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Les tyrans de village

Vous rappelez-vous, mon cher ami, ce grand diable de vautour fauve dont on vous fit, un jour, le singulier présent, et qui, même enchaîné, répandait la terreur dans la basse-cour de votre charmante et hospitalière villa de Saint-Germain? Cette bête manquait totalement de civilisation et recevait à coups de bec et d'ongles tout ce qui s'avançait à sa portée, poules, chiens, chats, singes, tous les animaux, y compris

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celui qui pense. Cependant, on vit, une fois, s'acheminer en se dandinant vers le vautour un canard tranquille, paterne et stupide. Il n'y eut qu'un cri! l'imprudent palmipède allait être infailliblement dévoré — sans navets et sans olives. Déjà le bec du vautour plongeait dans ses plumes... mais, ô surprise! ce n'était pas pour le mettre en pièces, c'était pour l'éplucher. Le vautour nettoyait le canard avec attendrissement, le canard piaillait au vautour avec enthousiasme, ils s'aimaient 1 et, de ce jour, ils furent inséparables. Gomme on s'en étonnait devant vous, mon ami, vous dites : — « Eh l mais c'est l'alliance ordinaire et naturelle de la méchanceté et de la bêtise ! » Il y a un petit groupe antique d'animaux, aujourd'hui popularisé par l'industrie du bronze, qui symbolise, en la complétant, la même idée : — Un serpent se dresse sur une tortue pour siffler et mordre ; mais un grand oiseau superbe, de sa grifl'e vigoureuse, étreint la tortue, et, de son bec d'acier, s'apprête à déchirer le serpent. Ici encore, la méchanceté et la

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