer des théories à la pratique,
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LES ESPRITS LOGIQUES
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c*est un homme d'action intellectuelle, non d'action brutale.
D'autres sont à la fois théoriciens et critiques, ils mettent un zèle égal à vanter ce qu'ils aiment et à repousser ce qui leur déplait. La combativité n'est pas la cause de leurs convictions, mais leurs convictions en profitent. Tel critique contemporain s'est signalé par la vigueur avec laquelle il a combattu le naturalisme triomphant et quelques engouements littéraires qu'il a jugés dangereux pour le bon goût et la morale, en même temps que par son enthousiasme pour quelques écrivains des siècles passés. Il est certainement un homme de lutte, mais il est aussi autre chose, il aime autant qu'il hait et sa haine parait être la doublure de son amour — dans lequel aussi bien, sans doute, il entre quelque plaisir de contredire et de lutter.
Les hommes de lutte et d'arrêt dont nous venons de donner l'esquisse exercent leur faculté d'inhibition sur les idées des autres assimilées par eux et plus ou moins bien représentées dans leur propre esprit. Certains révèlent une autre forme du type et c'est sur leurs propres idées qu'ils exercent une action d'arrêt marquée et méthodique.
Les réfléchis, les douteurs, les sceptiques sont de ceux-là, lorsqu'ils ne se rattachent pas plutôt au type de contraste. La réflexion, en effet, est une action d'arrêt exercée sur les idées qui se présentent à l'esprit. Et ce qui distingue le réfléchi du combatif, c'est que le réfléchi réagit moins vite. Chez lui l'idée arrêtée est reçue, accueillie, au lieu que chez le combatif elle détermine beaucoup plus tôt, et parfois instantanément, une réaction qui peut être très violente. Le réfléchi se hâte moins, il commence par faire sienne