FIG
Une particularité nous est fournie par l'examen d’une petite greffe en G*. En ce point nous trouvonsen plein ulcère une région déjà épithélialisée, sans glandes, mais formée par un amas pluricellulaire qui tend à s'étendre. Cela est probablement une greffe spontanée soit par essaimage des bords de la greffe ou de l’ulcère, ou bien par décalque des parties de la muqueuse opposée, qui serait venue s'appliquer à cet endroit et aurait vécu et prospéré.
Expérience VI.
Chien n 6. — Greffe. Ulcère par ingestions, 15* jour.
A la suite des résultats heureux donnés par les greffes directement appliquées à la surface de l'ulcère, sans aucun moyen de fixité, M. le docteur Carnot eut l’idée ingénieuse de faire mettre ces greffes en contact, non plus directement avec la surface de l'ulcère, mais indirectement, en les faisant arriver par voie buccale. Voici l’exposé de la technique employée.
L'animal est gastrotomisé le 19 juin. On fait au niveau de la région fundique une très large exérèse de muqueuse. Les fragments de célte muqueuse sont immédialement hachés fine:
ment aux ciseaux et mis dans une solution à 37: et assez plastique de gélatine salée isotonique. On ne fixe aucune greffe sur le fond de l’ulcère formé, et l'on s’assure bien qu'il ne reste pas de débris de muqueuse libres à la surface de celui-ci, ni dans la cavité gastrique.
Puis après avoir rapidement refermé l'estomac et la paroi, le chien étant encore endormi,on introduit la sonde œsophagienne, el on fait par son intermédiaire parvenir dans l'estomac, le sérum gélatiné contenant les fragments dissociés de muqueuse gastrique.
L'animal est sacrifié le 15° jour.
À l'examen macroscopique de l’estomac on retrouve l’ulcération très réduite de dimensions,à bords plissés et froncés comme d'habitude. Et l'on constate sur le fond de l’ulcère quelques pelits points mamelonnés qui ressemblent aux greffes que nous voyions précédemment.
L'examen histologique, confirme ce résultat que la vue expérimentée faisait prévoir.
La coupe intéresse le bord et le point qui paraissait une grefte. |
Nous ne redirons pas encore les modifications des bords et du fond de l'ulcère, qui sont les mêmes que celles que nous avons décrites pour les autres expériences, sauf que peut-être ici, le glissement de l’épithélium s'étend davantage, et que les crêtes et les plis déjà dessinés ailleurs sont ici plus avancés.
La greffe mérite une plus longue description.
Muq Ul Gi
Elle est située à peu de distance des bords de la muqueuse sectionnée, mais ce qui montre que réellement ce n'est pas là
Se
un fragment épargné lors de l'exérèse, consiste en ce fait que la greffe repose directement sur le tissu cellulaire sous-muqueux, en voie de réorganisation, et avec lequel elle est réunie sans aucune muscularis mucosæ.
Celle-ci s'arrête nettement, comme loujours, un peu avant la terminaison du bord de la muqueuse qui se recourbe vers le fond de l’ulcère, et témoigne de l’endroit précis où s’est arrêtée l’exérèse,
Au plus fort grossissement, on constale que cette greffe est plus aplatie, plus en surface el moins en élévation que ne l’étaient les autres greffes fixées directement. Elle n’est point divisée en deux lobes par un sillon. Au contraire elle s'étale largement.
Son contour est très accidenté. Il est formé par une couche d'épithélium de type muqueux,mais qui forme des vallonnements, des replis très irréguliers, capricieux et très accusés, simulant des contours géographiques accidentés, des fjords. Celui-ci glisse du reste sur les bords de la greffe en couche unicellulaire. On reconnaît des culs-de sac glandulaires déjà simplifiés, car on n’y retrouve plus aucunes cellules bordantes ni principales.
A sa base et sur ses bords,on retrouve les formations kystiques et polykystiques déjà étudiées et qui sont encore.,on peut le dire, puisque nous les avons relrouvées toujours, une preuve de greffage.
Elle repose sur la sous-muqueuse, riche en leucocytes et en train de se réorganiser. On voit même des néovaisseaux dont quelques-uns semblent avoir un calibre assez volumineux.
En résumé, nous pouvons dire que nous nous trouvons ici en face d’une greffe gastrique qui évolue et prospère de la même façon que celles que nous avions fixées, et qui selon toute vraisemblance est le résultat de notre technique indirecte, Du reste l'examen de toute la surface de l'ulcère a fait constater d’autres greffes, évoluant et prospérant.
Expérience VII.
Chien n° 7. — Ulcère et grelfe directe, 47° jour.
Opéré le 18 juin. — On fait selon la technique habituelle un vaste ulcère à la face postérieure de l'estomac, qu'il occupe presque tout entier. On fixe par bride sous-muqueuse deux grandes greffes au milieu de l’ulcère.
L'animal est sacrifié le 4 août, c’est-à-dire 47 jours après l’opération.
A l'examen macroscopique, l'ulcère paraît complètement cicatrisé, mais se reconnaît encore nettement au milieu de la muqueuse gastrique saine où il forme une petite dépression,limitée par les bords froncés et surélevés. Ceux-ci le sont moins cependant que dans les greffes de 10 jours, et par endroits semblent se continuer insensiblement avec la muqueuse nouvelle.Le fond de l'ulcère n’est plus tomenteux, il est luisant, et semble revêtu d’épithélium. Par endroits la surface est irrégulière, formant des soulèvements, de petits mamelonnements et même des ébauches de plis, qui semblent se continuer à la suite de ceux des bords.
Au centre les deux greffes apparaissent comme deux petites saillies, assez volumineuses, moins facilement reconnaissables cependant que dans les grefles plus jeunes.
L'examen histologique montre de nombreux et intéressants détails :
Mug.
Muq.seine nouvelle Crête Greffe
FiG. 10.
Tout d'abord Le fond de l'ulcère est tapissé sur toute son étendue d’une couche continue d'épithélium de type muqueux, qui issue par glissement et multiplications cellulaires à la fois des
bords de l’ulcère, des greffes spontanées par essaimage, et des greffes fixées par nous, a recouvert toute l’ulcéralion.
Mais celte couche n’est plus de contours simples comme dans les ulcères au 10° jour. Elle est au contraire très compliquée : l’épithélium, s'enfonçant en une multitude de replis et culs-desac, ou saillant au contraire en forme de promontoire. Le tout dessinant un dessin fort complexe, en jeu de patience.
Dans le fond des culs-de-sac prennent naissance de nombreuses glandes qui ont bourgeonné. Celles-ci sont toujours à Lype muqueux, mais leur complication n’est pas encore extrême et on suit encore assez bien leurs contours. En plus toute cette muqueuse néoformée est facilement reconnaissable par ce fail qu’elle ne possède pas de muscularis mucosæ mais repose directement sur le tissu cellulaire sous-muqueux.
Du côté des bords de la plaie et au niveau de /a greffe, car les deux points sont identiques,le processus de réparation est beaucoup plus intense. Le contour de l'épithélium de revêtement est beaucoup plus compliqué, les glandes poussent des culs-de-sac plus profonds et plus divisés, tendant à reproduire les glandes primitives.De plus, au point de vue cellulaire, on voit nettement, par endroits, des essais de différenciation. Quelques cellules bordantes, bien reconnaissables par leur affinité pour les colorants acides, apparaissent au milieu des cellules muqueuses qui constituaient presque uniquement le revêtement glandulaire du fond de l’ulcère réparé. On trouve partout un actif processus de multiplication cellulaire. Cependant en aucun point nous n'avons pu retrouver des cellules principales typiques, quoique certaines formes cellulaires soient d’une interprétation difficile, et semblent être en évolution vers ce type le plus parfait, et par conséquent le plus tardif. |
Par endroits, on trouve encore des formations kystiques, entourées d’une couche unique de cellules aplaties. Et cela surtout au niveau des bords de la plaie et de la greffe. Celles-ci sont cependant plus rares.
En somme, nous voyons qu'après 47 jours, l’ulcère est com-
Al
plètement recouvert d’épithélium,et que celui-ci ayant formé de nombreuses glandes, tend à reprendre, par une évolution lente, sa complexité et sa différenciation première dont il avait été obligé de se départir pour parer à une nécessité plus urgente : la réparation de l’ulcère,
Expérience VIII.
Chien n 8. —: Ulcère, 1 greffe au 60° jour.
Opéré le 14 août 1908. — On fait comme d'habitude une très large ulcération, ayant environ 23 centimètres dans sa plus grande dimension,à la paroi postérieure de l’estomac.On fixe par pont sous-muqueux une greffe en plein milieu de l'ulcère.
L'animal est sacrifié le 13 octobre, c'est-à-dire 60 jours après l'opération.
A l'examen macroscopique de l'estomac on reconnait encore nettement l'endroit où a porté l’exérèse de la muqueuse. Nous avons essayé de le reproduire fidèlement dans le dessin ci-joint.
Les dimensions en sont fortement réduites puisqu'elle mesure 4 cent. 1/2 dans sa plus grande largeur. La forme de l’ulcéra -
hote Lion est irrégulièrement ovalaire avec des encoches et des retraits.
Elle est bordée par les plis radiés de la muqueuse froncée autour d'elle ; mais ces plis sont moins fortement accusés que dans les ulcérations plus récentes. Ils semblent par endroits se perdre en dédolant sur le fond de l’ulcère et même se continuer avec les ébauches de vallonnement et de crêtes,que l’on voit nettement à jour frisant sur le fond réparé de l’ulcère, celui-ci paraît en effet recouvert sur toute sa surface d’épithélium régénéré. Il est irrégulier,couvert de crêtes, de mamelonnements. Mais, ce processus semble être un peu moins intense que dans l’ulcère du 47e jour. Non plus au milieu, mais près d'un des bords on reconnaît la greffe fixée, qui a été amenée là par suite de la rétraction irrégulière des bords. Du reste, comme dans l'expérience précédente, la greffe est beaucoup moins apparente que dans les greffes plus jeunes et se confond presque avec les mamelonnements qui l'entourent. ;
L'examen histologique donne lieu aux constatations analogues à celles que nous avons décrites en examinant l'ulcère du 47° jour.
La réparation du fond de l'ulcère est complète et il est tapissé entièrement d’épithélium néoformé.
Celui-ci n’est plus de contours simples, mais au contraire très compliqués, surtout au niveau de la greffe, et des bords de la muqueuse respectée.
On voit une foule de vallonnements et de plis qui,même à l'œil nu, sont perceplibles nettement sur la coupe.
La distinction entre le 47° et le 60° jour réside, peut-être, dans la richesse plus grande de ceux-ci el dans le perfectionnement et la complexité plus considérable des culs-de-sac glandulaires.
Quant à la différenciation des cellules, il ne semble pas qu’elle soit ici plus avancée.On ne remarque en effel aucune cellule principale, et les cellules bordantes, vues dans les culs-de-sac glandulaires néoformés, proches de la grefte ou des bords, paraissent
dE
même un peu moins nombreuses el moins nettes que dans l'observation précédente.
Il semblerait donc ici que le processus de réparation ait subi un léger retard, dû peut-être à des causes plus générales,état de santé de l'animal par exemple.
Examen physiologique. — Ainsi de l’examen histologique de ces ulcères tardifs, il semble que la muqueuse néoformée soit en train de récupérer ses différencialions premières et, en même temps que ses cellules différenciées, des propriétés physiologiques qui sont leurs fonctions digestives.
Ceci nous a été prouvé par une épreuve dont le résultat est venu même devancer, par sa rapidité l'examen histologique,et en faisant prévoir les détails.
Aussitôt après la section de la partie de l'estomac comprenant l'ulcère, chez ce dernier chien, M. le docteur Carnot a prélevé immédiatement, avant de fixer les pièces, une partie de la muqueuse régénérée du centre de l’ulcère, et en même temps, comme témoin, une partie de la muqueuse saine du fundus. Ces parties de muqueuses ont été séparément triturées, réduites en parties très fines et mises à macérer dans de petits tubes à essais additionnés d'eau légèrement acidulée à l’acide chlorhydrique.
Dans ces tubes on a mis, selon la technique de Mett, de fins tubes capillaires renfermant de l'albumine d'œuf coagulée.
Le tout a été porté à l’étuve à 37° pendant 24 heures, et l’examen fait le lendemain a fait constater que si l’albumine avait complètement disparu dans les tubes baignant dans l'extrait de muqueuse saine, elle avail élé digérée également en partie dans l'extrait de muqueuse régénérée, témoignant ainsi d'une façon indiscutable de la régénération partielle de son pouvoir pep-
tique.