MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES -ÉDITEURS
HUE TITIBRMB, 2 BIS I + ^X
— Traduction et reproduction réservées. —
Vous rappelez-vous, mon cher ami, ce grand diable de vautour fauve dont on vous fit, un jour, le singulier présent, et qui, même enchaîné, répandait la terreur dans la basse-cour de votre charmante et hospitalière villa de Saint-Germain? Cette bête manquait totalement de civilisation et recevait à coups de bec et d'ongles tout ce qui s'avançait à sa portée, poules,
chiens, chats, singes, tous les animaux, y compris
celui qui pense. Cependant, on vit, une fois, s'acheminer en se dandinant vers le vautour un canard tranquille, paterne et stupide. Il n'y eut qu'un cri ! l'imprudent palmipède allait être infailliblement dévoré — sans navets et sans olives. Déjà le bec du vautour plongeait dans ses plumes... mais, ô surprise! ce n'était pas pour le mettre en pièces, c'était pour l'éplucher. Le vautour nettoyait le canard avec attendrissement, le canard piaillait au vautour avec enthousiasme, ils s'aimaient I et, de ce jour, ils furent inséparables. Comme on s'en étonnait devant vous, mon ami, vous dites : — ce Eh ! mais c'est l'alliance ordinaire et naturelle de la méchanceté et de la bêtise ! » Il y a un petit groupe antique d'animaux, aujourd'hui popularisé par l'industrie du bronze, qui sy mbolise, en la complétant, la même idée : — Un serpent * se dresse sur une tortue pour siffler et mordre ; mais un grand oiseau superbe, de sa griffe vigoureuse, étreint la tortue, et, de son bec d'acier, s'apprête à déchirer le serpent. Ici encore, la méchanceté et la
bêtise, mais domptées et vaincues cette fois par la pensée fière, libre, ailée !
C'est sur tous ces animaux; — et sur quelques autres, — que j'ai fait ce livre.