ÉTENDUS MOYENNE DES EXPLOITATIONS AGRICOLES
(En hectares.)
Régions.
Atlantique-Nord
Atlantique-Sud .
Centre-Nord. . .
Centre-Sud . . ,
Ouest, . . . . ,
États-Unis. . , ,
De 1850 jusqu'en 1880, la diminution de l'étendue moyenne des exploitations agricoles avait été constante et universelle aux Etats-Unis. Depuis, il s'est manifesté un mouvement appréciable en sens inverse. Faut-il conclure de là que la petite propriété, ou les petites exploitations du moins, sont en décadence? C'est ce que nous allons examiner. La décroissance de l'étendue des farms avait été surtout marquée dans le Sud où, depuis la
guerre civile et Tabolition de Tesclavage, la culture du coton a complètement changé de caractère. Produit presque exclusivement, jadis, sur de vastes plantations à l'aide de la main-d'œuvre servile, le grand textile américain est, en général, cultivé, aujourd'hui par de petits métayers nègres, entre lesquels les planteurs ont réparti leurs domaines : on a reconnu que tel était le meilleur moyen d'utiliser la main-d'œuvre noire libre. D'autres cultures ont suivi, d'une manière plus ou moins marquée, la môme évolution ; aussi la région de l'Atlantique-Sud qui était jadis, essentiellement, un pays de grandes exploitations est-elle, en 1900, de toutes les régions des Etats-Unis, l'Atlantique-Nord excepté, celle où les domaines sont les plus divisés.
Dans le Centre-Sud, un mouvement analogue s'est manifesté jusqu'en 1890; mais au cours des dix dernières années se fait sentir une tendance inverse : la surface moyenne des exploitations augmente. On se tromperait toutefois si l'on voyait là un phénomène de concentration de la propriété. En effet, dans tous les États du Centre-Sud où la population est déjà dense et la plus grande partie du sol cultivée, dans tous ceux notamment qui sont à l'est du Mississipi, et môme dans l'Arkansas et la Louisiane à l'ouest du fleuve, on observe que l'étendue moyenne des exploitations a continué de décroître dans une importante mesure. Son augmentation dans l'ensemble de la région tient uniquement à ce qu'il s'est établi un très grand nombre de farms nouvelles dans le Texas, l'Oklahoma et le Territoire Indien, contrées situées aux confins de la colonisation et où, par suite, la culture est ultra-extensive. Ces exploitations nouvelles se trouvent, d'ailleurs, en partie dans le voisinage sinon dans l'intérieur de la zone semi-aride ; bon nombre se livrent à l'élève du
bétail qui exige de très grands espaces. C'est ce qui explique que, dans l'immense Texas, chacune des 352.000 exploitations qui s'y trouvent en 1900 couvre en moyenne 143 hectares, alors que chacune des 228.000 qu'il comptait en 1890 ne s'étendait que sur 90.
Au nord des Etats-Unis, les domaines n'ont jamais été aussi vastes qu'au Sud ; aussi n'ont-ils pas subi de pareille division ; dans le Centre-Nord même, qui a été longtemps, qui est peut-être encore la plus grande région de colonisation, la surface moyenne des exploitations, qui s'est remise à augmenter depuis 1880, est aujourd'hui aussi considérable qu'en 1850.
L'observation que nous avons faite pour les États du Centre-Sud s'applique également ici, elle a môme commencé de s'appliquer plus tôt : de tout temps la tendance à la division des domaines dans la partie déjà cQlonisée a été compensée, en une certaine mesure, par la fondation plus à l'Ouest d'exploitations nouvelles, qui, faisant l'objet, au moins au début, d'une culture plus extensive, souvent de l'élevage du bétail, ont naturellement été considérables. Lorsque la colonisation a abordé des zones moins fertiles, voire semi-arides ou arides, ou exigeant plus de capitaux parce que plus difficiles à défricher, les exploitations nouvelles sont devenues de plus en plus vastes; leur accroissement a complètement masqué, dans les statistiques d'ensemble, la division qui continuait à se faire en d'autres parties.
Si l'on compare en effet les résultats des trois Census de 1880, 1890 et 1900 pour les divers États du Centre- Nord, on voit qu'il y a diminution de l'étendue moyenne des fermes dans l'Ohio et l'Indiana, stationnement, avec oscillations très légères, dans l'Illinois et le Michigan ; le seul État à l'est du Mississipi qui présente une aug-
82 LES ÉTATS-UNIS AU XX* SlftCLE
mentation appréciable est le Wisconsin ; encore est-elle faible : 46 hectares, 8 en 1900 contre 45,8 en 1890 et 45,6 en 1880. Elle paraît tenir à ce que les meilleures terres étant prises, la colonisation a dû se porter sur les terres, plus médiocres et d'un défrichement difficile, du nord-ouest de l'État. A l'ouest du Mississipi, on observe encore une diminution de l'étendue moyenne dans le Missouri , mais une augmentation partout ailleurs : modique dans l'Iowa et le Minnesota elle devient considérable dans les deux Dakotas, le Kansas et le Nebraska, qui plongent déjà largement dans la zone semi-aride. Peut-être y a-t-il eu, dans ces deux États de Kansas et de Nebraska, dont la population est restée presque stationnaire de 1890 à 1900, non seulement augmentation de l'étendue des exploitations nouvellement créées, mais encore concentration véritable de la propriété par la disparition de petites exploitations : nous avons souvent ouï dire, durant un récent séjour aux États-Unis, que, dans ces parages, on avait trop poussé la culture des céréales vers l'Ouest, et il paraît certain que plusieurs farms consacrées à cette culture ont dû être abandonnées.
Ce sont toujours les mêmes raisons qui expliquent la grande augmentation de la surface moyenne des farms dans l'Ouest proprement dit. Tous les États de cette région, sauf les trois que baigne le Pacifique, sont entièrement compris dans la zone semi-aride ou complètement aride. Les trois États du Pacifique eux-mêmes, Washington, Oregon, Californie, ont dans cette zone une grande partie de leur territoire. En 1880, sauf pour la Californie, la colonisation de l'Ouest était à peine commencée et s'en tenait aux meilleures terres ; en 1900, elle entamait plus largement les terres semi-arides. Aussi, partout, sauf en Californie, l'étendue des exploi-
talions s'est-elle accrue : dans une mesure encore modeste pour le Washington et TOregon (où elle est, d'ailleurs, plus faible que dans les autres États de rOuest, parce que Tagriculture proprement dite y tient une plus large place), dans une proportion plus forte pour les autres.
En résumé, dans toute la partie des Etats-Unis située à Touest des Alleghanys, on constate un double phénomène : d'une part, une tendance persistante, quoique moins accentuée peut-être qu'autrefois, h la division des exploitations dans les régions déjà colonisées depuis quelque temps*; d'autre part, les exploitations nouvelles, dont la majorité s'établit aujourd'hui, par la force des choses, sur des terres assez médiocres ou insuffisamment arrosées, ne se prêtant guère qu'à la culture très extensive ou à l'élève du bétail, sont de dimensions fort considérables. A l'Est du Mississipi, l'étendue moyenne des faj^ms est, d'ailleurs, dans tous les États, inférieure à 50 hectares; à l'ouest du fleuve elle est partout très supérieure, sauf dans le Missouri, TArkansas et la Louisiane.
La région de l'Atlantique-Nord, dont il nous reste à dire quelques mots, ofTre des caractères particuliers. Là aussi, la surface moyenne des farm$ avait diminué de 1850 à 1880; mais elle a augmenté, très nettement, depuis 1890, et même depuis 1880, si l'on tient compte des légères corrections qu'il faut faire aux chiffres d'il y a vingt ans. Ici, il y a une véritable concentration de la propriété. L'accroissement observé ne provient pas
4. Dans certains États du Nord, dans l'Ohio, l'Indiana par exemple, il convient de remarquer que celte division tient surtout au nombre croissant des jardins maraîchers et fruitiers, des vergers aux abords des villes; les surfaces des domaines consacrés à la culture des grains ou autres se modifient peu.
de ce qu'il s'établit de nouvelles* et vastes exploitations dans des contrées non encore colonisées : loin de Ih, le nombre des exploitations a diminué, de 1890 à 1900, dans presque tous ces États, sauf dans le New-Jersey et la Pennsylvanie, cette dernière ayant encore une importance agricole sérieuse; pour nombre d'États môme la décroissance remonte plus haut. Si l'étendue moyenne des farms augmente, c'est que la culture proprement dite tient de moins en moins de place en Nouvelle-Angleterre et dans l'État de New-York, où elle est remplacée par la production du lait, qui se fait généralement sur des domaines plus vastes, couverts d'herbages et de prairies. Comme dans l'Angleterre européenne, le labourage disparaît devant le pâturage. L'accroissement des /*a?'ms apparaîtrait même bien plus considérable, s'il n'était en partie masqué par le développement des cultures maraîchères aux abords des villes. Il est intéressant d'examiner les variations que subit, non l'étendue, mais la valeur moyenne des exploitations aux États-Unis, suivant les régions et les époques. Le tableau suivant les met en évidence. Nous rappelons qu'il s'agit de la valeur totale, non seulement du fonds et des bâtiments, mais encore du cheptel et des machines agricoles :