SURFACES ENSEMENCÉES EN COTON EN
Production
1879 1889 1899 1903 eu 1899
Milliers
Milliers d'hectares. de balles
Virginie 18 16 10 14 11
Caroline du Nord. . 357 459 403 447 460
— Sud . . 546 795 830 967 881
Géorgie 1.047 1.338 1.405 1.668 1.288
Floride 98 91 89 127 62
Alabama 932 1.104 1.281 1.564 1.107
Mississipi 842 1.153 1.159 1.339 1.314
Tennessee 289 299 249 292 234
Louisiane 346 508 550 624 709
Texas 872 1.574 2.784 3.252 2.506
Arkansas 417 680 656 785 710
Territoire indien. . 14 28 177 306 155
Oklahoma » » 96 187 71
Missouri 13 23 18 24 25
Total (y compris cinq
autres Etats) . . . 5.792 8.070 .9.710 11.598 9.535
Le coton est encore produit dans cinq autres États* non détaillés dans ce tableau, mais en quantité insignifiante puisque, en 1899, l'ensemble de ces cinq Etats n'a pas récolté 1.500 balles, sur una étendue d'environ 1.000 hectares en culture. Les six derniers États du tableau, qui sont au delà du Mississipi, n'avaient, en 1879, que 1.316.000 hectares en coton; en 1899, ils en possédaient 3.731.000. Sur les 3.918.000 hectares qu'avaient gagnés les surfaces en culture au^ cours de
1. Ces Etats ; sont : le Kentucky qui, en 1899, avait 960 hectares ensemencés et a récolté 1. 369 balles, le Kansas (60 hectares et 70 balles), le Nevada (10 hectares et 18 balles), l' Arizona (8 hectares et 15 balles), l'Utah (4 hectares et 5 balles)
cet intervalle de vingt ans, 2.415.000 leur revenaient. Par contre, de 1899 à 1903, ces six États ou Territoires du Sud-Ouest n'ont gagné que 823.000 hectares, sur un gain total de 1.888.000 : les hauts prix du coton ont incité beaucoup de cultivateurs du Sud-Est à étendre leurs ensemencements d'une manière un peu exceptionnelle; les surfaces ensemencées en 1903 étaient, du reste, beaucoup plus considérables qu'à aucune époque antérieure.
Dans l'ensemble, il reste vrai, en tout cas, que c'est au delà du Mississipi que la culture du coton se développe et se développera à l'avenir. Dans le Sud-Est, les terres les plus propices sont déjà presque toutes occupées, certaines commenceraient môme à s'épuiser si l'on n'avait recours, de plus en plus largement, à la fumure. Dans les exploitations classées par le Census de 1900, comme exploitations cotonnières, c'està-dire les exploitations qui tirent du coton plus de 40 p. 100 de leur revenu brut, la moyenne des dépenses pour achat d'engrais s'élève à 29 et 30 dollars, soit environ 150 francs par exploitation en Caroline et en Géorgie. Or, les exploitations cotonnières comprennent, en moyenne, dans l'ensemble des États-Unis, 35 hectares dont 18 de terres améliorées et, parmi ces dernières, 7 à 8 de terres plantées en coton; d'ailleurs la surface de ces exploitations dans les vieux États de la Géorgie et des Garolines doit être, en général, audessous de la moyenne des États-Unis; enfin, c'est en très grande majorité sur les terres en coton que sont répandus les engrais achetés; la dépense pour achat d'engrais doit donc être voisine d'une vingtaine de francs par hectare cultivé en coton, ce qui ne laisse pas d'être important, et forme un contraste marqué avec la manière dont on cultive les grains.
Dans TAlabama et en Floride, chaque exploitation cotonnière achète encore, en moyenne, pour 12 dollars d'engrais ; puis, à mesure qu'on s'avance vers l'Ouest, cette moyenne tombe à 3 dollars dans le Mississipi, à 2 en Louisiane, à 1 dollar et moins dans les autrçs États situés au delà du grand fleuve, c'est-à-dire qu'elle devient tout à fait insignifiante ^ En ces régions et en particulier dans le Texas, le Territoire Indien et l'Oklahoma, il reste beaucoup d'excellentes terres susceptibles de donner, sans soins particuliers, de très abondantes récoltes, et les terres déjà cultivées, ne Tétant pas depuis longtemps, ne sont pas près de s'épuiser.
A vrai dire, les statistiques des récoltes successives, depuis une trentaine d'années, ne paraissent pas déceler un fléchissement dans les rendements en coton. S'il y a, en quelque point, tendance à l'épuisement, il semble que l'emploi des fumures et une culture un peu plus intensive suffisent à la combattre avec succès. La production moyenne, on Ta vu par le tableau que nous donnons plus haut, ressort, pour 1899, à un peu moins d'une balle par hectare, la balle faisant 495 livres anglaises, ceci équivaut à 220 kilogrammes à l'hectare. Lors de la récolte exceptionnelle de 1897, on avait atteint 240 livres par acre, soit 270 kilogrammes à l'hectare : c'est le chiffre le plus élevé que l'on constate, au moins depuis vingt-cinq ans. Les plus mauvaises récoltes ne sont jamais descendues au-dessous d'une moyenne de 160 livres par acre, soit 180 kilogrammes à l'hectare, et, si l'on dresse le tableau complet des ren-
1. Le Tennessee, de même que les Etats à l'ouest du Mississipi, a une très faible dépense d'engrais (moins d'un dollar par exploitalion). Ceci paraît tenir à ce que les terres cultivées en coton dans cet Etat, se trouvent toutes dans les basses alluvions du Mississipi, eztraordinairement fertiles.
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déments moyens successivement obtenus à chaque récolte depuis 1875, on ne discerne, à travers les fluctuations annuelles dues aux influences climatériques, aucune tendance bien nette à une diminution ou à un accroissement. Si toutefois on pouvait en trouver une, il semble que ce fût plutôt en ce dernier sens.
Si la production moyenne des terres à coton paraît avoir assez peu changé depuis un quart de siècle, elle semble varier davantage suivant les régions géographiques. En 1899, alors que la moyenne était d'un peu moins d'une balle, soit 220 kilogrammes à l'hectare, dans l'ensemble, elle s'élevait au-dessus de ce chiffre dans les deux Carolines, le Mississipi, l'Arkansas et la Louisiane; elle était inférieure dans les autres États ou Territoires; le maximum se trouvait atteint en Louisiane avec 285 kilogrammes à l'hectare ; le minimum en Floride avec 158 et dans l'Oklahoma avec 160 ; le Texas, le plus grand producteur, donnait une moyenne d'environ 205 kilogrammes à l'hectare. De la carte indiquant les rendements, que publie le rapport sur le Census de 1900, il résulte que les régions produisant plus d'une demi-balle de coton par acre, c'est-à-dire plus de 280 kilogrammes à l'hectare, sont assez peu étendues : elles ne se trouvent guère que dans les épaisses alluvions de la vallée du Mississipi, dans un district assez restreint de la Caroline du Nord, et dans quelques cantons du Texas ; quant aux terres donnant plus de trois quarts de balle à l'acre, c'est-à-dire de 420 kilogrammes par hectare, il n'en existe qu'en Louisiane dans la basse vallé du Mississipi.
La culture du coton alterne en général dans le Sud avec celle du maïs ; ce sont là les deux récoltes dont vit essentiellement l'agriculture des États méridionaux. Avant la guerre civile, le maïs occupait beaucoup plus d'es-
pace : 5.900.000 hectares pour les dix principaux États cotonniers en 1850, tandis que le coton n'en couvrait à celte époque que 2.700.000 dans les mêmes États. Depuis, les hauts prix du textile, la facilité des communications, qui permettait de faire venir les grains du Nord et Tesprit routinier des noirs, qui connaissaient la culture du coton mieux que toute autre et s'étaient mis à la pratiquer exclusivement, avaient fait négliger les cultures vivrières. Ainsi, dans les dix mômes États, Taire du maïs était, en 1889, de 7.550.000 hectares seulement, et celle du coton de 8 millions d'hectares. Mais, durant la dernière décade d'années, les inconvénients de cette monoculture ont apparu et, aujourd'hui, le maïs avec 10.200.000 hectares, dépasse à nouveau le coton qui n'en a que 9.400.000 pour ces dix États. Il est incontestable que c'est là un retour à de meilleurs errements. Parmi les diverses cultures américaines, le coton présente cette particularité que sa production est, dans une très large mesure, entre les mains de fermiers et de métayers et que les exploitations dirigées par les propriétaires eux-mêmes sont en minorité. Nous avons eu déjà l'occasion d'expliquer les raisons qui ont amené la division des vastes domaines du Sud en un grand nombre de petites exploitations, louées à des fermiers et plus encore à des métayers. Dans les dix principaux États cotonniers, les exploitations soumises au régime de faire-valoir direct ne formaient, en 1900, que
48.3 p. 100 du total, tandis que 20,3 p. 100 étaient aux mains de fermiers et 31,4 p. 100 de métayers; en 1880, ces proportions étaient, au contraire, de 60,6 p. 100,
12.4 p. 100 et 27 p. 100 respectivement. On observe ainsi que le nombre des fermiers s'accroît bien plus vite que celui des métayers et que beaucoup de métayers se transformenten fermiers. Ceci indiqueunprogrèsdans
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l'état social des exploitants ; car le métayer, le plus souvent ancien esclave ou descendant d'ancien esclave noir, cultive encore, en grande partie, sous la direction plus ou moins effective du propriétaire ; le fermier est plus indépendant. Il convient de noter, d'autre part, que p irmi les exploitants noirs ce sont les métayers, qui obtiennent les meilleurs rendements : une balle par hectare en moyenne, précisément, sans dx)ute, parce qu'ils sont soumis à cette sorte de tutelle éclairée des planteurs ; tandis que les fermiers n'obtiennent que 95 centièmes et les propriétaires 91 centièmes de balle. Chez les blancs, les proportions sont renversées : une balle pour les propriétaires et fermiers, 95 centièmes déballe chez les métayers, qui sont plus arriérés.
Le coton reste, somme toute, une culture bien rémunératrice, donnant au prix moyen de 9 à 10 cents par livre, soit environ un franc le kilogramme, un produit brut à l'hectare, sensiblement supérieur à toute autre culture américaine. Aux très hauts prix cotés ces temps derniers — 13 et jusqu'à 14 cents sur le marché de New -York — l'agriculture des États du Sud serait extraordinairement prospère. Mais une pareille hausse, qui a provoqué un accroissement exceptionnel des ensemencements, peut-elle se maintenir?
Il ne semble guère probable qu'elle puisse le faire longtemps en entier. Les conditions climatériques ont été défavorables à la récolte de 1903, qui n'a atteint qu'une petite moyenne, bien que les surfaces ensemencées fussent plus étendues que jamais ; d'autre part, la consommation se restreint provisoirement en présence des très hauts cours ; les fléaux naturels ne se répéteront sans doute pas avec la même intensité qu'en 1903, et il y a lieu de prévoir que l'augmentation des ensemencements aura sa conséquence naturelle sous forme
de belles récoltes. Une baisse paraît donc vraisemblable et peut-être assez prochaine.
Néanmoins, les débouchés des cotonnades peuvent tellement augmenter, tant pour Thabillement que pour Tameublement, en Amérique et en Europe, comme parmi les populations primitives d'Afrique et d*Asie, que, d'une manière générale, des coeurs, non pas aussi élevés que depuis un an, mais assez fermes par rapport h la moyenne des dernières années, semblent entrer dans les prévisions plausibles. L'avenir de la culture cotonnière, en Amérique, paraît donc brillant et, d'autre part, les diverses puissances qui ont des possessions à climat semi-tropical agiront sagement en ne laissant pas aux États-Unis le monopole du plus important des textiles. Ils trouveront dans la production du coton une source de profits considérable, et l'ensemble des récoltes mondiales, étant ainsi plus affranchi d'influences climatériques locales, présentera plus de stabilité.