‹ Les #-Unis au xx' #Chapitre 3 sur 103 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

des avantages que Tacquisition de la Louisiane a

procurés aux Etats-Unis.

Ce qui constitue Timportance capitale de cet acte, ce qui en fait un des grands événements de l'histoire, c'est qu'il a débarrassé les États-Unis de tout souci de voisinage. C'est qu'il leur a évité, pour toujours, toutes les charges et toutes les inquiétudes que le contact de nations d'une force comparable à la leur impose aux autres États. Et nui ne niera que l'absence de ces charges et de ces inquiétudes, ait énormément contribué à l'attrait exercé par les États-Unis sur les immigrants d'Europe et à la rapidité de leur développement. Si la Louisiane était restée la possession d'une nation européenne, si elle avait passé, surtout comme on pouvait le craindre et comme Bonaparte a voulu l'éviter, des mains de la France en celles de l'Angleterre, si l'Union ne s'était pas étendue au delà du territoire compris entre le Mississipi et la mer, combien l'histoire de l'Amérique et du monde n'aurait-elle pas changé !

L'acquisition de la Louisiane n'a pas seulement assuré à l'Union, dès le début de son histoire, la prééminence sur l'Amérique du Nord et l'invulnérabilité. Elle lui a donné, sinon tout à fait directement, du moins par voie de conséquence nécessaire, l'accès sur le Pacifique. N'étant plus séparés du Grand Océan que par une lisière relativement mince, les Américains devaient fatalement prendre pied

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sur ses côles. Les bornes ilu pays cédé par laFrancM^ étaient d'ailleurs tout h fait indécises vers TOuest et le Nord-Ouest, et s'il n'est pas certain ({u'elles englobassent le territoire d'Oregon compris entre les îîontagnes Rocheuses et la nirr, toujours est-il que c'est la possession de la Louisiane <iui p«Mniit aux Américains d'arriver dans celle contrée, et d'en revendiquer la possession conln? les Anglais. De la toute une nouvelle série de conséquences, que nous voyons seulement se développer aujourdliui. Le^ effets purement américains de l'annexion de la Louisiane sont à peu près complets au moment où Ton en fêle le centenaire, les effets universels commencent à s'en faire sentir. Riverains du Pacifique, les États-Unis veulent en devenir les maîtres. La guerre avec l'Espagne leur a donné les Philippines en 1898; la môme année, ils ont aimexé rarchi[)el des îles Hawaï, négligeable par son étendue, pré cieux par sa position ; en 1900, ils ont accjuis une partie des îles Samoa ; de toutes parts leurs postes jalonnent ainsi le Grand Océan. Le canal de Panama, (ju'ils vont maintenant pouvoir construire et exploiter à leur gré, y augmentera énormément leurs moyens d'action. Enfin, les révolutions dont l'Asie orientale est le théâtre depuis dix ans leur fournissent l'occasion d'affirmer leurs intérêts et de développer leur influence sur celle rive opposée du Pacifique, dont ils sont plus rapprochés que l'Europe .

IV PREFACK

En même temps que commence cette expansion au dehors, se produit un phénomène important de la vie économique de TUnion. Elle était, depuis longtemps, le premier pays agricole du monde ; elle est, depuis quelques années, le premier pays industriel. Elle ne se classe plus seulement à la tête de tous les pays du globe pour la production du blé, de la viande et du coton, mais elle a enlevé la première place à l'Angleterre pour la production du fer depuis 1890, pour celle de la houille depuis 1899; on peut prévoir le jour prochain où elle la lui enlèvera aussi pour la fabrication des cotonnades, comme elle est sur le point, malheureusement, de la prendre à la France pour celle des soieries. Et, si vite qu'augmente, avec la population et la richesse du pays, sa consommation intérieure, l'essor de l'industrie est pourtant plus rapide encore, en sorte que les États-Unis commencent à déverser au dehors Texcédent de leur production. Les articles manufacturés forment un tiers de leurs exportations au lieu d'un douzième il y a vingt ans, et en 1901, le total de ces exportations a été, pour la première fois, plus élové qu'en aucun autre pays du monde. De cette puissance économique nouvelle dos États- Unis, c'est sans doute l'Angleterre qui paraît avoir le plus à craindre, et ainsi se justifient les paroles prophétiques du Premier Consul que rapporte Barbé-Marbois : « Je connais tout le prix de la Louisiane et j'ai voulu réparer la faute du négocia-

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leur français qui l'abandonna en 17G3. Quelques lignes d'un traité me l'ont rendue, et h peine je l'ai recouvrée que je dois m'attendre à la perdre. Mais si elle m'échappe, elle coûtera plus cher un jour à ceux qui me forcent à m'en dépouiller qu'à ceux h qui je do's la remettre. » Toutefois les autres nations da Vieux-Monde ont bien lieu aussi de s'en pr^jccuper.

r.'A coïncidence de tant de grands événements fait q •/ :*.n dél.ut du xx* siëcle et ce centenaire de l'annexion de la Louisiane marquent dans l'histoire de rUnion américaine et, par contre-coup, dans celle du monde une date de première importance. La colossale Exposition de Saint-Louis, qui couvre 500 hectares, le quadruple de notre Exposition de 1900, et coûte 250 millions, quatre fois plus que ne fut payée il y a cent ans la Louisiane entière, vient opportunément nous le rappeler. Au début de l'ère nouvelle qui s'ouvre devant les États-Unis, il est bon do drosser l'inventaire de leurs forces et de leurs ressources. C'est ce que nous avons tenté de faire dans le présent volume, en nous aidant principalement des renseignements fournis par la plus récente de ces gigantesques enquêtes décennales que sont les Censzis américains.

Bien plus compréhensifs que nos recensements français, ces Ce?isus n'ont pas en vue seulement l'analyse d^* la population, mais encore celle de la production sous toutes ses formes. Des dix volumes

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in-quarlo, d'un millier de pages chacun, où sont condensés les résultats du Census de 1900. quatre ont trait à la population, deux àTagriculture quatre à rindustrie. Un volume supplémentaire, étudiant toutes les données relatives aux salaires, vient de paraître à liieure môme où nous écrivons res lignes. En quelques points, cependant, le CensKn ne suffit pas à se rendre compte de l'activité économique de rUnion. Il ne s'occupe pas de l'industrie minière qui a fait l'objet d'une enquôte spéciale, dont les résultats ne sont pas encore publiés, ni de celle des transports, notamment des chemins de fer, si développés aux États-Unis, ni enfin du commerce et de la navigation. Pour l'étude de ces divers sujets nous avons eu recours aux publications, officielles ou particulières, les plus autorisées ^ Nous ne nous sommes pas borné, du reste aux documents statistiques dont Tusage exclusif suffit rarement à rendre un compte exact de la plupart des faits sociaux. La lecture habituelle de revue's et de journaux américains d'ordre très divers et les souvenirs encore récents d'un séjour de plusieurs

1. Notamment le Stalislical Ahstract ofthe United Slales, résumé général annuel des principales statistiques américaines, et les Monthly Summanes of Commerce and Finance of the United States, publiées par le département du Trésor, le rapport annuel de Vlnierstate Commerce Commission sur les chemins de fer. édition de 1903, et, parmi les publications privées, The Minerai Industry, publié annuellement par l'Engineering and Mining Journal de New- York. Nous avons puisé également beaucoup de renseignements utiles dans les journaux hebdomadaires The Commercial and Financial Chronicleet Bradstreets do New- York.

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