‹ Les #-Unis au xx' #Chapitre 16 sur 103 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

La -composition de la population blanche et la distribution de ses divers éléments.

Nous avons vu quels éléments sont venus s'agréger au noyau primitif pour former la population américaine. Nous examinerons maintenant quelle en est la constitution actuelle, la résultante de cette immigration.

Au 30 juin 1900, date du dernier census, la composition globale de la population américaine était la suivante :

Pour lOfJ Tolal. des blancs

Nés aux E.-U de parents américains . 41.053.417 01.3

— — étrangers . . 15.687.322 23.4

Nés à l'étranger 10.250.040 15.3

Total des blancs 66.990.788 100.»

Gens de couleur 9.312.599

Total général 76.303.387

Les blancs nés de parents américains forment donc à peine plus des trois cinquièmes de la population blanche totale.

Toutefois, sur les 15.687.322 personnes nées aux États-Unis de parents étrangers, il s'en trouve 5.089 202 dont l'un seulement des parents était étranger, l'autre étant Américain ; de plus, 61 .792 personnes nées à l'étran-

ger étaient dans le même cas; enfin 8.909 individus étaient nés à l'étranger de père et mère américains, ce qui réduit à un tiers exactement la proportion du sang étranger dans la population américaine actuelle^ en remontant à une génération seulement. Si Ton remontait plus haut, si Ton considérait non plus seulement les gens dont les père et mère sont nés hors des États- Unis, mais ceux dont les grands-parents étaient étrangers, on arriverait h une proportion bien plus forte.

Ce qui vient augmenter beaucoup l'effectif de l'élément indigène, ce sont les enfants ; les femmes y sont également plus nombreuses. L'un des tableaux du census donne la répartition de la population, par origine, de tous les hommes âgés de plus de vingt et un ans qui sontaunombrede21. 329.319, dont 19.036.143blancs. Parmi ceux-ci, 10.636.898, soit 55,9 p. 100 seulement sont nés aux Etals- Unis de parents américains ; 3.466.721, ou 18,2 p. 100 sont nés dans le pays de parents étrangers, enfin 4.932.524, ou 25,9 p. 100 sont nés à l'étranger.

L'ensemble des éléments d'origine étrangère atteint ici 44,1 p. 100 du nombre total ;.il convient de remarquer, toutefois, que, parmi les 3.466.721 hommes majeurs, que le census qualifie de « nés aux États-Unis de parents étrangers », une bonne part ne doit avoir qu'un de ses deux parents étrangers ; la proportion serait d'un tiers environ si l'on se reporte à ce que nous venons d'observer pour l'ensemble des personnes de tout dge et de tout sexe de la même catégorie. Cela réduirait à un peu plus de 40 p. 100 la proportion du sang étranger parmi les hommes de plus de vingt et un ans. Si l'on remontait h une. génération plus haut et que l'on prît tous les hommes majeurs descendant de grands-pères étrangers on f.ugmenterait sans doute encore cette proportion,

mais dans une mesure assez faible, car le nouvel élément qu'on ajouterait ainsi se composerait de la descendance des personnes établies aux États-Unis avant I80O. Or, il n'y avait aux États-Unis, en cette année 1850, que 2.244.000 étrangers sur 19 millions et demi de blancs et, en 1840, il y en avait beaucoup moins d'un million sur 14 millions ; les petits-enfants de ces étrangers ne doivent donc former qu'une faible part des

10 millions et demi d'bommes majeurs nés aux États- Unis de parents américains.

On arrive ainsi à cette conclusion que la plus grande partie du sang qui coule dans les veines du peuple américain d'aujourd'hui doit être celui des hommes qui habitaient les États-Unis en 1830, avant le commencement de la grande immigration européenne.

11 se trouvait à ce moment, sur le territoire de l'Union, 10.537.000 blancs; dix ans plus tard, en 1840, ce nombre était porté à 14.195.000, et il n'y avait eu, en cette décade, que 599.000 immigrants; en tenant compte largement des naissances qui avaient pu se produire parmi ceux-ci aux États-Unis et en supposant que tous y fMssent restés, on doit admettre que les 10.537.000 biancû indigènes de 1830 étaient devenus au moins 13.500.000 en 1840 : c'était un taux d'accroissement de 28 p. 100 en dix ans. Durant la dernière décade, 1890-1900, le taux d'augmentation de la population blanche américaine, défalcation faite de l'apport de l'immigration, n'a plus été que de 15 h 16 p. 100. En prenant un taux intermédiaire de 20 p. 100, ce qui ne semble pas très élevé, on calcule que la descendance de la population blanche de 1830 atteint le chiffre de 40 millions d'âmes; même au taux d'accroissement de 16 p. 100 par décade on atteindrait 34 millions, c'està-dire encore la majorité du chiffre actuel des blancs.

D'ailleurs, il est bon d'observer que l«i très grande immigration est relativement récente ; elle a porte en tout de 4830 à 1900, sur un peu moins de 19 millions de personnes, dont tout près de la moitié, presque exactement 9 millions, ont débarqué depuis 1880. En moyenne, ces 19 millions d'individus ne sont arrivés aux États-Unis que depuis trente ans; de plus, un assez grand nombre d'entre eux sont repartis. Il est facile d'en juger en prenant pour exemple la dernière décade : du 30 juin 1890 au 30 juin 1900, il est arrivé aux États-Unis 3.687.564 immigrants; mais au recensement pris h la dernière de ces dates, il ne s'y trouvait que 2.609.173 étrangers arrivés depuis moins de dix ans. Or, en admettant pour les immigrants une mortalité de 20 p. 1.000 par an, ce qui est supérieur h la moyenne

des Etats-Unis et serait, du reste, énorme pour un groupe de gens contenant très peu d'enfants en bas âge et de vieillards, il devrait en résulter, pour un séjour moyen de cinq ans, un déchet de 10 p. 100 dans leur nombre. Sur les 3.687.564 il devrait donc en rester 3.319.000 environ ; il n'en reste que 2.609.173. Il doit donc en être réparti plus de 700.000, soit près d'un cinquième du total, sans compter ceux qui ont pu partir encore après la fin de la décade. Faut-il croire que la proportion de l'émigration ait toujours été aussi élevée ? Nous ne le pensons pas tout à fait ; la dernière période décennale a été coupée en son milieu par une crise très dure et prolongée, qui a pu provoquer beaucoup de retours au pays natal ; de plus, l'immigration italienne, qui a pris tant d'importance depuis dix ans, est souvent temporaire. Cependant, à d'autres époques, lors de la guerre civile par exemple, il a pu y avoir d'assez grands mouvements de reflux de l'Amérique vers l'Europe. En tout cas, et bien que la plus grande

difficulté des communications dût jadis mettre des obstacles au retour en Europe des immigrants, il n'est pas téméraire de penser que l'immigration nette doit rester sensiblement au-dessous de l'immigration brûle et que, sur les 49 millions de personnes débarquées aux États-Unis de 1830 à 1900, il n'a pas dû en rester plus de 15 à 16 millions au grand maximum : ce qui réduit la proportion de l'élément étranger dans une mesure appréciable. Enfin, la sensible prépondérance des hommes parmi les immigrants (dont 60 p. 100 appartiennent au sexe masculin) fait qu'un certain nombre ont dû rester sans postérité.

Tout concourt donc à faire penser que les Américains actuels descendent pour une proportion supérieure à la moitié, que l'on serait tenté d'évaluer entre 55 et 60 p. 100, de la population qui vivait déjà sur leur territoire en 1830, autant dire de celle qui s'y trouvait à la fin du xviii® siècle, car on n'estime pas l'immigration depuis la Déclaration d'Indépendance jusqu'en 1830 à plus de 400.000 personnes en tout. Le vieux groupe américain a conservé la prépondérance numérique ; il n'a pas été submergé par les nouveaux venus, mais a pu, au contraire, leur inculquer dans une large mesure son esprit et ses traditions.

Ce groupe était, en majorité, nous l'avons dit, d'origine britannique. D'autre part, sur les 19 millions d'immigrants venus de 1820 à 1900, l'on n'a pas compte moins de 3.024.000 Anglais, Écossais ou Gallois, et de 3.871.000 Irlandais, soit ensemble plus d'un tiers du total. S'il est des immigrants dont bien peu sont retournés chez eux, ce sont certes les Irlandais; ils ont été, de plus, des premiers à venir en grand nombre et sont donc parmi ceux qui ont le plus de descendants.

U résulte de ceci que, non seulement le bloc des vieux

Américains, mais encore un bon tiers des fils d'immigrants sont originaires des lies Britanniques, et qu'en définitive, c'est \h que plus des deux tiers, sinon même les trois quarts, des habitants de l'Union — nous ne parlons que des blancs — doivent chercher leur origine.

Ainsi les États-Unis seraient anglo-saxons en grande majorité, si les Iles Britanniques elles-mêmes étaient toutes anglo-saxonnes ; mais la porportion des Irlandais est beaucoup plus forte en Amérique que dans le Royaume-Uni de nos jours. Parmi les nombreuses causes qui ont rendu le caractère américain très différent de l'anglais, cette importance de l'élément celtique est à retenir: elle lui a donné plus de mobilité et de vivacité, elle a pu être contrebalancée en partie par l'influence germanique, agissant dans le sens de la solidité, de la lourdeur même, et de l'accroissement de l'esprit scientifique. Les modifications dues au miliea naturel, à la violence et à la sécheresse du climat, à l'immensité des espaces, au contact avec la nature vierge ont été, peutêtre, plus profondes encore. Il ne faut pas, cependant, qu'elles fassent oublier les influences de race, toujours si puissantes, et dont les conséquences se font largement sentir aux États-Unis, aussi bien sur le tempérament national que sur la politique extérieure du pays.

On pourra juger par le tableau ci-dessous, de la part qu'ont prise les diverses nationalités européennes dans la formation du peuple américain. Nous y indiquons, d'après le dernier census, le nombre des personnes dont les deux parents, ou l'un des parents seulement sont nés dans les divers pays étrangers, que ces personnes elles-mêmes soient nées ou non aux États-Unis^ :

1. Presque tous les individus ayant un parent indigène et l'autre étranger sont nés aux Etats-Unis; il n'y en a que 61.792 qui fassent exception et soient nés à. l'étranger, dont 30.935 au Canada.

Ayant Ayaut leurs deux un parent étranger parents étrangers, et l'autre américain.

Total.

Allemagne . . .

Irlande ....

Grande-Bretagne

Pays Scandinaves

Canada anglais.

Canada français .

France ....

Suisse

Italie

Autriche. . . .

Bohême

Hongrie

Pologne

Russie

Autres pays . .

D'origine mixte. .

Totaux. .

Nés

Nés

Pour 100 de l'ensemble

à l'étranger.

aux États-Unis.

des personnes

d'origine étrangère.

Allemagne. . . .

Irlande

Grande-Bretagne .

Pays Scandinaves

Canada anglais. .

— français.

France

Suisse

Italie

Autriche

Bohême

Hongrie

Pologne

Russie

Autres pays . .

D'origine mixte .

Totaux . .

Le second tableau de la page 27 fait la répartition entre gens nés à l'étranger et gens nés aux Etats-Unis d'un ou de deux parents étrangers.

Ce qui ressort h première vue de ce tableau, c'est la très grande prépondérance des éléments germaniques. Enjoignant aux Allemands proprement dits, les Scandinaves, la plus grande partie des Suisses et des Autrichiens, qui appartiennent à leur race, les cent et quelques mille Hollandais compris sous la rubrique « pays divers », on arrive h près de 11 millions, plus de 40 p. 100 de l'ensemble. Les Anglaris et Canadiens anglais sont 4.300.000, les Irlandais tout près de 5 millions ; les gens d'origine mixte appartiennent naturellement, pour la plus grande partie, à des combinaisons de ces éléments si nombreux. Au total, près de 21 millions d'Américains d'origine étrangère viennent des Iles Britanniques ou des pays germaniques.

L'élément le plus nombreux ensuite était, jusqu'à ces derniers temps, l'élément français qui, grâce à l'immigration canadienne et avec l'appoint des Belges et des Suisses français dépasse 1.300.000 personnes, soit 5 p. 100. Si l'on tient compte, d'autre part, des créoles de la Louisiane, on voit que notre race joue encore un rôle assez appréciable aux États-Unis. Les Slaves (Polonais, Russes, Tchèques, une partie des Autrichiens et un petit appoint venu des Balkans), devaient être, dès 1900, un peu plus nombreux que nos compatriotes, bien qu'une très forte proportion des gens venus de Russie, peut-être la moitié, ne soit pas de race slave, mais se compose de Finlandais et de Juifs. Quant aux Italiens, ils n'ont commencé d'immigrer que depuis peu de temps encore, aussi leur nombre est-il faible ; mais il augmente extrêmement vite.

La tendance à la fusion des diverses nationalités est

assez marquée, puisque 5.0i27.000 individus nés aux États-Unis ont un de leurs parents étranger et Tautre indigène, tandis que 1.059.000 ont deux parents étrangers, mais de nationalité différente et 9.G00.000 deux parents étrangers de même nationalité. Les mariages mixtes sont donc fort nombreux ; il est vrai, comme le remarque le rapport sur le census^ que, dans beaucoup de cas, le conjoint indigène qu'épouse un étranger doit être originaire du même pays que lui ; du reste, c'est pour les nationalités qui fournissent depuis longtemps déjà un fort contingent d'immigrants, lesquels trouvent ainsi dans le pays bon nombre de personnes de leur race, que ces mariages sont les plus nombreux. Ceux qui en contractent le plus sont les Canadiens anglais : sur 100 individus de cette origine, nés ou non aux États- Unis, 48 p. 100 ont un parent canadien et l'autre indigène ; viennent ensuite les Anglais (36.4), les Français (35.5), les Écossais (32.4), les Gallois (29,7), les Suisses (26.3). Les Allemands (20.3), les Irlandais (19.6) sont h peu près dans la moyenne, qui est précisément de 19.6 p. 100. A l'autre extrémité de l'échelle sont les immigrants les plus récents : les Russes (2.2), les Polonais et les Hongrois (2.8), les Italiens (3.5). Les Scandinaves ont aussi peu de propension à se mêler aux Américains natifs. Parmi les gens d'origine suédoise, 7.9 p. 100 seulement proviennent de mariages mixtes, parmi les Norvégiens 13.1 p. 100, les Danois 13.5 p. 100.

La fusion se trouve ralentie par la distribution géographique des diverses races, qui n'ont pas colonisé à un égal degré les mêmes territoires. Certaines régions des États-Unis n'ont même reçu, au cours du siècle dernier, qu'un très petit nombre d'immigrants, en sorte que la population s'y trouve presque entièrement composée de vieux Américains, tandis qu'en

d'autres les gens d'origine étrangère sont en majorité. Le tableau que voici l'atteste. Nous rappelons que nous entendons par « gens d'origine étrangère » toutes les personnes dont le père ou la mère, ou l'un et l'autre, sont nés hors des États-Unis, qu'elles-mêmes y soient nées ou non.

RÉPARTITION DES BLANCS d'oRIGINE ÉTRANGÈRE ENTRE LES CINQ GRANDES RÉGIONS GÉOGRAPHIQUES

Blancs

d'origine

étrangère.

Pour 100 de la population blanche.

Pour lOC

du total

des blancs

d'origine étrangrc.

Atlantique Nord. .

Atlantique Sud . .

Centre-Nord . . .

Centre- Sud ....

Ouest

TotaiiTJ . . .

Ainsi les étrangers ne sont qu'en faible proportion dans le Sud, d'où le climat et la présence des noirs, qui furent esclaves jusqu'en 1865, les écarte. Si l'on considère non plus seulement les grandes divisions, mais les États particuliers, on voit que les différences sont encore plus grandes puisque la proportion des blancs d'origine étrangère varie de 1 p. 100 en Caroline du Nord h 78.9 p. 100 dans le Dakota du Nord.

Dans trois grands groupes d'États contigus les gens d'origine étrangère sont en majorité : l'un de ces groupes est à l'Est, près des ports de débarquement et dans la grande région industrielle : il comprend le New-York (60.1 p. 100 de personnes d'origine étrangère), le New-Jersey (84.4 p. 100), le Connecticut (58.2), le Rhode-Island (65.4), le Massachusetts (62.7). Le second groupe s'étend des Grands-Lacs aux Montagnes

Rocheuses, le long de la frontière canadienne : les sept États qui le composent sont l'illinois (52 p. 100), le Michigan (57.1), le Wisconsin (71.5), le Minnesota (75.5), le Dakota du Sud (64.2), le Dakota du Nord (78.9), le Montana (58.9); enfin un troisième groupe comprend quatre Etats des Montagnes Rocheuses et du Pacifique : la Californie .(54 p. 100) d'étrangers), TArizona (51.7), le Nevada (57.3), l'Utah (61.8). On peut remarquer que par un renversement assez curieux, sur le versant du Pacifique les États qui ont le plus d'étrangers sont au Sud au lieu d'être au Nord comme dans l'Est et le Centre ; la majorité des étrangers de l'Arizona et quelques-uns de ceux de la Californie sont des Mexicains ; en outre ces Etats de l'extrême Sud- Ouest sont plus riches en mines que ceux de l'extrême Nord-Ouest (Washington, Oregon et même Idaho), c'est sans doute pourquoi ils ont plus attiré les immigrants du dehors.

A l'opposé des États que nous venons de citer, se trouve, dans le Sud, un bloc compact, composé de la Virginie, des deux Carolines, de la Géorgie, de l'Alabama, du Mississipi, du Tennessee, de l'Arkansas, et même du Territoire Indien, où les gens d'origine étrangère forment moins de 5 p. 100 de l'ensemble des blancs. Cependant les trois États de l'extrême Midi : la Floride, la Louisiane et le Texas ont respectivement 14.5 p. 100, 21 p. 100 et 19.2 p. 100 de blancs étrangers : le premier et le dernier sont de colonisation récente, le second attire les immigrants par son grand port de la Nouvelle Orléans.

Quelle est maintenant la répartition des diverses nationalités? Les Allemands occupent en grandes masses les États riverains des Grands-Lacs, du moyen Mississipi et du Missouri inférieur : Ohio, Indiana, Illinois,

Michigan, Wisconsin, lowa, Missouri, Nebraska, Kansas. Dans tous ces États, leur proportion à l'ensemble des originaires de Tétrangcr varie de 32 à 56 p. 100, soit plus que la moyenne. DansleWisconsin ils sont 710.000 sur 2.058.000 habitants blancs, formant plus d'un tiers de la population. Dans l'ensemble des dix États que nous venons de nommer ils sont au nombre de 4.460.000. Us se trouvent, en outre, 1.217.000 dans le New-York, 297.000 dans le New-Jersey, 643.000 en Pennsylvanie, les trois États qui prolongent la zone précédente h l'Est. Us sont, par contre, très peu nombreux dans la région manufacturière du Massachusetts et de la Nouvelle- Angleterre ; ils s'aventurent relativement peu dans l'extrême Ouest où ils ne sont que 326.000 sur 1.851 .000 étrangers; mais ils constituent presque la moitié des rares étrangers qu'on rencontre dans le Sud.

Au nord-ouest de la région des Allemands se trouve le grand centre des Scandinaves, qui est essentiellement formé du Minnesota, où ils sont 516.000, plus de 30 p. 1 00 de la population totale, du Dakota du Nord, où ils sont 93.000 dont 72.000 Norvégiens sur 31 1.000 habitants, et du Dakota du Sud où il y en a 78.000 sur 380.000 âmes. Us sont encore 238.000 dans le VVisconsin, 287.000 dans rUlinois, 173.000 dans l'Iowa. Dans ces six Etats se trouvent les deux tiers des Scandinaves de l'Union ; ce sont, de tous les immigrants, ceux qui restent le moins dans l'Est et les grandes villes et qu'apprécient le plus les Américains. Ils forment aussi un élément important dans le Washington, à l'extrême Nord -Ouest.

Tout autre est la distribution des Irlandais. Leurs grands centres sont l'État de New -York, où il s'en trouve 1.176.000 agglomérés surtout dans la ville, et la région manufacturière de la Nouvelle-Angleterre ; dans les Etats de Massachusetts, Rhode-Island et Gonnecticut,

on en compte 940.000, bien près du quart de la population de ces trois États. La division de TAtlantique-Nord en contient 3.114.000, plus de 60 p. 100 de leur nombre total. Ils abondent partout où il y a de grandes villes, dans rillinois (372.000), l'Ohio (403.000), la Californie (152.000), mais colonisent peu les campagnes.

Les Anglais et Écossais sont assez éparpillés; parlant la langue du pays, ils éprouvent sans doute moins le besoin de se concentrer; leur proportion est la plus forte aux deux extrémités : en Nouvelle-Angleterre, pays industriel; et dans TExtrémc-Ouest où les poussent leurs goûts, plus aventureux que ceux des continentaux, et où ils s'emploient aussi aux mines. Les Canadiens anglais se trouvent, de môme, un peu partout, surtout le long de la frontière.

Les Canadiens français sont concentrés en masse dans le Nord de la Nouvelle-Angleterre : 470.000 sur 810.000 vivent dans le Maine, le New-IIampshire (où ils forment près du cinquième de la population), le Vermont, le Massachusetts, le Rhode-Island, travaillant surtout dans les manufactures, rachetant aussi, souvent, les terres des fermiers qui émigrent vers TOuest. Il y en a encore 36.000 dans le Connecticut, 69.000 dans le New-York, 73.000 dans le Michigan.

Lès représentants des autres nationalités sont ou très peu nombreux ou très récemment immigrés pour la plupart, en sorte qu'il est peut-être un peu prématuré de vouloir tirer des conséquences définitives de leur répartition actuelle. Un des griefs des Américains contre les immigrants de l'Est et du Midi de l'Europe, c'est qu'ils s'agglomèrent presque tous dans les villes. Ceci pourrait, dans une certaine mesure, se modifier avec le temps; mais il faut reconnaître qu'à l'heure actuelle, ce grief paraît assez fondé. L'examen de la répartition

de la population ne^e à l'étranger aux recensements su^vessifs de 1880, 1890 et 1900, fait ressortir, de la manière la plus nette, que la destination des immigrants a changé en même temps que leur origine. La distribution de ces étrangers dans le pays indique natirrellement les régions où se portent de préférence les immigrants.

Or, en 1880, sur 6.679.000 étrangers ^ qui se trouvaient alors aux États-Unis, 2.814.000 habitaient la région de V Ailanlique'Nord^ c'est-à-dire la région industrielle et urbaine qui comprend les États bordant la mer, de la Pennsylvanie au Canada; 2.916.829 la région du Centre- Nord, couvrant tout le bassin septentrional du Mississipi, des Alleghanys aux Rocheuses, et avant tout agricole, bien que l'industrie commence à prendre un grand développement dans sa partie occidentale ; 500.062 étrangers se trouvaient dans la région de V Ouest (Montagnes Rocheuses et cAte du Pacifique), minière et agricole.

Ces deux vastes zones du Centre-Nord et de l'Ouest sont les vraies zones de colonisation ; c'est évidemment en se portant vers elles, plutôt qu'en s'entassant dans les grandes villes de l'Atlantique-Nord, que les immigrants peuvent le mieux aider à la mise en valeur des ressources du pays. Il y aurait beaucoup à faire aussi dans la région de V Atlantique- Sud et surtout celle du Centre-Sud (bassin inférieur du Mississipi et Texas). Mais la présence des noirs, nous l'avons dit, en écarte un peu les Européens; en 1880, il n'y avait que 174.000 étrangers dans la première et 274.000 dans la seconde.

En cette année la répartition des étrangers était,

1 . 11 ne s'agit plus ici dos gens d'origine étrangère^ mais dea gens nés à Vétranger seulement.

somme toute, satisfaisante : le Centre-Nord en contenait le plus grand nombre, l'Atlantique-Nord venait ensuite, ce qui était naturel, car il faut bien que certains immigrants s'adonnent aux professions urbaines, et que d'autres restent h leurs ports de débarquement, en attendant de trouver à s'occuper ailleurs. En 1800, la situation reste assez sembLnble : sur 9.249.000 étrangers, en en trouve 3.888.000 dans l' Atlantique-Nord, 4.060.000 dans le Centre-Nord, 770.000 dans l'Ouest ; autrement dit, 42 p. 100 de l'augmentation du nombre des étrangers se sont portés sur la première région, 44,5 p. 100 sur la deuxième, 10 p. 100 sur la troisième. Mais, en 1900, tout est bien changé : sur 10.460.085 étrangers, la région de l'Atlantique-Nord en compte 4.672.000, ayant absorbé à elle seule, 80 p. 100 de l'accroissement total ; le Centre-Nord avec 4.158.000 n'a que 9 p. 100 de cet accroissement, l'Ouest avec 846.000 en a moins de 7 p. 100. La conclusion qui s'impose, c'est que la grande masse des immigrants, au lieu de s'avancer dans l'intérieur, est restée au voisinage de la côte, où elle s'est amoncelée dans les grandes villes.

De 1890 à 1900, la proportion des étrangers à la population totale a fléchi dans l'Union de 14.8 à 13.7 p. 100 ; elle n'a augmenté que dans huit Etats ou Territoires : rOklahoma et le Territoire Indien, au Sud-Ouest, où elle reste d'ailleurs très faible (moins de 4 p. 100), et six États de l'Atlantique-Nord sur neuf qui composent cette région : le Maine, le New-Hampshire, le Massachusetts, le Rhode-Island, le New-Jersey; dans le New- York qui y est aussi compris, elle est sensiblement stationnaire. Sur six États qui ont plus d'un quart de leur population né h l'étranger, deux, le Dakota du Nord qui vient en tête (35 p. 100) et le Minnesota (28.5 p. 100) sont dans le Centre-Nord, mais les quatre autres sont

dans rAllanLiquc-Nord : le Rliode-Island (31.4 p. 100), le Massachusets 3D,2 p. 100, le Connecticut et le New- York. L'ancienne terre des Puritains, la Nouvelle-Angleterre, est aujourd'hui ce qu'il y a de moins américain en Amérique. Elle est devenue? un capharnaûm où se môlent tous les étrangers et qui, par un curieux retour des choses, se remplit surtout de « papistes », d'Irlandais et de Canadiens français.

Ce n'est pas au seul changement d'origine des immigrants qu'il faut attribuer leur entassement dans les villes et surtout dans celles du Nord-Est. Ce changement y est bien pour quelque chose; les nouvelles couches d'immigrants n'ont pas le self-help développé des anciens, ils sont beaucoup plus grégaires, craignent l'effort isolé dans les solitudes de l'Ouest, qui attire au contraire le Scandinave, fait au climat rude, l'Écossais et maint Allemand. Mais ce qui contribue aussi à entraîner les nouveaux venus dans les villes, c'est le développement industriel, et aux Etats- Unis et en Europe : il y a plus d'immigrants venant des villes parce qu'il y a plus de grandes villes qu'autrefois en Europe, et qu'il y a aussi plus de villes pour les recevoir et les occuper aux États-Unis.

Les deux causes réunies font qu'une très forte proportion des étrangers vit dans les villes, surtout dans les villes grandes et moyennes. Sur les 10. 460. 085 étrangers du dénombrement de 1900, il s'en trouve 5.147.716 tout près de la moitié (exactement 49,2 p. 100) dans les 161 villes de plus de 25.000 âmes que comptent les Étals- Unis^ et dont la population totale, 19.757.168 habi-

1. Les étrangers qui ont le plus de tendance à se concentrer dans les villes sont les Russes qui sont 424.000 en tout (dont 317.000 dans les villes de plus de 25.000 âmes, soit 74,9 p. 100) ; viennent ensuite les Polonais (383.000 dont 62 p. 100 dans les cîitos

tants ne forme qu'un peu plus du quart (exactement 25.9 p. 100) de la population américaine.

Dans l'ensemble de ces villes de plus de 23.000 dmes les étrangers représentent ainsi 26.1 p. 100 de la population (5.147.716 sur 19.757.618); mais la proportion est encore bien plus forte dans certaines villes ouvrières de la Nouvelle-Angleterre, et surtout du Massachusetts. A Fall River, grand centre de la fabrication des cotonnades, sur 104.863 habitants, 47.7 p. 100 soit 50.042 sont des étrangers dont 20.172 des Canadiens français, 12.268 des Anglais et 7.317 des Irlandais. A Lowell, autre grand centre de cette même industrie, la situation est analogue : il y a 40.974 étrangers, sur 94.969 habitants. Dans des rues entières de ces villes, j'ai vu moimême presque toutes les enseignes en français et je n'ai guère entendu que notre langue dans certaines usines. C'est du reste fâcheux, car elle finit par s'y perdre.

La population rurale et celle des petites villes demeurent, au contraire, en immense majorité américaines. Sur les 56.545.769 personnes qui vivent en dehors des villes de plus de 25.000 habitants, 5.312.369, soit 9.4 p. 100, sont des étrangers; les neuf dixièmes, au contraire, sont des Américains de naissance.

Ce sont en réalité les Américains eux-mêmes qui ont colonisé leur propre territoire. Le Census con tien t d'i n téressants tableaux qui donnent, pour chaque État, le nombre d'habitants nés dans l'Etat même, de ceux qui sont nés en d'autres États de l'Union et de ceux qui

villes, les Irlandais (1.618.000 et 62 p. 100 également), les Italiens (484.000 et 62 p. 100 aussi), les Autrichiens-Hongrois (579.000 et 54 p. 100), les AUemands (2 millions 666.000 et 50,2 p. 100). A l'autre extrémité de l'échelle les Scandinaves (1.064.000 et 31 p. 100), les Canadiens français (395.000 et 37 p. 100), les Suisses (115.000 et 35 p. 100).

sont nés à rdtrangcr. Or, on constate que, dans presque tous les États, le nombre des personnes de la deuxième catégorie est supérieur à celles de la troisième. Il n'en est autrement que dans quatorze États. Mais parmi ces quatorze figurent huit des neuf États de l'Atlantique Nord, où il ne s'agit pas de colonisation, mais de concentration dans les villes industrielles. Puis dans l'IUinois, le Michigan, le Wisconsin, le Minnesota ce sont surtout les grandes cités de Chicago, Détroit, Milwaukee, Saint-Paul et Minneapolis qui ont attiré les étrangers, quoique les trois derniers de ces États exercent aussi, comme le Dakota du Nord qui, lui, n'a pas de grandes villes, une forte attraction sur les Scandinaves et les Finlandais, habitués aux froids intenses. Quant h TUtah, dernier État où les colons venus d'outre-mer soient en majorité sur ceux venus des États-Unis mêmes, ce sont les excentriques de tous les pays qui s'y donnent rendez-vous pour grossir le nombre des Mormons. • Partout, ailleurs, les Américains de naissance ont été les principaux colons. Plus on s'avance vers le Pacifique et surtout vers le Sud, plus leur prépondérance est grande; dans l'Oregon et le Washington, il y a deux fois et demie à trois fois plus d'Américains nés en d'autres États que d'étrangers, dans le Nebraska deux fois et demie, dans le Kansas six fois, dans le Texas cinq fois, dans l'Oklahoma vingt fois plus. Il faut une certaine accoutumance des conditions d'un pays neuf, on dirait presque une certaine hérédité, il faut y être né pour se lancer dans les solitudes de l'Ouest. On observe même d'après les tables du Census que le mouvement de colonisation a lieu par des sortes de vagues successives : les gens des États riverains de l'Atlantique vont s'établir entre les Alleghanys etleMississipi, où ils prennent la place que laissent libre ceux de cette région

qui émigrent au delà du grand fleuve. Enfin, les colons des Etats du Pacifique viennent, en très grande partie, d'Etats situés entre le Mississipi et les Montagnes-Rocheuses. Ce mouvement est curieux. Il est favorable à la colonisation, qui se fait ainsi par des gens mieux préparés, moins dépaysés. 11 semble montrer que la plupart des hommes, môme des Américains, s'accommodent mal des changements trop brusques de milieu; ils hésitent, au sortir des contrées à population dense, à se jeter au milieu de la nature tout à fait vierge, et, d'autre part, quand une fois ils ont pris contact avec elle, ils se prennent h l'aimer, et la suivent à mesure qu'elle recule devant la civilisation.

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